En 1982 naissait un magazine de cinéma qui allait faire parler de lui durant la décennie à venir,
Starfix. Parmi ses créateurs, Christophe Gans et Nicolas Boukhrief. Ce dernier s’attaque aujourd’hui avec ambition et réussite au film noir en nous proposant
Le convoyeur. Le cinéaste rentre à cette occasion dans le club des meilleurs, rappelant au passage que cela rime avec rigueur.
A l’origine, pourquoi avoir choisi un polar ?Zulawski me l’avait suggéré. Je voulais jouer avec le suspense, donc j’aurais pu aussi réaliser un film d’horreur, mais faire un film sur des convoyeurs me semblait plus original car ce sujet n’avait jamais été abordé. Mon co-scénariste, Eric Besnard, et moi-même avons commencé une enquête, mais les convoyeurs n’ont pas le droit de parler, pour des raisons de sécurité. Une journaliste a dû alors prendre le relai, et des syndicats ont accepté de lui répondre, entre deux rendez-vous annulés. L’écriture du scénario s’est répartie sur un an.
Regardiez-vous beaucoup de films pendant cette période ? J’évite les films du genre que j’aborde car cela peut être perturbant. Je regardais surtout des comédies américaines.
Le casting, d’une rare richesse, s’est constitué facilement ? Avec Eric, nous avons rapidement pensé à des comédiens biens précis, que je ne connaissais pas tous personnellement, mais ils ont tous accepté. Il s’est instauré une confiance mutuelle dés le départ, en évitant de faire passer des essais pour prouver quoi que ce soit.

LE CONVOYEUR de Nicolas Boukhrief
L’échec de votre précédent film a-t-il été un handicap à surmonter ? Oui, bien sûr, on a été jeté partout quand on cherchait le financement. Le budget est pourtant réduit, puisqu’il n’atteint "que" 3 millions d’euros. Les télévisions trouvaient l’histoire trop violente.
Cela vous a incité à faire des coupes que nous pourrions retrouver dans le DVD ? Non, j’ai juste coupé des petites choses. Je ne vois pas l’intérêt de montrer dans les DVD des scènes qui ne sont pas importantes. Par exemple, parmi celles d’
Incassable, il y en avait une très intéressante dans une fête foraine mais retirée, car elle n’était pas découpée comme le reste du film. Je suis énervé quand on me montre quelques secondes supplémentaires qui méritaient d’être coupées. J’aime ressentir la magie de la rigueur du film.
Va mourire, votre premier film, n’existe pas en DVD. Il va enfin sortir en septembre ou octobre, grâce au buzz qu’est en train de déclencher
Le convoyeur. J’en suis ravi, car j’ai une tendresse particulière pour ce film. Je ferai certainement un commentaire audio. En revanche, pour
Le convoyeur, je ne pense pas. Il y aura deux Making-of, des projets d’affiche, des promoreel pour l’étranger…Il ne faut pas non plus que ça déborde.
Donc nous n'aurons pas 100 bonus comme dans Bad Boys 2 sur le DVD du Convoyeur ! Non. Après on tombe dans la prétention mégalo.

LE CONVOYEUR de Nicolas Boukhrief
Comment avez-vous ressenti l’ampleur du phénomène Starfix ? Je m’en suis rendu compte après coup car ce n’est qu’aujourd’hui que je rencontre des journalistes, des cinéastes et même des acteurs qui lisaient Starfix. A l’époque, nous avions entre 18 et 20 ans et ne lisions pas dans les magazines des articles suffisamment développés sur Cronenberg, les frères Cohen, Verhoeven, Zulawski, Friedkin et d’autres. Le court-métrage était mal traité, le clip n’existait pas…On a sûrement été très inspiré pour certains papiers, mais on s’est bien planté aussi parfois, à cause de notre jeunesse. En tout cas, dès le départ, nous ne voulions pas faire une carrière dans le journalisme, c’est le cinéma qui nous attirait. Beaucoup d’entre nous venaient de province et n’avaient aucun contact, donc c’était un bon moyen d’avoir accès à des plateaux et faire des rencontres. Je pense que Starfix a marqué aussi parce qu’il est le dernier grand magazine indépendant, comme Actuel et Rock&Folk. Après, les groupes de presse s’en sont mêlés.
Que penserait Starfix des Bessonneries ? Je préfère répondre par mon film, et non par des propos. Je montre que selon moi, il faut une bonne histoire et de bons acteurs pour faire un polar.
Etes-vous attiré par Hollywood ? Le cinéma français est riche de talents, et on doit le défendre. La comédie peut être améliorée par une justesse d’écriture, et globalement je les trouve mal éclairées. Le film d’horreur ou d’épouvante français peut exister,
Saint-Ange (sortie le 16 juin, Ndlr) de Pascal Laugier avec Virginie Ledoyen et Lou Doillon me l’a prouvé. Je remarque que les réalisateurs de Hong Kong ou d’autres, comme Lee Tamahori font des carrières parfois affreuses. Verhoeven revient, Schroeder aussi…Je me méfierais si je recevais une proposition.