Par Didier Verdurand - publié le 15 décembre 2003 à 00h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h02 - 3 commentaire(s)
Le mercredi 17 décembre marquera non seulement Le retour du roi, mais aussi celui de Pierre Salvadori (Cible émouvante, Les apprentis). Son nouveau film, Après vous, appartient à une espèce en voie de disparition en France : la comédie intelligente.



Avez-vous écrit le personnage d’Antoine en pensant à Daniel Auteuil ?

Non. Au début, je partais dans une autre direction. Le scénario tournait autour de la culpabilité. Un serveur était persuadé qu’il avait rendu un autre type infirme, et comme celui-ci était un joueur de cartes endetté, il lui extorquait de l’argent en échange. Je voyais Alain Chabat en pigeon, et Jean-Pierre Bacri dans une chaise roulante. Au fur et à mesure que le scénario se développait, je recadrais et finalement, je ne regrette rien ! Daniel Auteuil a dans la vie un côté lunaire et poétique qui collait avec Antoine, le serveur.

José Garcia est très présent sans en faire des tonnes.

Dès le départ, il était très juste, avec son air inquiet. Je lui avais dit d’imaginer qu’il sortait d’un accident, complètement groggy, sans rien comprendre pendant la première partie, pour revenir à la vie dans la seconde. J’ai toujours pensé que José pouvait exceller dans le calme, et s’adapter au scénario. Daniel et lui sont des acteurs rapides, et j’aime beaucoup cette vertu.

Quel plaisir de retrouver Daniel Auteuil dans une autre comédie cette année, après Petites coupures !

Il reçoit peu de propositions dans ce genre ! Et quand il en a, c’est pour refaire une suite des Sous-doués ! Il attend des rôles, plutôt que des genres de film, mais c’est vrai que là, il était excité à l’idée d’explorer diverses gammes de la comédie : le burlesque, la pantomime, le comique de situation, les dialogues rapides …



Et encore une nouvelle venue dans votre bande : Sandrine Kiberlain.

Je l’ai découverte dans Comment font les gens de Pascale Bailly. Elle est capable de pleurer et d’être drôle en même temps, c’est très fort. Cela fait longtemps que je voulais travailler avec elle et je cherchais une comédienne à la peau pâle, qui ne puisse pas cacher ses sentiments. Sandrine s’est imposée naturellement, au tout début du casting d’ailleurs, avant Daniel et José.

C’est votre premier long-métrage sans Guillaume Depardieu !

Guillaume est quelqu’un qui m’a inspiré, il m’a beaucoup appris et j’écrivais en pensant à lui. Dans Après vous, je ne voyais pas ce que je pouvais lui offrir comme rôle. Je voulais aussi me retrouver avec des comédiens que je ne connaissais pas sinon, au bout d’un moment, on a tendance à s’endormir, à ne pas se mettre en danger. Au contraire, avec des grands comédiens avec qui l’on n’a jamais travaillé, il faut les séduire, être intelligent, avoir des idées. C’est un état d’esprit créatif. Un clin d’œil à son copain n’est pas très intéressant, pour moi comme pour lui. En tout cas, son handicap ne m’empêchera pas de retravailler avec lui.

Après vous est dédié à Marie Trintignant …

Je ne pouvais pas ne pas le faire. Nous étions en plein montage quand le drame est arrivé. J’ai fait trois films avec elle, je lui avais proposé un rôle dans celui-là, qu’elle n’avait pu accepter parce qu’elle tournait Janis et John.

Sortir le même jour que Le retour du roi, ça fait peur ?

J’ai plutôt confiance en cette stratégie de distribution. Les sentiments est sorti face à Matrix Revolutions, et il s’en est très bien sorti. Il est vrai aussi que l’attente n’est pas la même entre le troisième Matrix et le troisième Seigneur des anneaux…Mais c’est bien d’avoir une alternative. De toute manière, chaque semaine, il y a une grosse machine au moins à affronter. La consommation immédiate est devenue un phénomène terrible. Les apprentis était sorti dans 40 salles en France, et il a gardé ses copies semaine après semaine pour devenir un succès. Le retour du roi aura les plus grosses salles, ce qui veut dire aussi que nous serons plus facilement complets et que nous allons perdre des spectateurs. Il y a 10 ans, Le retour du roi n’aurait eu qu’une salle, et aurait fait autant d’entrées en 1 mois qu’il n’en fera aujourd’hui en 15 jours.



Un mot sur l’affiche d’Après vous ?

J’ai réussi à éviter le pire. Au début, on m’avait proposé José avec une corde autour du cou, et Daniel derrière qui faisait chut. Le titre était changé : Mon nouveau meilleur ami, avec "nouveau" barré ! J’ai dit que j’avais honte et que je n’allais quand même pas devoir aller me cacher dans une paillotte en Corse ! On peut faire grand public avec de belles affiches, comme pour les Almodovar …

Vous avez pensé au DVD pendant le tournage ?

Pour Les apprentis, j’avais une heure de scènes montées non inclues dans le version finale, malheureusement le labo les a détruites par accident et ce fut épouvantable pour moi car j’étais tellement heureux à l’idée de les mettre dans le DVD ! C’est un merveilleux support pour apaiser la frustration du réalisateur ! Ce drame n’arrivera pas pour Après vous, je pense qu’il y aura au moins 30 à 40 minutes de scènes coupées. Il y aura un making of, un bétisier assez hilarant, et probablement un commentaire audio, mais je n’y ai pas encore pensé. Je n’en ai jamais écouté ! Je préfère les commentaires après le film, comme pour Bob le flambeur de Melville que j’ai vu récemment.

Avec l’ambiance qui devait régner pendant le tournage, le commentaire serait riche en anecdotes !

Si ça gueule, je ne peux plus bosser ! Quand j’étais plus jeune, j’étais assez nerveux, je me suis souvent bagarré. J’aime que les gens s’entendent bien, soient heureux sur le plateau … Il est d’ailleurs parfois épuisant de faire en sorte que tout se passe bien pour tout le monde ! C’est un point commun que j’ai avec le personnage d’Antoine : pour travailler tranquillement, il faut autour de moi une ambiance agréable.

Mercredi à 14h, vous serez où ?

A l’intérieur de mes petits souliers, mort de trouille ! Mon dernier film, Les marchands de sable, n’a pas marché, mais il y avait eu un passage télé sur Arte avant la sortie. Là, j’ai un budget confortable, des têtes d’affiche … Je n’ai jamais eu autant de pression !
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