Dans
De battre mon cœur s’est arrêté, Romain Duris impressionne durablement en jeune gars qui cherche à devenir quelqu’un en réglant les comptes de son père et en trouvant un salut dans l’art. Le film aussi. Dans la vraie vie, Romain boit son café du matin en vous racontant tout son amour pour le travail de Jacques Audiard et défend ce film qu’il adore. Ça tombe bien, nous aussi.
Dvdrama : Qu'est-ce qui t'intéresse dans le cinéma d’Audiard ? Romain Duris : J’ai vu tous ses films et ils m’ont tous marqué à des degrés différents. J’adore
Regarde les hommes tomber et
Sur mes lèvres. Son univers me marque de toute façon. Je l’avais croisé une première fois à la projection de
Sur mes lèvres parce que je suis pote avec Vincent Cassel, je lui ai serré la main et je lui ai demandé ce qu’il faisait. Chose que je ne fais jamais. Et là je l’ai fait. Alors est-ce que ça l’a marqué ? Je ne sais pas du tout.
Tu avais vu le film d’origine Mélodie pour un tueur de James Toback ? Non, je ne l’ai vu qu'après, par la suite.
A-t-il été une source d’inspiration pour toi ? Oui. Sur certains plans, le film m’a inspiré. Par rapport à Harvey Keitel, j’aimais bien cette image de masse physique qui joue au piano et puis cette délicatesse, cette sensibilité... La nervosité aussi. Il fallait que mon personnage ait cette même nervosité et puis je me souviens aussi de moments forts comme la scène de l’audition que je trouve parfaite.
Le personnage est subtilement décrit parce qu’il tourne parfois des situations contraignantes à son avantage. Je pense par exemple à la passade avec Aure Atika. Je pense que depuis un certain temps, il a un truc pour cette gonzesse. Le fait qu’il se lance dans le piano développe en lui toute une sensibilité artistique et féminine. D’un coup, il y a le souvenir de la mère qui ressurgit et dans les filles de son entourage, il y a Aline. Il se rend finalement compte qu’il a des sentiments pour elle. J’aime bien le fait qu’elle parte comme elle est venue. C’est vraiment paf paf au revoir.
Les personnages parviennent à communiquer sans nécessairement parler la même langue ou même parler tout court. Tout à fait. C’est une idée que je trouve incroyable. Jacques travaille beaucoup sur la communication. Les gens qui ne parlent pas le même langage mais qui se comprennent quand même. Il y avait ça dans
Sur mes lèvres aussi. Les rapports entre les personnages étaient canon dans ce film.
Je me souviens que tu jouais de la batterie dans Chacun cherche son chat. Comme ton personnage, tu es musicien ? Oui, je faisais de la batterie mais je n’en fais plus maintenant. J’en faisais pas mal. Je suis né dans un environnement propice. Mes parents étaient musiciens, mon père était pianiste, ma sœur aussi. Donc j’aime ça, j’en ai besoin même. J’adore ça parce que c’est un plus à travailler, pour rentrer dans le personnage, pour travailler la sensibilité.
Tu écoutes beaucoup d’électro ? Oui, je m’achète beaucoup de disques. J’en écoute 100 dans ma petite boutique, et j’en achète 10. C’est quelque chose que je fais assez régulièrement.
Tu as d’autres points communs avec le personnage ? Hormis la musique, je ne mène pas de combats et je n’ai pas non plus les mêmes passions. Ça reste quand même assez loin de moi.
Il y a des cinéastes français qui t’intéressent ? Ah non, il y avait Jacques Audiard et Pialat. Pialat n’étant plus là… Je veux dire, les autres m’intéressent, mais je pense que les autres font des bons films et des mauvais, il faut tomber au bon moment. Par exemple, il y a Claire Denis que j’aime bien mais pas tout le temps. Je sais qu’avec Tony Gatlif, on aimerait monter une pièce de théâtre.
Sinon, tout le monde attend Les Poupées Russes… Les Poupées Russes sortent en juin. Ce n’est pas la suite de
L’auberge Espagnole parce que maintenant que j’ai vu le film, je me dis que ce serait dommage de le vendre comme une suite. C’est vraiment un nouveau film de Klapisch parce qu’il reprend tous les risques qu’il avait pris pour faire
L’auberge. C’est comme s’il avait tout remis à zéro parce que le film est plus libre notamment dans sa structure. Et il rebalance tellement de ce qu’il aime filmer, de ce qu’il a dans la tronche. Je le ressens encore plus fortement que dans
L’auberge. Donc il vaut mieux ne pas les comparer. Les personnages, c’est Xavier, 30 ans, l’anglaise Wendy, le petit frère, il y a Audrey Tautou, Cécile De France aussi. Et t’as Xavier qui se pose des questions sur les gonzesses, la trentaine, son métier, ses galères. Ces questionnements sont universels parce qu’on passe tous par là.
Tu as des projets ? Non, en ce moment, je lis. Et j’ai de la chance parce que j’ai des scénarios vraiment intéressants. Passer du Gatlif à
Arsène Lupin après le Audiard puis Klapisch. Après ça, c’est vrai que bon, je me demande quel sera mon prochain défi. J’aimerais bien faire le premier film d’un jeune mec qui a la pèche.
Quel genre de scénario tu reçois ? De tout, des thrillers, des comédies... En ce moment, c’est la folie. J’en reçois un par semaine…
(L’attachée de presse apporte les cafés)(à l’attachée de presse) Je t’ai pas raconté mais on s’est éclatés au festival de Berlin !
(à moi) On y est allés là. Le film a reçu un prix pour la musique, ce qui est lamentable, mais bon on s’en fout. Lefort a dit dans Libé que c’était la médaille en chocolat. J’aime ce que fait Alexandre Desplat, ce n’est pas le problème. Nous, on s’est éclatés parce qu’on a découvert une ville européenne incroyable. Au festival, on n’a pas eu le temps de voir des films et on est restés pour aller voir la ville.
Il y a le DVD d’Osmose qui va sortir prochainement. Oui
(très enthousiaste). Alors, là, tu peux y aller vu que tu bosses dans un magazine qui s’occupe de DVD. Il faut absolument en parler, le film a besoin d’un soutien. Enfin, je ne sais pas. Tu as aimé ? C’est le genre de premier film d’un jeune réalisateur sincère qui filme son entourage forcément avec un œil généreux et humble, tu vois ? Ce n’est pas de l’esbroufe. Raphaël, je le connais par cœur, c’est mon pote d’enfance. Je sais qu’il filme des gars normaux, pas des mecs qui se la jouent. On a eu beaucoup de retour de filles qui disaient qu’elles étaient contentes parce qu’elles avaient enfin accès à l’intimité des garçons. C’est le genre de remarque qui me fait plaisir.
De battre mon coeur s'est arrêté : sortie cinéma 16 Mars 2005