Et bien voilà, comme vous avez pu le constater, la critique du DVD zone 1 de Being John Malkovich est déjà en ligne. Nous en profitons donc pour vous offrir cette interview avec Spike Jonze, réalisée à l’occasion de sa venue au festival de Deauville en septembre 1999 (à lire de préférence après avoir vu le film).
Lors des projections, les spectateurs sont étonnés par l’originalité et la singularité de l’histoire. Quelle a été votre réaction à la lecture du scénario ?
Comme eux, étonné. Tout d’abord par le titre du script « Being John Malkovich ». Je trouvais ce titre amusant et je me suis dit que c’était juste une sorte d’accroche, un clin d’œil. Et quand je suis arrivé à la page 20 du scénario, boom, la surprise. J’étais subjugué, intrigué. Je n’avais qu’une envie, c’est de savoir la suite le plus rapidement possible.
Pour un premier film (Spike Jonze n’est pas un novice, c’est un réalisateur de clips célèbres, notamment ceux des Beastie Boys, de Bjork ou encore REM et un réalisateur de pubs tout aussi renommé, la pub de Nike entre Sampras et Agassi entre autre. Par contre, il s’agit bien de sa première expérience au cinéma) le scénario est très complexe. Quelles sont les principales difficultés que vous avez rencontrées ?
En fait, cela n’est guère différent que lorsque je tournais des vidéos clips. Au niveau technique, cela se ressemble. Quand vous tournez des clips, il s’agit aussi de raconter une histoire, une histoire de trois minutes mais une histoire quand même. Je n’étais donc pas inquiet de ce côté là. Ce qui m’effrayait plus, c’était les acteurs. Dans le vidéo clip, vous n’avez pas à proprement parlé une véritable direction d’acteurs. Or, ici, c’est le nerf du film. Quand vous avez des acteurs comme John Malkovich, John Cusack, Cameron Diaz, Catherine Keener, vous devez être à la hauteur. Donc, ma principale préoccupation, c’était eux. Je me suis donc concentré sur les répétitions. C’est vraiment la première chose que je faisais en arrivant sur le plateau.
Vous évoquiez votre surprise à la lecture du scénario. Mais alors, quelle a été la réaction de John Malkovich ?
John Malkovich a trouvé le script hilarant. Il s’est vraiment amusé à sa lecture. Mais il a d’abord pris ça comme une blague, comme quelque chose qui ne pourra jamais se faire. Il l’a laissé de côté. Trois ans après, nous avons réussi à convaincre du monde, le projet s’est mis en place, Malkovich a donné son accord et le tournage a pu débuter.
De nombreux réalisateurs qui viennent du clip ou de la pub ont un style proche de ces univers, un style très visuel, très remuant. Or, c’est tout le contraire pour votre film. Vos producteurs n’ont-ils pas été surpris ?
Tout d’abord, il faut savoir que c’est moi qui leur est proposé de faire le film. Ce ne sont pas eux qui sont venu me chercher. Comme je vous l’ai dit précédemment ce qui comptait avant tout c’est que le jeu des acteurs fonctionne. Donc, ma priorité absolue fut de leur consacrer mon temps de façon exclusive. La forme venait en second plan.
Le titre du film était-il le titre original ? Il dévoile un peu trop la nature du film.
Oui, c’est le titre original. Il a toujours existé. Je comprends votre raisonnement. Effectivement, il est difficile de nos jours avec le marché actuel de ne rien dévoiler, de garder un mystère total autour d’un film. Alors oui, cela peut gâcher un peu le plaisir de connaître un bout de l’histoire mais cela fait parti des règles du jeu.
La scène où John Malkovich entre dans sa propre tête fut-elle dur à tourner ? Surtout pour un film à petit budget.
Elle fut complexe. D’autant plus que nous n’avions pas beaucoup de temps pour la tourner. Mais même si l’équipe a du travailler très dur pour la réussir, la bonne humeur était toujours présente. L’équipe s’est ainsi beaucoup amusé à voir Malkovich interpréter autant de personnages différents.
Le portail qui permet de rentrer dans la tête de Malkovich est à la fois sobre et très intrigant.
Je ne voulais pas d’un film avec des effets spéciaux. Je cherchais avant tout à créer un univers très réaliste. C’est pourquoi tout est sobre.
La scène où Cameron Diaz et Catherine Keener pénètrent en même temps le subconscient de John Malkovich est très surprenante et va très loin dans sa description. Malkovich vous a-t-il aidé pour créer son subconscient, vous a-t-il dit d’aller si loin ?
Tout était déjà écrit dans le script. Mais ce qui est formidable de la part de John Malkovich, c’est qu’il nous a poussé à aller encore plus loin dans son univers. Il n’a pas hésiter à nous dire de ne pas nous gêner, qu’il fallait oublier qui il était, de ne surtout pas être impressionné par son statut et que cela ne le genait pas du tout que l’on se moque de lui. C’est par exemple lui qui a demandé à Catherine Keener lorsqu’ils jouaient la scène d’amour de le frapper, de lui écraser la figure avec sa main. Cela a ainsi permis à Catherine d’être plus relax. Par sa gentillesse et sa disponibilité, il a rendu le travail de tout le monde beaucoup plus facile.
Pour finir, si on vous laissez entrer dans la tête de quelqu’un, quelle personne choisiriez-vous ?
(Silence, perplexe) Je ne sais pas... Peut être John Malkovich (rires).
Propos recueillis par Laurent Pécha.