Par Frédéric Ambroisine - publié le 25 août 2003 à 00h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h00 - 0 commentaire(s)
Responsable de l'exceptionnelle BO - enfin disponible dans sa version d'origine après plus de 30 ans d'attente ! - du génial Beyond The Valley Of The Dolls (film qui sera pour notre plus grande joie, projeté à 2 reprises durant la 11ème édition de L'Etrange Festival), l'auteur-compositeur-producteur Stu Phillips, était déjà un vétéran de l'industrie musicale lorsqu'il commença à collaborer avec le réalisateur Russ Meyer. Rencontre avec une légende vivante.

DVDrama : Quand et pourquoi avez-vous décidé de devenir musicien ?

Stu Phillips : L'idée d'une carrière dans l'industrie musicale m'est venue à peu près vers l'âge de13 ans. J'ai étudié à la Music & Art High School à New York City ainsi qu'à la Eastman School of Music. Je ne peux vraiment pas vous donner la raison de cette décision. La musique me procurait tout simplement du plaisir. Toutes les musiques. Du classique au jazz, en passant par la pop.

DVDrama : Quelles furent vos influences musicales et quel type de musiques désiriez vous aborder en vous lançant dans l'industrie musicale ?

Stu Phillips : Quand j'ai décidé de quitter la Eastman School of Music pour rentrer dans le business, mon ambition était de composer comme Dave Rose, Morton Gould et Andre Kostelanetz. Durant les dix années qui suivirent, j'ai travaillé dans différents secteurs. J'ai joué du piano dans les bars chics… j'ai accompagné des artistes comme Chris Connor et Jimmie Rodgers… j'ai travaillé pour Grand Award/Command Records en tant que superviseur technique … et j'ai fait plusieurs autres jobs en rapport avec la musique.

DVDrama : Pouvez nous expliquer brièvement ce qu'étaient The Hollyridge Strings ?


Stu Phillips : The Hollyridge Strings est officiellement, un orchestre appartenant à Capitol Record. En fait, quand je suis arrivé chez eux avec l'idée de faire des versions instrumentales des chansons des Beatles avec un large orchestre, j'étais toujours sous contrat avec Colpix Records en tant qu'artiste. Il n'y avait donc aucune possibilité d'enregistrer chez Capitol sous le nom de Stu Phillips. C'est la raison pour laquelle mes enregistrements étaient signés The Hollyridge Strings.

DVDrama : Comment êtes vous arrivé sur des séries télévisées telles que le Donna Reed Show, Gidget ou les Monkees ?


GIDGET encadre le DONNA REED SHOW

Stu Phillips : C'est la générosité de Tony Owen (le mari de Donna Reed et le producteur exécutif du show) qui m'a permis de débuter sur le Donna Reed Show. Il voulait féliciter mes efforts pour avoir produit les tubes de Shelly Fabares et Paul Petersen. Ma participation aux épisodes de Gidget étaient de petits extras pour Screen Gems. Pour les Monkees, Bert Schneider (le producteur de la série) m'a proposé le job en pensant que mon expérience dans le milieu du disque pouvait représenter un avantage pour composer la bande-son de la série.


La série THE MONKEES (1966)

DVDrama : quand avez-vous rencontré Russ Meyer pour la première fois ?

Stu Phillips : Lorsqu'il m'a demandé de travailler sur une chanson pour le film Cherry, Harry & Raquel (1969). C'est Igo Kantor qui nous a présentés.

DVDrama : Connaissiez-vous ces précédents films et qu'en pensiez-vous ?

Stu Phillips J'avais juste entendu parler de ses précédents films. Il m'était donc impossible d'évaluer son œuvre à cette époque.

DVDrama : La musique est un facteur très important dans ses films. Est-ce l'une des raisons qui vous a poussé à travailler avec lui ?

Stu Phillips : Je vais vous paraître un peu brutal mais j'ai travaillé avec Russ car je désirais avant tout entrer dans les bonnes grâces de la 20th Century Fox. Cela faisait des années que j'essayais d'impressionner Lionel Newman (NDLR : célèbre compositeur de BO), mais sans succès. C'était donc une belle opportunité pour moi.

DVDrama : Durant une séquence de Beyond The Valley Of The Dolls (lorsque l'héroïne interprétée par Dolly Read rencontre sa tante pour la première fois) , on entend un des morceaux de la BO de Cherry, Harry & Raquel (composée par William Loose & Igo Kantor). Pourquoi Russ Meyer a-t-il placé ce morceau dans ce film. Y avez vous participé ?

Stu Phillips : NON ! Il y a en effet quelques bouts de musique provenant de la BO de Cherry, Harry & Raquel, que Russ a rajouté lors du doublage du film. Il y avait un besoin urgent de musique, et Igo Kantor a utilisé ce qu'il avait sous la main. Le seul morceau auquel j'ai participé pour la musique de Cherry, Harry & Raquel , fut " Toys Of Your Times ", chanté par le groupe The Jacks & balls. J'ai rencontré Igo Kantor à l'époque du Donna Reed Show. Par contre, je n'ai jamais travaillé avec Bill Loose.

DVDrama : La plupart des chansons de Beyond The Valley Of The Dolls sont plutôt Rock N'Roll ? Est-ce un genre que vous appréciez ?

Stu Phillips : Je considère les chansons de Beyond The Valley Of The Dolls comme " pop-rock ". Est-ce que j'aime ou n'aime pas le rock ? Tout dépend du style de rock dont vous parlez. Il y en a que j'aime et d'autres que je hais vraiment.

DVDrama : Il y a aujourd'hui de nombreux termes pour définir les catégories de rock n'roll, " pop music ", " pop-rock ", " easy listening ", " loundge music ", " pop psychédélique " etc… Cette avalanche de qualificatifs a-t-elle une signification pour vous ?

Stu Phillips : Pour moi, il s'agit de musique avant tout. Bonne ou mauvaise. Toutes ces différents appellations sont tout simplement des termes de " merchandising " destinés à attirer les acheteurs.

DVDrama : Que pensez-vous du " revival " 60's et 70's avec les compilations de musique "groovy" ou à travers les films comme Austin Powers (qui rend clairement hommage à Beyond The Valley Of The Dolls) ?

Stu Phillips : Je n'ai pas vraiment d'opinion à ce sujet. Naturellement, j'apprécie que mes précédentes œuvres soient revitalisées.

DVDrama : Vous avez co-écrit deux chansons avec Lynn Carey. Celle qui ouvre le film " Find It " et une deuxième " Once I Had Love " qui figure sur la BO mais qui n'est pas dans le film. Pourquoi ?

Stu Phillips : Lorsque nous avons découvert que les Sandpipers allaient sortir un single à partir d'une des chansons du film, il a fallu la placer. Nous l'avons donc mise à la place de la chanson " Once I Had Love ". Cette chanson devait figurer durant la scène d'amour lesbienne. Quoiqu'il en soit, elle a été retenu sur la BO du film.

DVDrama : Vous avez travaillé sur un autre film de Russ Meyer après BVD, The Seven Minutes ? Votre travail était-il le même ? Avez-vous travaillé à nouveau avec Lynn Carey ?

Stu Phillips : Mon travail fut exactement le même. J'ai co-écrit deux nouvelle chansons avec Lynn Carey. Elle chante sur "Midnight Tricks" avec Neal Merryweather.

DVDrama : Par la suite, vous avez travaillé sur de nombreuses et populaires séries télévisés (NDLR : L'Homme qui valait 3 milliard, Buck Rogers etc...). Pourquoi ne plus avoir collaboré sur les autres films de Russ Myer ?

Stu Phillips : Pour être honnête, il ne me la jamais proposé. Russ avait signé un contrat de 3 films après la Fox, mais après The Seven Minutes (NDLR : qui fut un échec commercial), la Fox était plutôt contente de laisser partir Russ sans qu'il ait achevé son contrat. Russ est donc retourné à ses productions à petits budgets et je pense que j'étais un peu trop cher pour lui.



DVDrama : Pourquoi la Fox a-t-elle décidé de remplacer la voix de Lynn Carey sur la première BO de Beyond The Valley Of The Dolls qu'elle a éditée (NDLR : visuel gauche de la première photo tout en haut) ? Sa voix a-t-elle aussi été remplacée dans le film ? il est un peu difficile de faire la différence sur "Find It"...

Stu Phillips : Non, il n'ont pas remplacé sa voix dans le film. Et je pense qu'il y a une très grande différence entre ces deux chanteuses. Lynn fut remplacé sur le disque pour des difficultés d'ordre légal et d'autres problèmes qui sont survenus. La remplacer fut une décision de dernière minute. Il a d'ailleurs fallu trouver une remplaçante en très peu de temps. La doubleuse a dû chanter sur la même tonalité que Lynn car nous n'avions pas l'intention de réenregistrer les morceaux.

DVDrama : Il y a récemment eu (NDLR : en 2003) une réédition de la BO de Beyond The Valley Of The Dolls par le label anglais " Harkit Records " (NDLR : visuel droite de la première photo tout en haut) qui nous propose enfin, après 30 ans, les chansons originales...



Stu Phillips : Depuis de nombreuses années, j'ai essayé de me procurer par la Fox la vraie BO de BVD pour pouvoir éditer un CD promotionnel pour tous le fans réclamant la voix de Lynn. La Fox n'étais pas très coopérative, et au bout d'un moment, j'ai laissé tomber. Je suis heureux qu'Harkit ait enfin sorti ce CD, et je trouve qu'ils ont fait un excellent boulot sur le " packaging ".

DVDrama : Beyond The Valley Of The Dolls est encore aujourd'hui très populaire. Le film sera projeté en France durant l'Etrange Festival. Qu'en pensez-vous?

Stu Phillips : Après toutes ces années, ça me fait vraiment plaisir de voir mes premières oeuvres appréciées par le jeune public. Il semble que depuis les 5 dernière années, je soit plus reconnu que pendant toute ma carrière. C'est pourquoi j'ai décidé d'écrire un livre : "Stu Who? Forty Years of Navigating the Minefields of the Music Business"

  • Propos receuillis par Frédéric Ambroisine.
  • Un grand merci à Stu Phillips et Lynn Carey pour leur collaboration.
  • Liens :
    1. Stu Phillips Website
    2. Lynn Carey Website (Mama Lion)

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