Par Arnaud Mangin - publié le 22 juin 2005 à 20h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h30 - 8 commentaire(s)
Ils étaient nombreux les fans du maquilleur fou à se rendre à la séance de dédicace au magasin de jouet Toystar en ce début du mois de juin. Et pour cause : maquilleur, spécialiste des effets spéciaux gores sur de nombreux films, mais aussi comédien, cascadeur, et réalisateur, Tom Savini n'a eu aucun mal à attirer les faveurs des amateurs de cinéma d'horreur vers lui. Une vraie cohue, des jedis en manque de défoulement plein la rue préférant mimer un combat pour oublier le grotesque de leur accoutrement, mais surtout une infernale bousculade pour approcher le messie de l'age d'or des films sanguinolent. Pourtant je me fraye un chemin, je repère mon bonhomme en haut des marches menant à la direction du magasin et je m'y engouffre pour réussir à le coincer seulement sept petites minutes avant de le laisser rejoindre son public…

Comment passe-t-on du métier de photographe de guerre à celui de maquilleur en effets spéciaux ?
Je faisais déjà des effets de maquillage avant de partir au Viêt-Nam, mais être photographe sur place a surtout été une grande leçon sur l'aspect du réalisme et de l'anatomie humaine. Outre l'aspect émotionnel qui me marquera pour toujours, parce passez des journées près des cadavres est un expérience intense, toute cette violence a un peu fait ma réputation parce que je fait partie des rares du métier à avoir vu toutes ces choses en vrai. J'ai également pu comprendre ce qui n'allait pas dans certains trucages, les miens comme ceux des autres, et ce qui les rendait si faux.


Comment avez-vous réussi à faire accepter tout cet aspect gore et réaliste aux producteurs et aux gens qui ont investi dans vos films ?
Ils ont toujours demandé du réalisme, il n'y en avait jamais assez. Ce sont les réalisateurs qui demandaient généralement le plus de choses dégueulasses, et ce sont souvent eux qui ont été freinés par les producteurs. Mais à moi, on me demandait de toujours faire des choses très détaillées et très précises, et c'est souvent pour cela que ça effraye les gens. Si vous prenez une scène de cannibalisme où un rockeur se fait dévorer par dix zombies, vous allez trouver ça sale mais vous garderez à l'esprit que c'est physiquement impossible de déchirer aussi facilement un abdomen à mains nues. En revanche, lorsque vous égorgez quelqu'un en gros plan, cela vous touchera beaucoup plus parce que malheureusement ces choses là arrivent souvent, c'est représenté de manière fidèle au cinéma et le spectateur le sait. Quand j'égorge une fille au cinéma, il n'y a pas 10 litres de sang qui gicle partout mais c'est plus effrayant que si l'on en faisait beaucoup trop. En général, tout le monde me parle des plaies qui s'ouvrent plutôt que du sang qui en surgit.

Comment votre famille ou vos amis réagissent-ils à ce que vous avez conçu pour le cinéma ?
Figurez-vous qu'ils sont fans, et ils en sont très fiers même. Je n'en ais pas spécialement conscience, mais mes proches voient là dedans une manière artistique d'exhiber ce que l'on peu avoir au fond de soit. Que l'on créé une mélodie ou un monstre en latex, ce qui compte je pense c'est que l'on y mette le cœur à l'ouvrage et les gens qui vous connaissent vraiment bien reconnaîtront toujours une part de vous dans ce que vous concevez. Lorsque j'en parle avec des confrères comme Rob Bottin, Rick Baker ou Stan Winston, ils me confient exactement le même sentiment : le gens vont au-delà du simple fait que ce l'on voit à l'écran est sale esthétiquement parlant.


L'image de synthèse n'est pas une menace pour le maquillage et le latex ?
Non. Ca a même plutôt tendance à l'améliorer. Ca facilite notre travail, ça permet de combler certains petits détails qu'il nous est impossible de concevoir et l'on y gagne en réalisme. J'adore les effets spéciaux de synthèse quand ils sont bien utilisés, et lorsqu'ils sont combinés avec des trucages plus traditionnels. Le tout c'est de ne pas basculer dans la facilité totale et ne faire que de la 3D, mais plutôt de l'utiliser à bon escient avec le maquillage ou des maquettes, sinon le spectateur se rend vite compte de la supercherie. Il y a des résultats formidables : La momie par exemple; qui a d'abord été conçu en latex puis numérisé en 3D et qui bénéficie d'une esthétique fabuleuse. Il y a aussi Terminator 3 qui combine vraiment le genre de travail que je cautionne à 100%, le visage de Schwarzenegger à la fin est un mélange de maquillage et de 3D, c'est époustouflant de créer un visage pareil. Ce serait impossible de le faire uniquement avec du maquillage.


Quelles ont été les répercutions de Zombie sur votre carrière ?
Ce n'est même plus une histoire de répercutions, le film a fait ma carrière ! C'est grâce à celui-ci que j'ai atterri sur Vendredi 13, et c'est grâce à celui-ci que l'on s'est intéressé à moi sur beaucoup de productions plus importantes. Ensuite c'est comme toute carrière dans le cinéma, une chose en entraîne une autre, je suis devenu acteur, réalisateur etc. Sans Zombie je n'en serais peut-être pas là aujourd'hui.


Votre réaction à l'annonce de la préparation de L'armée des morts ?
J'ai tout de suite voulu en faire partie ! Je les ai appelés et ils m'ont pris, ce n'est pas plus compliqué que ça (rires). Ca me paraissait évident d'en faire partie.


En tant que comédien ou pour la conception des effets spéciaux ?
Simplement en tant que comédien, je ne fais plus d'effets spéciaux de maquillages aujourd'hui. Je ne les pratique que dans mon école d'effets spéciaux lorsque je fais des démonstrations à mes étudiants. Ce sont eux qui prennent le relais désormais, et j'essaie de les fidélisés à mes méthodes. La plupart sont considérés comme des valeurs sures auprès des producteurs et j'en suis très fier.

C'est un peu pour le même genre de motif que vous avez atterri sur Une nuit en enfer ?
Oui. Là c'est Quentin Tarantino qui m'a contacté parce que c'est un grand fan, et surtout un fan de films d'horreur. Vous avez certainement dû cerner sa personnalité, c'est un garçon qui a grandi avec le cinéma et maintenant qu'il est position il se permet de contacter les gens qui ont bercé sont adolescence. Des gens qui ne sont plus nécessairement des têtes d'affiches aujourd'hui. Faire ce film ça m'a permis de me faire une popularité sur les plus jeunes spectateurs qui ne me connaissaient pas, ou qui ne connaissaient pas Zombie ou Vendredi 13, et c'est en même temps un clin d'œil à ce genre de cinéma. Et mes premiers fans étaient ravis de me voir dedans. J'ai travaillé trois fois avec lui. Une fois sur Killing Zoe, une autre sur Mr Stitch qui est un téléfilm de Roger Avary, et donc sur Une nuit en enfer.


Comment êtes vous devenu le réalisateur du remake de La nuit des morts-vivants ?
Je pense que Georges Romero a apprécié mon travail sur la série Tales from the dark side. J'ai réalisé trois épisodes et il m'a dit qu'ils faisaient partie de ses préférés. Ensuite c'est un honneur lorsque ce monsieur vous propose ce poste, je ne pouvais pas refuser.

Vous collaborez à nouveau ensemble puisqu'il y a non seulement Land of the dead mais aussi un jeu vidéo si j'ai bien compris.
Oui City of the dead qui sera disponible l'année prochaine. Georges en a supervisé pas mal d'étapes et j'ai moi-même participé au jeu activement. Je suis un personnage du jeu qui possède mon visage, est très musclé et très armé, et je lui prête ma voix.


Où en est le projet Forest ?
Il y a deux films qu'il ne faut pas confondre. J'ai participé à un film qui s'appelle effectivement Forest, qui a été projeté au festival de Cannes et dans lequel j'interprète un psychopathe. Sinon j'ai dans mes cartons le fameux projet Forest prime evil que je souhaite réaliser depuis un moment déjà mais qui prend un certain temps à se mettre sur pied. Je sais que sur des site comme IMDB, pas mal de choses sont indiquées à propos de ce film, mais il ne faut pas toujours croire ce qui est écrit dessus. En tout cas je compte tout faire pour qu'il existe.

Un grand remerciement à l'équipe du magasin Toystar pour l'autorisation d'effectuer cette interview dans ses locaux.
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