Par - publié le 07 février 2006 à 03h03 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h47 - 6 commentaire(s)
Aujourd’hui, l’énergique Tony Jaa a un planning ultra chargé et n’a pas le temps de rigoler. Alors que deux jours auparavant il était à Cannes pour se produire sur la scène des NRJ music Awards, la star Thaïlandaise est revenue sur Paris pour enchaîner les interviews avec les journalistes français. Et ils sont nombreux. La chambre dans laquelle lesdites interviews se déroulent est digne d’un plateau de télévision puisque pas moins de six personnes nous entourent. Au centre, le producteur, assisté de deux jeunes caméramans souriants, filme et prend des photos. A peine arrivé, Tony me supplie de prendre une pause pour se dégourdir les jambes parce qu’il ne supporte pas de rester assis.



Acteur physique révélé chez nous dans le phénoménal Ong Bak, divertissement visuellement indigent aux scènes de bastons spectaculaires, Tony Jaa remet le coup avec L’honneur du dragon qui contrairement à Ong Bak laisse percevoir l’ossature d’un scénario (l’éléphant remplace l’arbre) et une volonté de proposer des registres autres que l’action purement bourrine. Pendant que Tony se défoule dans les couloirs de l’hôtel, je reste avec son producteur qui se renseigne sur mon support et me demande ce que j’aime comme genre de films. Je lui cite quelques films fantastiques, gores voire déviants et me sort que ce n’est pas étonnant que j’aime ce genre de films car j’ai "un visage d’ange avec des yeux de démon". Eclat de rire général. Tony se ramène, s’assoit, demande ce qui se passe. Son producteur lui explique tout. Et Tony rit. Se lève de sa chaise. Va jusqu’à m’imiter Sadako qui rampe. On a déjà perdu dix minutes sur le planning du pauvre attaché de presse mais ce n’est pas grave : on a bien ri.

Excessif : Alors vous aimeriez jouer dans un film d’horreur ?
Tony Jaa : Non, non, ne me faîtes pas dire ce que je n’ai pas dit (il rit). Prochainement, je tourne le film de mes rêves. Il s’agit un film d’arts martiaux avec du bouddhisme, des combats, de l’amour. En Français, ça s’appelle L’homme aux mille poisons.



Vous allez incarner un méchant ou ce n’est pas dans vos objectifs ?
Quand je choisis un film, c’est notamment pour sa beauté et sa portée philosophique. L’art martial qui m’a été enseigné fait que je suis une personne moralement située dans le bien. Dans un film d’arts martiaux, le spectateur a tendance à s’identifier au héros dans sa démarche. Je n’aimerais pas que le spectateur s’identifie à mon personnage si jamais il véhicule de mauvaises idées. Pour l’instant, en tous les cas, je ne veux pas.

Vous vous attendiez à un tel succès après Ong Bak ?
Pas du tout. Rien que le fait que le film ait été un immense succès en Thaïlande me réjouit infiniment car c’était mon objectif secret. Alors si maintenant, c’est également un succès dans le reste du monde, c’est l’autre part du gâteau.



Vous n’avez pas peur que le public occidental ne comprenne pas l’importance de l’éléphant ?
Certainement. Il y a fort longtemps, les Thaïlandais utilisaient les éléphants pour combattre et faire la guerre. Un peu comme les chevaux. L’éléphant est un animal royal que l’on respecte beaucoup. Actuellement, on utilise les éléphants pour les cérémonies importantes comme les mariages. En ce qui me concerne, c’est un animal assez important parce que je viens d’une famille de Cornacs. Mes parents ont des ancêtres qui ont toujours vécu avec des éléphants. C’est un animal que j’ai appris à respecter comme un membre de la famille. J’ai deux éléphants qui s’appellent Fleur et Feuille et qui ont respectivement 56 et 60 ans. Je les appelle toujours grand-mères Fleur et Feuille. Quand j’étais petit, j’ai longtemps travaillé avec un éléphant pour gagner de l’argent. C’est un animal domestique avec lequel on va se baigner ou se balader dans la forêt. Certains les considèrent également comme des Saints. D’où mes liens assez étroits.


Comment avez-vous travaillé le plan-séquence du film ?
Souvent on me dit que le plan-séquence dure très longtemps, du genre dix vingt minutes alors qu’il n’en fait que quatre. C’est une prouesse technique. Ça prend un mois de préparation, on utilise une trentaine de cascadeurs et une cinquantaine de figurants. On l’a finalement tourné en cinq jours, au bout de huit prises. Cela nécessitait une attention et un soin constants. Par exemple, au départ, le cameraman ne pouvait pas courir en même temps que moi et porter la caméra sur quatre étages. Donc il y a eu plusieurs caméramans sur les différentes scènes. Il y a eu également eu plusieurs prises parce que quand je montais un étage, ça allait ; le deuxième, aussi ; le troisième, j’étais prêt à donner un coup mais la sécurité n’était pas là. Je me souviens qu’une fois tout était parfait mais que la bobine était trop courte. Ce fut très éprouvant mais au final, je suis heureux parce que cette scène reste historique. Il n’y a pas eu une seule coupe ni même un trucage.



Vous refusez toujours de vous faire doubler et d’utiliser les câbles ?
Toutes mes scènes sont calculées et basées sur la préparation physique. Pour l’instant, j’ai toujours refusé. Il va certainement arriver un moment dans ma carrière où je serai obligé d’y avoir recours mais je ne suis pas fou non plus : une scène comme l’escalade d’une falaise périlleuse, bien sûr, j’aurais besoin d’un cascadeur mais pour ce qui est du combat, j’ai toujours tout fait moi-même.

Quel est votre point de vue sur la capoeira ?
Pour être franc, je n’ai découvert cet art que récemment et je ne le connaissais pas. J’ai demandé à un champion de Capoeira de venir combattre avec moi. Je l’ai trouvé via Internet et je l’ai conseillé au réalisateur. Je trouve que la capoeira est un mouvement adéquat qui va bien avec l’eau et le feu.



C’est un art de plus en plus répandu en France.
En ce qui me concerne, je maîtrise le muay thai boran, le krabi krabong, le bâton, l’épée, le pencak silat et le wushufais, la danse, la gymnastique. J’aime additionner les arts et en pratiquer le plus possible. Ce sont des défis que je me lance à chaque fois. Sincèrement, je ne pense pas les maîtriser complètement, mais je me dis ça en permanence pour me dire que j’ai des choses à apprendre et surtout pour progresser.

Quels sont les films qui vous ont donné envie de faire du cinéma ?
Les films de Bruce Lee, essentiellement.

Bon allez, parlons un peu de ce Jackie Chan…
(Il éclate de rire) Vous pensez qu’il s’agit du vrai ou du faux ? C’est une blague du réalisateur…

L’honneur du dragon est plus drôle que Ong Bak. Vous aimeriez vous diriger dans cette direction ou du moins atteindre cet amalgame humour-action qui fait le succès de Jackie Chan ?
L’humour dans un film d’action est nécessaire parce qu’autrement, ça rend le spectacle potentiellement inintéressant. Par ailleurs, cela permet d’amortir la violence. Je pense que le réalisateur abonderait dans mon sens.



L’idée d’une carrière internationale doit certainement vous titiller. Lorsque vous êtes venu à Paris l’an passé, vous aviez dit être honoré de rencontrer Luc Besson. Quel regard portez-vous sur ces productions et aimeriez-vous y participer ?
Ce serait passionnant mais ce que je fantasme réellement, ce serait que des cinéastes étrangers qui souhaitent travailler avec moi viennent tourner en Thaïlande (rires).

Propos recueillis par Romain Le Vern
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