Dans
Incident at Loch Ness, Werner Herzog, chef de file du cinéma allemand (l’inestimable
Aguirre, la colère de Dieu) joue son propre rôle: celui du réalisateur Herzog en butte à une équipe incompétente qui semble prête à lui mettre des bâtons dans les roues. Réputé difficile sur ses tournages (et avec de la chance, également en interview), Werner Herzog semble pourtant apaisé et heureux de commencer une nouvelle carrière d’acteur.
Pouvez-vous me dire comment est né ce «The Herzog Nessie project» ?Ce n’est pas un projet de Herzog parce que je ne suis seulement qu’acteur ici.
Cela tourne quand même autour de vous et du monstre.Oui mais c’est Zak Penn qui m'a présenté cette idée. Nous sommes amis, nous avons déjà collaboré ensemble par le passé et dans son nouveau projet, je voulais à tout prix être un acteur comme j’avais fait dans le
Julien Donkey-Boy d’Harmony Korine. J’aime tout dans le cinéma : l’écriture, la mise en scène, la production, le montage. Le film repose sur une question sérieuse concernant ce qui est caché sous la surface et plus précisément l’origine de la vérité extatique. En fin de compte, c’est un projet sur le monstre du Loch Ness qui est lui aussi un produit de fantasmes collectifs. J’ai trouvé le projet intelligent. En assistant à des projections, j’ai vu que les gens riaient beaucoup, ce qui est plutôt bon signe.
Ça vous a plu de jouer dans un documentaire parodique ?Comme je vous disais tout à l’heure, j’adore jouer et je pense que je le fais bien. A Hollywood, j’ai beaucoup d’offres d’agences pour commencer une carrière d’acteur. Je vais d’ailleurs continuer dans la prochaine comédie de Zak Penn avec Ben Affleck entre autres. Cela s’intitulera
Poker players.
Peut-on dire que vous avez tous fait une sorte de parodie de Lost in La Mancha en suivant la logique du Epidemic de Lars Von Trier ?Je n’ai pas vu tous ces films. Je n’en vois pas beaucoup. Je crois que cette année, je n’ai dû voir qu’un ou deux films. Je travaille, je voyage tellement, que je manque de temps. Si je devais comparer le film, ce serait plutôt à des Woody Allen où les éléments ne sont pas pris au sérieux.
Dans vos films que ce soit Fitzcarraldo ou Aguirre, vous effacez souvent la barrière entre la réalité et la fiction. Peut-on dire qu’il y a une forme d’hommage ici ou absolument pas ?Non, je ne dirai pas ça. Cela ne va pas aussi loin.
Incident of Loch Ness est juste une comédie tout ce qu’il y a de plus inoffensif. Bien sûr, cela prend des éléments de mon propre style, je l’accorde.
Pourtant, il y a bien un moment lorsque Zak Penn pointe un revolver sur vous où on assiste à la destruction de votre mythe en même temps que celui de Nessie. Oui, c’est vrai que les gens ont cette image de moi comme quelqu’un de taré, de fanatique et de colérique, mais je me suis comporté comme un bon soldat de cinéma. Je ne pense pas qu’il y ait un hommage à mes propres films.
Vous n’aimez toujours pas le cinéma-vérité.Non. Le cinéma-vérité n’est que la surface de la vérité et ne recherche pas la vérité comme il prétend. Je recherche la vérité extatique.
Le casting du film est très hétérogène. Ça s’est bien passé avec Kitana Baker ?Oui (rires). Que voulez-vous, Playboy a produit le film. C’était important pour Zak d’avoir un casting aussi hétéroclite. Je vous vois en train de rire là et cette confrontation a fait rire tout le monde et c’est vrai que c’est assez impromptu. D’ailleurs, vous riez encore, donc c’est que le mélange des acteurs vous a vraisemblablement amusé (rires).
Quels souvenirs conservez-vous de ce tournage ?(un long silence) C’était un tournage assez plaisant parce que premièrement, c’était relativement court, seulement 17 jours de tournage, ensuite, on a tourné en Ecosse qui est un pays que j’adore. J’ai adoré être sur le tournage d’un film dont je n’avais pas le contrôle. Un peu comme sur le
Julien Donkey-Boy, où le climat était assez absurde.
Restons dans l’absurde: vous portez très bien les lunettes de soleil. Oui, vous avez vu ? (rires). Et ces lunettes de soleil sont vraies, ce sont les miennes et elles étaient rangées dans mon vrai étui.
Vous devriez vous spécialiser dans la comédie. Dans Julien Donkey-Boy, vous étiez hilarant.Si on regarde avec plus d’attention tous les films que j’ai réalisés, on constate qu’il y a déjà des traces d’humour noir. Ils ne révèlent cependant leur efficacité que lorsqu’ils sont projetés en public. Quand vous les regardez seul à la maison sur votre DVD, ils n’ont rien de drôle mais je peux vous assurer que si vous les voyez en salles, avec un public, l’humour surgit soudainement.
La scène du dîner au début qui se passe dans votre maison…Ce n’est pas ma maison mais celle de Zak Penn. Vous savez, ça rejoint la séparation de la fiction et de la réalité. Quand Fred Astaire a fini de danser dans son show à Broadway, qu’il prend ses clés et rentre chez lui, cela ne pose pas de problème. Je n’aimerais pas vivre dans une maison comme ça de toute façon (sourire).
Dans cette scène, on aperçoit Crispin Glover, Ricky Jay et Jeff Goldblum. Ce sont vos amis ?Crispin, oui. Jeff, on a une amitié réciproque, on s’apprécie mutuellement. Ricky Jay est vraiment un très bon ami, je l’aime beaucoup mais vous savez, j’ai très peu de vrais amis dans le milieu du cinéma, ce sont plus des écrivains, des mathématiciens...
Il y a eu beaucoup d’improvisation ?Quelque chose a été clairement établi: pratiquement tout reposait sur l’improvisation. Zak Penn nous donnait des indications mais c’était nous, en tant qu’acteurs, qui devions trouver nos marques. Par exemple, dans le film d’Harmony Korine, il n’y avait pas de dialogue ni même de scénario comme la scène où je parle de Dirty Harry. J’étais assis à une table avec un acteur et on voyait Harmony qui bougeait dans tous les sens avec la caméra. A un moment, je lui demande où est le scénario, quelles sont nos indications… Et là il me répond:
«parle» (rires). Que pouvais-je faire à ce moment-là? Je ne pouvais qu’inventer un dialogue. Je devais être agressif, détestable avec tout le monde. Dans le film de Zak, il y avait quelques dialogues, je dirais que nous en avons inventé 80% et ils sont spontanés. Cela ne concerne bien entendu que les dialogues, le reste était dirigé, préparé à l’avance de même que la façon dont allait progresser l’intrigue.
Quels sont vos projets ?Je viens de finir deux gros films en moins de dix semaines. Le premier, on l’a tourné en Amérique du Sud ; le second en Alaska et en Floride. Seulement Fassbinder était aussi rapide que moi (sourire). Parallèlement, j’ai sorti un livre de prose et je prépare le prochain Zak Penn. La majorité de mes projets récents sont encore inédits en France, si bien que certains ici pensent que je n’ai pas sorti de films depuis
Fitzcarraldo…