Par Aurore Schmid - publié le 11 juillet 2007 à 00h00 , MAJ le 24 septembre 2009 à 19h07 - 4 commentaire(s)
LES LOISIRS ASIATIQUES
Lorsque l’on parle de Japan Expo, on a tendance à penser anime ou manga. Pourtant loin de se positionner comme un Angoulême ou un Annecy de la production asiatique, ce festival transgenre propose à ses visiteurs plusieurs types d’activités. La surface ayant été augmentée depuis l’édition précédente (aucune comparaison possible avec celle allouée par le CNIT de la Défense jusqu’au 6ème Impact en 2004, cette année on a bénéficié de 55000 m2 !), l’espace dédié aux "loisirs asiatiques" s’est considérablement étendu.
Pour toi gamer
Le premier à jouir de cette expansion est le jeu vidéo. Plus de 5000m2 à sa seule disposition, investis par stands d’éditeurs tels que Nintendo, Microsoft ou encore Atari, jouxtés par des tables tapissées de consoles beaucoup moins récentes, mais tout aussi squattées par les fans du genre. Comme l’année dernière, les activités vidéoludiques foisonnent : jeux musicaux (de guitare comme Guitar Hero ou de danse comme Para Para Paradise), jeux de shoot ou encore retrogaming. Grâce à des associations comme MO5 et Sho-Games ou le site Neo-Arcadia, les festivaliers se sont affrontés sur Nes, Saturn ou sur d’authentiques bornes d’arcade d’époque pour des parties sans fin de Bomberman, Sonic Arcade ou encore Dungeon and Dragon (projeté sur grand écran !).
Zack&Wiki, nouveau jeu d'aventure de Capcom
Retrogamming sur le stand de Neo-Arcadia Côté nouveautés, le petit français (au gros stand) qui monte, Amkana, offre ici les premières versions de son dernier né Wafku (sortie courant 2008). Les festivaliers ont ainsi eu le loisir de tester ce jeu online massivement multijoueur (MMORPG) dérivé du même univers que leur précédent jeu Dofus, offrant cependant des possibilités plus vastes que ce dernier. Dans la même catégorie, Ragnarok Online, s’impose au Japan à l’occasion de l’ouverture de son premier serveur français. Bien que le jeu coréen (sur PC toujours) soit un peu ancien, il rencontre un vif succès (on parle de 30 millions de joueurs à ce jour) et a attiré nombre de visiteurs sur son stand. Enfin, les consoles Next Gen ne sont pas en reste. La présence de Capcom sur le salon a été plus qu’assurée avec la présentation de trois belles nouveautés sur Nintendo, dont les très attendus Umbrella Chronicles (de la franchise Resident Evil), Zack & Wiki : Le Trésor de Barbaros (jeu d’aventure, sortie en automne 2007), tous deux sur Wii, et Phoenix Wright 4 (jeu d’enquête et de procès) sur DS. Pour Umbrella Chronicles, on retrouve l’ambiance de la série, en voyant évoluer par binôme les héros des premiers épisodes en vue subjective (pas de date de sortie annoncée). La Wii est à l’honneur encore avec DBZ Budokai Tenkaichi 3 (sortie fin 2007 sur PS2 aussi par Atari), jeu de baston survolté inspiré de l’univers d’Akira Toriyama. Ce dernier a d’ailleurs travaillé sur l’une des deux grosses nouveautés Xbox360 présentées au Japan, Blue Dragon, en collaboration avec Hironobu Sakaguchi (créateur de Final Fantasy, excusez du peu !), un RPG reposant sur un concept innovant : on peut choisir d’attaquer ses ennemis en groupe ou seuls, certains monstres bagarreurs se retournant les uns contre les autres (sortie début 2008). Blue Dragon semble souffrir du même « souci » (si tenté que l’on puisse parle de souci dans ce cas-là) que le très attendu Lost Odyssey (sortie fin 2007), qui découle peut-être de la participation plus qu’active de Sakaguchi au jeu, soit une gameplay proche des FF. Par contre, il semblerait que niveau graphisme et univers, on s’en éloigne franchement, avec un character design sombre de Takehiko Inoue (Slam Dunk, Vagabond). Les organisateurs du festival l’ont donc bien compris : un bon Japan Expo ne se fait pas sans octroyer une place d’honneur aux jeux vidéos.
Blue Dragon, quand Akira Toriyama (DBZ) collabore avec Hironobu Sakaguchi (FF)
Ragnarök Online débarque en France
Une séance de karaoké sur générique de vieil anime Tordre le coup aux idées reçues
Vu de loin, l’évènement pourrait s’apparenter à une grosse foire au DVD discount et au kilo de mangas bon marché. N’y voir que cela, ce serait occulter le côté spectacle/événementiel du Japan, qui se développe d’années en années. Cette édition a proposé encore plus d’à-côtés aussi dispensables que nécessaires, tels que des scènes géantes de karaoké de génériques d’anime en français (ça beuglait à tout va, dans une ambiance déjantée), des jeux organisés par des assos bien méritantes (dont Tengumi qui a organisé concours de dessin et jeux traditionnels japonais tel que la pêche de poissons rouges…), des stands pour être à la mode de Harajuku (quartier hype et tendance de Tokyo) où l’on retrouve des robes de gothic lolita ou encore où l’on peut se faire dreader les cheveux de toutes les couleurs… de quoi passer une journée dans un nouveau monde si l’on se laisse porter par la vague humaine (qui a dit 70 000 visiteurs ?). En se munissant d’une patience frisant celle d’un moine bouddhiste, on pouvait aussi assister à des événements très dépaysants : ainsi, comme pour le 7ème Impact, le cosplay s’est invité au Japan pour l’étape française du World Cosplay Summit (concours de déguisements des plus sérieux au Japon), cette fois-ci, sur une scène dans un amphithéâtre pouvant accueillir jusqu’à 3 000 spectateurs (où un grand défilé de mode japonaise a eu lieu par ailleurs) ; le catch aussi a été à nouveau programmé, pour le plus grand bonheur des fans de plus en plus nombreux. Grosse nouveauté côté « purosesu » (catch en nippon), la venue de quatre catcheuses en plus de grandes figures de ce sport spectaculaire. Le ring construit pour l’occasion n’a pas été déserté des trois jours de festival, avec une affluence record à chaque représentation.
Catcheuses japonaises Tradition, culture et popularité
A ses débuts centré sur le Japon, le festival s’est ouvert peu à peu sur l’Asie en général et sur ses traditions. Bien plus calme que le catch ou le karaoké (très répandus au pays du Soleil Levant), l’origami, le go, la calligraphie ou la cérémonie du thé ont eu une place privilégiée dans le salon. Pour les visiteurs désirant s’adonner au côté plus guerrier de ces cultures, des initiations aux arts martiaux (budo, kendo, aikido…) ont été mises en place. Pour les amateurs de belles lames, un forgeur de sabre officiait même en direct sur son stand En suivant cette même logique de donner à connaître la culture de ce continent, des conférences diverses ont eu lieu durant les trois jours de festival, le public pouvant ainsi découvrir les univers d’un mangaka, d’un musicien ou même d’un catcheur. Cette dernière édition du Japan a donné une place importante à un autre segment de la culture nippone : la musique. Plusieurs heures ont été programmées et la présence d’une star de la J-music, Yoshiki, sont manifestes de la qualité du rendez-vous.
Sooshi (debout), dreadeuse sur son stand Avec ce 8ème Impact, le Japan Expo rentre dans l’ère de la maturité. Un certain parfum d’institutionnel plane dans l’air, une surface toujours grandissante laisse à penser que ce festival, à vocation de leader européen sur le créneau Asie et à la logistique lourde, ne pourra se passer à l’avenir de gros éditeurs qui investissent de plus en plus les lieux avec des stands démesurés. Il nous reste à espérer qu’ils ne grignotent pas la place allouée aux fanzines, associations et autres dessineux de parodies de mangas. Parce que c’est cela aussi la Japan, ne l’oublions pas !