Par Arnaud Mangin - publié le 29 novembre 2004 à 08h01 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h12 - 6 commentaire(s)
Sortant pour la première fois en DVD, le film Coup de tête de Jean Jacques Annaud bénéficie d'un traitement des plus élogieux auquel le réalisateur, comme à son habitude, s'est personnellement investi. Une occasion rêvée pour Dvdrama de poser des questions à ce dernier.

Une chose nous frappe lorsque l'on regarde les bonus des DVD de Le nom de la rose et de Coup de tête, pour ne citer qu'eux, vous gardez et conservez minutieusement et absolument la moindre petite documentation en rapport avec vos films, ce n'est pas banal.
Jean-Jacques Annaud : Oui absolument. Pour Coup de tête, j'ai un rayonnage de cartons long comme la table (NDLR : une très grande table), je garde vraiment tout pour chacun de mes films. Par exemple, sur le tournage de Deux frères j'ai pris des photos de repérage, et je parle de trois ou quatre mille clichés pour saisir l'essence se dégageant du Cambodge ; et sur le dvd, on n’en verra finalement que 6 ou 7. J'ai conservé un nombre incroyable de photographies que ce soit de l'équipe de tournage, du casting, des tigres, et même du tournage en lui-même. D'ailleurs, j'ai aussi conservé mon petit journal de bord qui sera inclus dans l'édition ultimate je crois. Sinon, j'ai également conservé toute la correspondance que j'ai pu avoir avec le roi et le premier ministre du Cambodge. Enfin, je sais pas vraiment pourquoi, mais j'ai toujours tout conservé, et bien avant l'époque de Coup de tête. Vous voyez, lorsque je reviens même sur mes anciennes archives je retombe sur des vieux polaroids que j'utilisais déjà pour mes casting à mes débuts de carrière, et il y a un nombre incroyable d'acteurs qui étaient des jeunes premiers et qui aujourd'hui sont devenus des stars, et je parle de gens comme Gwyneth Paltrow ou Julia Roberts et bien sûr de Brad Pitt suite à Sept ans au Tibet. C'est mon petit côté archivist. Petit, je voulais être conservateur de musée.


Le fameux Coup de tête sur lequel a été prise la décision de sortir le film en DVD vient-il de vous ou de l'éditeur ?
C'est Gaumont. Je ne me permets pas de demander qu'on réédite l'un ou l'autre de mes films. Ce qui est particulier, c'est qu'hier, j'étais à Vienne et mon distributeur local m'a averti que L'amant et L'ours viennent de ressortir en Autriche, alors que je ne le savais même pas, pas plus que son contenu. Mais aujourd'hui, la diversité d'un même produit est tellement vaste, que je ne peux même pas vous dire ce qui existe au Japon ou en Argentine concernant mes films. Moi, je travaille essentiellement forcément sur l'édition française, mais aussi sur l'édition américaine qui devient alors globalement l'édition dite "mondiale". Et puis ne serait ce que pour les commentaires audio, l'auditoire n'est pas le même en fonction du pays, vous voyez sur le DVD du Nom de la rose, il y a la version américaine un peu plus légère où je raconte que Sean Connery a attrapé un rhume, et la version européenne où, non seulement le film a été mieux reçu, mais aussi compris en terme de sens ou de profondeur et sur lequel je peux parler un peu plus sérieusement. Aux Etats-Unis, il est juste considéré comme un thriller gothique ni plus, ni moins. Et puis dans ce cas là, rééditer le film en zone 2 était une excellente idée puisque l'édition précédente de TF1 était d'une qualité vraiment à chier à tel point que j'ai cru que mon lecteur était foutu. C'est là le problème lorsqu'un éditeur décide de sortir un film sans en parler au moins au réalisateur. Pourtant, j'habite à Paris. ça ne leur aurait rien coûté de me demander de jeter un œil sur la copie. Mais je me penche également, mais pas trop souvent, sur des éditions spécifiques pour certains pays, Le nom de la rose justement, bénéficie d'une édition inédite en Allemagne, et j'ai aussi conçu une édition bien particulière de Deux Frères en Angleterre, j'essaie d'en superviser un maximum. D'ailleurs, La Victoire en chantant (Black and white colors) qui bénéficie déjà d'une édition en zone 1, va être rééditée en France mais dans une approche totalement inédite.


En écoutant votre commentaire audio on sent que vous êtes très ému de revoir Patrick Dewaere à l'écran.
Je connais tellement mes films par cœur que je ne prends pas l'habitude de les regarder une fois la copie finale rendue au laboratoire, et Coup de tête, je l'avais revu partiellement pour la première et dernière fois il y a une douzaine d'années. Et lorsque j'ai enregistré ce commentaire audio, j'ai pris un vrai plaisir de retrouver ce que j'appellerai une "race" d'acteurs, pas des gens embarrassés par des problèmes de stars mais qui n'avaient que la volonté de faire un bon travail. Dans le lot, il y a forcément Patrick que j'ai retrouvé avec une véritable tendresse, quelqu'un avec qui j'avais énormément de différences, et c'est justement ce qui nous a rapproché. On a eu une amitié à la fois riche et pudique, lui avait besoin d'une réelle amitié, il était tricard avec la presse, je vous passe les détails, mais il se sentait globalement mal aimé et ça finissait presque par se voir à travers son jeu. C'était un acteur prodigieux, l'un des meilleurs que j'ai jamais dirigé, qui n'était pas vraiment en phase avec son temps et qui en avait réellement marre d'être relégué en second rôle. Ca fait partie des choses qui l'ont poussé à se suicider. Toujours est-il qu'on avait une véritable affection l'un pour l'autre et que le fait de revoir mon copain à l'écran et sa manière de décupler la force d'une scène m'a fait un bien fou. Vous savez, j'ai longuement eu des communications avec sa mère après sa mort, et elle m'a confié qu'elle aimait beaucoup notre film parce qu'elle y retrouvait le vrai Patrick, elle y retrouvait son fils. Il m'a envoyé une lettre très émouvante que je n'avais pas lue depuis des années et que j'ai justement retrouvée en fouillant dans mes archives. J'ai suggéré aux concepteurs des bonus du DVD de la survoler pour le documentaire.




Bien plus qu'une satire sur le monde du football, on ressent surtout dans Coup de tête, une satire du pouvoir avec une forte inspiration moderne des plus grandes œuvres littéraires.
On n'a pas cherché à traiter le monde du football, mais du monde du succès et justement du pouvoir que l'on gagne à travers le regard des autres, mais c'est un thème que l'on retrouve à un nombre incroyable de romans. Jean Renoir m'a même contacté après La victoire en chantant pour me remercier de rendre un hommage à son œuvre mais ce n'était vraiment pas le cas du moins pas volontairement, mais dans le fond, ça s'est avéré être un hommage puisque je me suis longuement nourri de ses écrits.


Vous êtes également réputé pour avoir fait beaucoup de spots publicitaires, avez-vous songé à en inclure dans les éditions de certains films dont ils auraient des thèmes communs ?
C'est une chose dont on a quelques fois parlé, mais il y a toujours des problèmes de droit, et à l'époque où j'ai tourné ces films, on ne cherchait vraiment pas à savoir quelles en seraient les retombées et l'influence qu'ils pourraient offrir, à moi comme aux autres personnes ayant travaillé dessus. Je n'avais pas de contrat écrit. Je faisais le film, je touchais mon chèque et tout le monde était content. Maintenant quand on édite un DVD, on se retrouve avec des problèmes où les story-boarders demandent des droits, et ainsi de suite. Mais les enjeux financiers de la pub, comme de la musique, du sport ou du cinéma gâchent vraiment cet esprit là. Moi-même je ne fais plus du cinéma comme à mes débuts. Vous par exemple, vous faites ce métier parce que vous le faites par passion et sans trop m'avancer, les revenus sont presque secondaires. A l'époque, faire du cinéma ou de la publicité c'était le même genre de motivation. Aujourd'hui, tout n'est que finance.

Qu'a acquis récemment en DVD Jean-Jacques Annaud le collectionneur ?
J'ai acheté l'intégrale de Pialat, l'intégrale de Chaplin et quelques films de Franck Capra que j'ai trouvés aux Etats-Unis. Vous me demanderez peut-être pourquoi uniquement des vieux films, et bien parce que toutes les nouveautés, je les reçois directement comme vous. Comme je suis également membre de nombreuses académies, on m'en envoie pas mal. Tout ce que je paye de ma poche c'est surtout pour remplacer tout ce que je possède en VHS ou en laser disc, j'ai énormément investi dans le laser. Mais je suis dans une phase d'auteurs dirons-nous. Entre autres, l'intégrale Kurozawa que j'ai trouvée au Japon.


Jean-Jacques Annaud avec Guy Roux pour la préparation du DVD de COUP DE TETE

A propos de nouveautés, avec Le nom de la rose, La guerre du feu et Stalingrad vous avez mis l'acteur Ron Perlman sur le devant de la scène. Ayant contribué à son succès et son statut de star actuel, que pensez vous de son dernier film, Hellboy ?
Ce que je trouve extraordinaire dans ce film là, c'est qu'avec un masque de deux centimètres d'épaisseur, il arrive à faire transparaître de l'émotion et des sentiments de générosité. Moi contrairement à beaucoup de mes confrères, je prend un véritable plaisir à regarder des films comme ça, c'est ce que les américains appellent des films d'adrénaline. Hellboy ça bouge, c'est extrêmement bien filmé, et le spectacle en lui-même est assez excellent, mais je suis quand même resté sur ma faim dans le sens ou hormis le plaisir du moment, il ne s'en dégage pas grand-chose, une fois le film terminé on l'oublie directement et moi j'attends un peu plus que ça. Mon vrai plaisir ici c'est surtout vis-à-vis de mon ami Ron, qui est l'un des meilleurs acteurs avec qui j'ai travaillé et qui est incroyablement doué. C'est un peu comme Patrick Dewaere: poignant, charmant, et très très doué. C'est un vrai bonheur pour un réalisateur. Et je suis vraiment ravi qu'il obtienne enfin un premier rôle. Donc, je suis assez satisfait sur la forme, et légèrement moins sur le fond.
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