Les exquises nymphes Marie Espinosa et Dany Verissimo, deux actrices au caractère bien trempé, comptent parmi les beautés de
Gradiva (C’est Gradiva qui vous appelle), le dernier film d’Alain Robbe-Grillet (en salles le 9 mai) prochain. Dans ce rêve incongru où Buñuel cherche des noises à Delacroix, le cinéaste propose une dérive surréaliste qui n’appartient qu’à lui-même et célèbre le fantasme et l’érotisme dans tous leurs beaux états. Pour nous, elles reviennent sur leurs souvenirs émoustillants au cinéma avant de détailler cette expérience unique de «cinéma libre» (interview disponible mercredi). Une mise en bouche, comme on dit.
SOUVENIRS EROTIQUESDANY VERISSIMO: La secrétaire et In the cut.
«Instinctivement, je citerai
La Secrétaire (Steven Shainberg, 2003) et
In The Cut (Jane Campion, 2003). Dans
La Secrétaire, les plans sont magnifiques. C’est l’histoire d’une nana qui se punit en s’automutilant et elle va tomber sur un patron qui va l’embaucher comme secrétaire. Il aime les rapports sadomaso. Tout leur amour va passer par cette relation. La première scène du film est marquante : elle se promène avec une barre et, comme elle est secrétaire, elle fait des choses précises avec une grâce. Elle prend une feuille tout en étant menottée. Il lui met des fessées et ça lui fait du bien. A un moment donné, il ne s’intéresse plus à elle parce qu’il commence à tomber amoureux d’elle. Et elle, elle fait exprès de faire des fautes d’orthographe pour qu’il les entoure avec un stylo rouge et qu’elle se fasse punir. Dans
In The cut, toutes les scènes érotiques entre la prof et le flic sont hallucinantes. Je n’aurais jamais pensé que Meg Ryan irait dans un rôle comme ça. J’ai trouvé les scènes entre eux magnifiques. La fin est ratée mais tout ce qui précède, je prends. Elle est allongée sur son lit et le mec vient lui faire des guili-guili sur son origine du monde. A ce moment-là, elle retrouve le plaisir. J’ai vu le making-of disponible sur le dvd et Jane Campion explique bien qu’elle a recherché auprès des hommes la notion de l’érotisme et ensuite auprès des femmes pour essayer de le retranscrire au mieux. Avant de les voir, j’étais branchée sur
Neuf semaines et demi et
Basic Instinct.»
MARIE ESPINOSA: Neuf semaines et demi et Salo.
«J’ai revu
Neuf semaines et demi il n’y a pas très longtemps et j’ai été assez déçue. Sans doute parce qu’à l’époque, je l’avais vu très jeune. Le film explorait à sa façon des fantasmes : la scène du strip-tease ou le fait qu’il la fasse baiser avec une autre femme. Le film pose la question de ce qu’on est prêt à accepter par amour. Mais le summum dans le genre érotique reste le
Salo, de Pasolini. J’en discutais avec Alain d’ailleurs, qui déteste ce film. C’est une personnalité bien trempée, hein. Tu vas lui dire que tu aimes bien Rousseau et il va te rétorquer qu’il ne l’aime pas. Quand tu lui demandes pourquoi, il te répond : «parce que…» (
rires). Lors de notre premier entretien, j’ai eu le malheur de lui en parler quand il m’a reçu chez lui. Je lui ai dit que son univers me faisait penser à Salo, de Pasolini, vu que ça traite d’un sujet politique. Ceci dit, ça m’a rassuré : quand j’ai vu ce que faisaient les acteurs dans Salo, je me suis dit que ce nous faisions dans le Robbe-Grillet était plus gentillet. C’est un film inoubliable : une fois que tu l’as vu, tu ne peux pas ne pas t’en rappeler. J’en conserve des scènes terrifiantes.»
FANTASMES DE ROBBE-GRILLETDany Verissimo: On espère avoir répondu à ses fantasmes. J’ai envie de dire oui car lorsque Alain n’est pas d’accord, il te le fait comprendre. Il grogne avec une autorité incroyable. Il est perfectionniste, méticuleux. La scène où Arielle Dombasle est sur son lit, il l’a réglée au centimètre près. Lorsque j’ai des coups de fouet, il est venu avec le coton-tige pour peaufiner le sang sur ma cuisse. Ça faisait un peu bizarre parce que j’avais les pattes écarter et plusieurs personnes penchées autour de moi dans cette situation. Il n’y a aucun côté sexuel à ce moment-là, il est vraiment dans sa précision. C’est peut-être son côté scientifique qui prend le dessus. Par rapport à toi (
elle s’adresse à Marie), je sais qu’il a choisi ses comédiennes en fonction du rapport qu’il avait avec elles. Il n’était pas d’accord avec Marie sur différents points et c’est ce qui le séduisait. Arielle, il l’aime bien parce qu’elle le contredit tout le monde. Moi, c’est parce que je parle comme une poissonnière. En même temps, quand il commence à se lancer sur les théories d’Einstein, je le recadre tout de suite. Il a des rapports différents avec chaque actrice. Ce que j’aime dans toutes les femmes de
Gradiva, c’est qu’elles ont toutes un grain de folie et d’originalité. Ce ne sont pas des actrices en toc.
Ce sont des «actrices de rêve». Marie Espinosa: Exactement, des comédiennes de rêve. Je me souviens de cette scène qu’ils ont mis en image subliminale dans la bande-annonce où l'on me voit, poignardée. Elle n’était pas écrite au départ dans le scénario. Il m’a demandé si ça me dérangeait de le faire. J’avais tellement envie de lui faire plaisir. J’ai un truc incroyable avec Alain. Il a près de 80 ans. Je ne peux pas dire que je sois tombée amoureuse, mais je l’ai trouvé beau, galant, cultivé. J’étais fascinée. On tourne cette scène, on la retourne deux trois fois. A la fin, Alain vient vers moi et me dit que cette scène, il l’avait rêvée et que jamais dans ses rêves les plus fous, il pensait que ce pouvait être aussi bien.
Propos recueillis par Romain Le Vern