Par - publié le 15 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 15 octobre 2009 à 17h46 - 0 commentaire(s)
Pour la seconde fois consécutive, L’étrange festival, manifestation essentielle en ces temps de standardisation, se déplace à Lyon. Entre temps, les organisateurs, tous des passionnés, ont préparé l’événement à travers d’étranges séances proposant aux spectateurs lyonnais des films extrêmes et dégénérés comme Martyrs, de Pascal Laugier ; Los Bastardos, de Amat Escalante ; et Morse, de Tomas Alfredson, présentés par leurs auteurs respectifs. Cette année, on a eu droit à du gore et même du X.

Commençons par les séances spéciales : Docteur Gore, de Pauline Pallier, un excellent documentaire sur la vie schizophrène d’un médecin nîmois Antoine Pellissier, qui réalise depuis des années des films d’horreur selon les règles du système D. Sa qualité, c’est d’étendre son intérêt au-delà d'un cercle de spécialistes goreux (la série Z n’est au fond qu’un vague prétexte pour cerner un homme, seul contre tous, avec sa passion). Pallier rassemble de manière concise tout ce que l'on doit savoir sur cet artisan humble, toqué d'Argento et joue idéalement sur le décalage entre la fiction (Lloyd Kaufman, les tournages Espigouliens) et la réalité (son métier, ses vieilles patientes), le fantasme du cinéaste de l'horreur (son univers intérieur, ses vidéos de jeunesse, son approche bricolée du monde, sa tranquille hardiesse, son ambition aveugle à toutes les difficultés) et la cruauté lucide du regard des autres (sa mère, un producteur au festival de Cannes). Le résultat s'avère drôle, touchant, jamais condescendant, avec un beau regard de documentariste retranchée et modeste sur ce descendant d'Ed Wood pour qui le cinéma est l'affaire la plus sérieuse de sa vie. De quoi donner envie de citer notre philosophe à tous, le cinéaste belge Jean-Jacques Rousseau : "Si j'avais eu les moyens de Spielberg, j'aurais fait mieux. S'il avait eu mes moyens, jamais il n'aurait fait de cinéma". Les plus jeunes ont pu découvrir Les contes de l’horloge magique, de Ladislas Starewitch, conte féérique tripartite ; les plus vieux, Dans la chaleur de Saint-Tropez, de Gérard Kikoïne (la séance porno étant précédée d’une série de bande-annonce hilarantes aux titres évocateurs comme Elle suce à genoux et Cette salope d’Amanda). En ce qui concerne les avant-premières, il était possible de voir Midnight Meat Train, rencontre enthousiasmante entre Ryuhei Kitamura et Clive Barker ; Bronson, uppercut badass et queer de Nicolas Winding Refn ; Hansel et Gretel, de Yim Pil-Sung, actuellement disponible en DVD chez Wild Side ; les deux volets de Cold Prey, qui tentent de redéfinir l’horreur venue du froid, en vogue en ce moment ; ou encore Climax, de Frédéric Grousset, qui s’inspire sur un mode amateur de David Lynch et de Rolf de Heer.



Une thématique "Mauvais gênes" regroupait trois films audacieux (Le bonheur a encore frappé, de Jean-Luc Trotignon ; Léolo, de Jean-Claude Lauzon ; et Le marché sexuel des filles, de Noburu Tanaka), très différents les uns des autres. Parmi eux, c’est Léolo qui est le plus incompris. On y voit une mère de famille qui accouche d’une tomate contaminée de spermatozoïdes, un enfant qui lit un bouquin à la lumière du frigo familial, un sous-sol qui sert de refuge aux insectes, un vinyle craquelé dont on conserve la pochette, un rat puis une dinde paumés dans une baignoire, des dents qui claquent par excitation, un suicide vengeur et parricide, un pétale de rose sur lequel il y a écrit "made in Hong Kong". Et ce qui fait le lien entre ces éléments, c’est une famille cradingue dans un quartier pauvre Montréalais qui contient en son sein une perle de sensibilité : un enfant qui trouve ses seules vraies joies dans la solitude ou alors dans l’évasion, où il rêve de Sicile et fantasme gravement sur sa voisine d’en face : une jolie demoiselle qui arrache les ongles de pied avec ses dents et joue les putains pour le vieux de la famille. Quand le jeune protagoniste apprendra cette désillusion, toutes les beautés seront déjà fanées. Tel quel, un sommet de poésie ordurière. Ceux qui voulaient pousser l’expérience plus loin pouvaient aller à la rencontre du réalisateur Jean-Louis Van Belle dont l’univers fou (Les singes font la grimace, Perverse et docile et Paris interdit) peut séduire. Une soirée Mondo Macabro rendait hommage à son hallucinant créateur, Pete Tombs, qui est déjà responsable des plus belles nuits du genre au festival de Sitges (c’est là-bas que l’on a pu découvrir des merveilles comme le philippin Silip). Pour l’occasion, deux projections : Diabolique docteur Z, de Jess Franco, et surtout For y’r height only, de Eddie Nicart, avec l’inénarrable acteur nain Weng Weng, spécialiste du kung-fu à hauteur de couille. Le tout était présenté dans un esprit sympathique qui rappelle qu’on apprécie encore plus le cinéma d’aujourd’hui si on connaît bien celui d’hier.
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