On ne s’en lasse pas. Film après film, Pixar continue de provoquer l’émerveillement, alliant la suprématie technologique à une imagination sans frontières. Le studio a récemment présenté à New-York les 42 premières minutes de sa dernière œuvre, réalisée par Pete Docter et Bob Paterson :
Là-Haut (
Up en version originale). Nous y étions, et le voyage valait le détour…
Vers le ciel bleu et au-delà…Ce qui marque d’emblée, c’est la construction rythmique de cette première moitié de programme orchestrée par Pete Docter, un cinéaste qui nous avait déjà impressionnés avec
Monstres et Cie. Accompagnant le destin d’un petit Carl Fredricksen rêvant d’aventures, le film se permet d’accélérer les repères chronologiques jusqu’à retrouver le personnage principal dans sa vieillesse solitaire. Vivant dans le souvenir de sa bien-aimée, rattrapé par une société qui va trop vite pour lui, on assiste à un véritable court-métrage à l’intérieur même du film avec une maestria narrative à chaque plan. Au final, Carl semble attendre la mort, dans une petite maison qui a été remplie d’amour avant d’être entourée de buildings sombres grimpant au ciel. Le ciel, il en est justement question et les années qui passent sans crier gare ont écarté cet homme des cieux.
Si
Là-haut confine à la soif de grands espaces, il parle surtout de l’accomplissement de soi. A 78 ans, Carl Fredricksen va retrouver une ultime étincelle de vie, celle qui va lui permettre d’accrocher des milliers de ballons à sa cheminée et faire voler ces murs dans les nuages. Ultime échappatoire à sa condition. Une fuite en avant pour se réaliser et tenir une promesse du passée. Le vieillard n’est pas le seul à être croqué avec tendresse par les scénaristes. Un petit garçon nommé Russell s’apprête également à chambouler vos cœurs et le quotidien du retraité en ballade aérienne. Débute alors un buddy-movie entre le vieux bougon et le jeune scout idéaliste, véritable reflet de Carl enfant. A la manière de Boo dans
Monstres et Cie, Russell tient une place prépondérante dans le passage du réel à l’imaginaire. Vu à travers les yeux d’un enfant, le monde paraît toujours plus coloré et plus grand. Le but avoué du septième art…
I Believe I Can FlyPar ailleurs, la partition de Michael Giacchino accompagne à merveille l’introduction tragi-comique de
Là-Haut, explorant aussi bien les envolées amoureuses que le deuil inévitable de Carl Fredricksen. Loin de ses œuvres synthétiquo-atmosphériques d’
Alias, Lost ou Fringe, le compositeur devrait durablement laisser son empreinte dans l’esprit des mélomanes. Déjà auteur d’une œuvre symphonique délicieuse avec
Ratatouille, le musicien s’est donc totalement affranchi des codes qu’il s’est lui-même imposé pour ces productions télévisuelles. Les arrangements au piano du thème principal sont un modèle d’émotion à fleur de peau où les sonorités cristallines ne pensent qu’à s’envoler avec les cordes d’abord discrètes, puis à l’ampleur salvatrice. Une hauteur qui n’est pas seulement prise par la musique.
On y pense peut-être pas assez, mais alors que les concurrents (de plus en plus nombreux) de Pixar s’acharnent à anthropomorphiser des animaux de la jungle (
Madagascar) ou des créatures préhistoriques (L’Age de Glace) dans des suites « bankables », le studio créé par
John Lasseter prend des risques insoupçonnés. Même si des surprises animalières hilarantes vous attendent, les deux stars de
Là-Haut sont deux humains modélisés selon des normes certes cartoonesques, mais qui relèvent tout de même du challenge. C’était déjà le cas avec l’adorable Boo de
Monstres et Cie, le jeune cuisinier de
Ratatouille ou les passagers grassouillets de
Wall-E. Pixar prend une fois de plus le risque de pousser les images de synthèse dans leurs retranchements en se rapprochant toujours plus de l’humanisation animée. Pris dans un décor à la fois réaliste (teintes froides des grattes ciel vitrées qui s’émancipent) et fantaisiste (la maison accrochée aux mille ballons), Carl et Russell laissent échapper des émotions qui nous ressemblent. En plus de la caractérisation très fine des deux personnages, l’animation de ces derniers est donc bercée par une perception enivrante : celle de la matière humaine.
La grande toile s’éteint, soufflant aux sens un doux parfum d’évasion, une escapade intemporelle aux confins de l’enfance et des rêves que l’on porte en soi. Les rires ont succédé aux larmes, sans temps mort. La première moitié du film laisse tout simplement présager d’un futur classique.
Là-Haut, tout là-haut, Pixar règne bel et bien sur le monde de l’animation…
Là-Haut sortira le 29 juillet en France...Nicolas Schiavi