Alors qu’
Erreur de la banque en votre faveur va gagner le 8 avril nos salles, Charles Gassot, son producteur, s’est rendu disponible pour nous parler du film avant de revenir plus spécifiquement sur son métier. L’occasion était donc grande de revenir sur une profession méconnue et sur le parcours passionnant d’un producteur qui ne l’est pas moins et à qui l’on doit pêle-mêle
Intimité de Patrice Chéreau,
Le Goût des autres mais aussi
Tanguy ou encore
La Vie est un long fleuve tranquille.
Comment en êtes-vous venu à produire Erreur de la Banque en votre faveur ? J’avais fait leurs deux précédents films. On s’était bien entendu, c’était normal de continuer ensemble. Pour
Erreur de la Banque en votre faveur, ils ont pris du temps, ce qui est nécessaire au regard de l’attention qu’ils accordent à leur écriture ; néanmoins, mon problème fut ailleurs et tenait à son financement. Peu de gens voulaient le film à l’époque, ce qui est drôle quand on voit ce qui arrive en ce moment. En effet, personne ne croyait que la banque puisse intéresser qui que ce soit et le film fut écrit bien avant le début le début de la crise. Il ne fut pas facile à monter malgré son bon scénario. Le budget était entre sept et huit millions d’euros ; en définitive, il est peu cher par rapport à nombre d’autres. Mais on a dû faire des sacrifices pour réussir à le produire, notamment au niveau des frais généraux ou des salaires que je ne me suis pas versé en tant que producteur. En effet, il ne faut pas croire qu’en produisant une comédie, on finit couvert d’or. Loin de là… Cependant, quand je vois les retours que l’on peut en avoir aujourd’hui, je suis content et pense que l’on a eu raison de le faire, même si à certains moments, cela fut difficile. De toute façon, de manière générale, il est de plus en plus dur de produire des films actuellement.
Cela n’a pas été difficile d’appréhender un binôme de réalisateurs comme Munz et Bitton en tant que producteur ?Pour
Erreur de la Banque en votre faveur, ce ne fut pas difficile comme c’était mon troisième film avec eux. La première fois, c’est vrai, je me demandais comment ça allait se passer. Mais très vite, j’ai été rassuré. Ce n’est pas mal d’ailleurs. L’un fait la mise en scène un jour et l’autre, le lendemain s’en occupe à son tour. Et tout se déroule dans le cadre d’une véritable complicité, ce qui fait que personne n’est déstabilisé sur le plateau. Ils se parlent tout le temps, se conseillent, s’écoutent, ils jouent la même partition. C’est assez drôle mais ça se passe très bien. C’est d’ailleurs d’autant plus enrichissant qu’ils apportent énormément au film par le croisement de leurs regards. Et assurément, profitant de cela,
Erreur de la Banque en votre faveur est leur meilleur film.
Que pensez-vous du film une fois terminé ?Au moment de la réception de la cassette des César chaque année, il est toujours difficile de trouver quatre ou cinq films qui vous plaisent. Je pense qu’
Erreur de la Banque en votre faveur pourrait en faire partie. C’est un film bien écrit, bien fait. Il est original dans le sens où ce n’est pas un film ou une comédie de plus sur le sujet. Quand je vois les projections en province, la réception du est bonne. Les gens ne quittent pas la salle à la fin et il semble leur faire du bien. Dans le contexte actuel, c’est une bonne vitamine C. En définitive, pour
Erreur de la Banque en votre faveur, je ne suis pas inquiet tant on sent de choses lorsqu’on le voit. C’est un peu comme pour
le Goût des autres, j’ai la même impression. En effet, par rapport au scénario initial, avec le concours et le plein investissement de tous (techniciens, metteurs en scène, acteurs, monteur…), il y a une vraie valeur ajoutée à tel point que nos partenaires comme Wild Bunch nous disent qu’ils ne s’attendaient pas à ça. Ce qui est d’autant plus intéressant avec
Erreur de la Banque en votre faveur, c’est que dans ce cas, le cinéma comme souvent a un temps d’avance sur la société ; c’est ça qui me passionne dans le cinéma et c’est pour cela que je pense qu’une comédie se doit d’être tournée vite. Autrement, elle n’est plus dans son époque, elle ne reflète plus l’air de son temps.
Qu’avez-vous pensé du choix des acteurs destinés à incarner les personnages du film ?Gérard Lanvin a su tout de suite que le rôle était pour lui, c’est un instinctif et il a raison tant il s’en sort admirablement. Quant à
Jean-Pierre Darroussin, nous nous sommes toujours très bien entendus. Nous avons fait six films ensemble – c’est un ami et l’un des acteurs que je fais le plus travailler. Je trouve que les deux, ensemble, sont intéressants. Ils fonctionnent bien et se complètent idéalement. J’ai été par ailleurs très heureusement surpris par
Barbara Schulz. On n’en parle pas assez, elle est lumineuse, c’est une apparition. Je n’ai qu’une envie, c’est de retravailler avec elle. Mais, plus généralement, tous permettent au film de nous offrir des scènes d’anthologie. Par exemple, le moment où Jean-Pierre rencontre les parents de Mélodie est un véritable moment de cinéma, tout comme les moments où Gérard et Jean-Pierre échafaudent leurs plans dans la rue.
Quel fut votre niveau d’intervention sur le film ?Je ne suis pas omniprésent sur un film. Je regarde les rushs évidemment et l’on discute du montage avec les réalisateurs mais je suis surtout très présent au moment de l’écriture du scénario. On se voit alors régulièrement, pour de véritables moments d’échange, de réflexion sur le scénario et sa conduite. Je lis, je questionne et on travaille tous ensemble. Je ne suis pas un surveillant général au contraire, je pense qu’avant tout, la qualité première d’un producteur, c’est de savoir lire. La question qui s’est posée avec
Erreur de la Banque en votre faveur, c’était comment faire ce film pour qu’il soit différent des autres. Par exemple, on s’interrogeait sur la présence féminine dans le film. Dans leurs deux précédents films, ce n’était pas un élément essentiel et donc nous en avons discuté. Rien de plus normal en somme.
Quelles réactions espérez-vous ?J’aimerais bien que les gens nous disent : enfin un film bien écrit qui ne se moque pas de nous. C’est la seule qui m’intéresse. Et pour l’instant, j’ai ce retour de la part de ceux qui connaissent le public mieux que nous tous réunis, les exploitants. Ils le voient tous les jours et ils nous disent qu’ils attendent
Erreur de la banque en votre faveur. Ainsi, on était parti sur 200-250 copies, on sera à plus de 400 pour faire face à la demande.
Comment préparez-vous la sortie du film ?Je ne suis pas un adepte des grosses campagnes de publicité, je pense qu’il faut montrer qu’on existe mais sans aller au-delà. Il y a des émissions de télé et de radio par exemple qu’il ne faut pas faire et d’autres qu’il faut faire. Je ne crois pas qu’il faille avoir envie de plaire à tout le monde. Le signal qu’on veut lancer pour
Erreur de la banque en votre faveur, c’est de dire que c’est une comédie différente, dans laquelle on rit, on peut se retrouver et qui a du fond. Et je pense par exemple que les gens aimeront d’autant plus le film qu’il est servi par des comédiens qui trouvent ici des emplois aussi inattendus que formidablement bien écrits pour eux. C’est le cas notamment de Gérard Lanvin qui n’avait pas eu un tel rôle depuis longtemps et qui s’avère remarquable au final dans le film. Je l’ai trouvé extraordinaire sur le tournage, investi, impliqué, et tentant des choses comme jamais.
Propos recueillis par Jean-Baptiste Guégan