La Squale, le premier long-métrage de
Fabrice Genestal, est actuellement disponible en DVD Zone 2 dans une édition collector testée il y a quelques jours. Nous vous proposons ci-dessous deux interviews du réalisateur faites respectivement en Novembre 2000 et Septembre 2001.
Sortie Cinéma – Par Renaud Moran DVDRAMA : Ton film arrive après toute une tripotée de films sur la banlieue (le Kassovitz, les films de Richet, etc…). Etait-ce l’envie d’en livrer enfin un traitement réaliste et de parler pour la première fois de la condition des femmes dans les cités qui t’a motivé ?
Fabrice GENESTAL : Ce qui m’a motivé principalement, c’était effectivement de parler de la condition féminine dans les cités. Je suis parti d’un personnage que j’ai découvert dans la cité, ‘’ la Squale’’, qui pour moi était à la fois symptomatique justement des problèmes des filles dans les cités, puisque là on a affaire à une fille qui essaye paradoxalement de résister au machisme en assumant la loi machiste elle-même et en l’incarnant à sa manière. En même temps, ce personnage avait pour moi un caractère très fictionnel.
C’est une espèce de personnage androgyne, quasi mythologique, d’amazone, avec un vrai problème dramatique qui était justement cette contradiction intérieure entre la loi virile, machiste, d’un côté et de l’autre une communauté encore inexistante ou utopique, c’est-à-dire celle des femmes, comme contrepoids. Et en gros, ce qui m’intéressait de développer, c’était cet itinéraire, qui est un itinéraire de conscience aussi puisque c’est l’histoire d’une fille qui prend conscience au fur et à mesure à travers tout un tas d’épreuves quasi initiatiques de sa condition et de celle de toutes les filles dans la cité.
Donc le fait qu’il y ait eu auparavant tout un tas de films sur la banlieue n’a pas été un point de départ. Ça ne m’a même pas vraiment servi de référence. Bon, je savais qu’on allait a priori me cataloguer ‘’film de banlieue’’ du fait du site géographique et social que j’étudiais (rires). Mais, moi, ce qui m’intéressait là-dedans, c’est la possibilité d’un genre que l’économie du cinéma français ne peut peut-être pas soutenir car il faudrait qu’elle soit plus forte. Dans le film de banlieue il y a quelque chose qui se situe entre le western, le polar et le film de mafieux : c’est un sous-genre à la croisée de ces trois genres qui nous viennent du cinéma américain.
Mais je n’ai pas voulu être le porte-parole de la cité ni même réaliser un film mode/tendance qui parlerait des problèmes parce cela a déjà été fait. J’ai en quelque sorte cherché à poser des questions à travers cette histoire dramatique qui s’inscrit dans le cadre d’un film de genre, des questions telles que : quelle est la loi, qui légifère dans ces quartiers ? Puisqu’il y a manifestement absence de tout ce que la ‘’civilisation’’ prétend nous avoir apporté et que les cités représentent la face cachée, la barbarie que notre société refoule et que pourtant elle génère.
DVDRAMA : Tu as parlé du cinéma américain. Est-ce que tu as été influencé par les films afro-américains type Menace II Society auquel on pense plus particulièrement ?
Fabrice GENESTAL : Oui et non. Il y a des références propres au genre et c’est en cela que j’assume mon film comme genre. Il y a une mythologie propre à la cité, et celle-ci provient largement des USA. Tous les jeunes des cités ont vu les films comme Menace II Society, Casino, Les Affranchis et surtout Scarface, le NUMERO 1 au box-office des cités : tous les jeunes caïds sont désignés comme des Tony Montana ! Donc c’est toute cette mythologie urbaine qui m’a inspiré et qui a nourri le film. Et il y aussi en plus ces légendes urbaines de caïds déchus ou disparus.
DVDRAMA : Tu a eu une formation philosophique et tu as été prof de lettres dans un quartier chaud. Or, on retrouve une approche sociologique et philosophique dans ton film. Est-ce que cette formation et cette expérience t’ont également beaucoup apporté dans la préparation du film ?
Fabrice GENESTAL : Depuis que je fais du cinéma, j’ai en quelque sorte complètement intégré –c’est un peu pompeux de dire ça (rires)- ma ‘’réflexion philosophique’’. C’est même une manière détourné de prolonger mes questionnements. Je m’intéresse d’ailleurs à la manière dont l’image peut devenir un outil démonstratif dans la mesure où elle montre quelque chose. C’est-à-dire essayer de trouver à partir de l’image une logique, même si la logique est davantage contenue dans le scénario et que les images vont être au service de ce scénario. Et puis le cinéma, l’image cinématographique, c’est aussi un discours.
DVDRAMA : Qui pose tout un tas de questions, notamment morales…
Fabrice GENESTAL : Bien sûr, mais pas seulement morales : les questions sont multiples.
C’est vrai que ma formation est un outil qui m’a servi et me sert encore, en tant qu’outil pour comprendre mais aussi pour apprendre à se poser des questions. Les questionnements que je pouvais avoir quand je faisais de la philo continuent de m’interpeller aujourd’hui.
DVDRAMA : A propos d’image, le choix du scope était-il motivé justement par l’aspect western urbain que tu voulais donner au film ?
Fabrice GENESTAL : Il s’agit d’un choix multiple. C’est d’abord un choix de fiction, parce que même si le film est réaliste, je ne voulais pas tomber dans le documentaire (qui soit dit en passant est tout à fait passionnant) car on peut aller plus loin dans la fiction et le film de fiction relève d’une autre vérité, une vérité de l’ordre des fantasmes, de la logique des fantasmes. Donc c’est beaucoup plus subjectif, on rentre plus dans l’intériorité des personnages avec la fiction qu’avec le documentaire dans lequel la caméra pose d’emblée une distance avec les personnes de la vie réelle qu’elle filme ; même si je sais bien qu’entre le docu et la fiction il y aura toujours une confusion, un trouble (et heureusement d’ailleurs), mais ce n’est pas la même vérité. Le choix du scope donc, c’était déjà pour la fiction parce que c’est avant tout une histoire que je raconte et donc pas seulement une vérité sociologique dont serait témoin une personne qui viendrait découvrir la cité, mais une vérité intérieure, un point de vue de l’intérieur.
Mais c’était pour des raisons d’ordre plus proprement cinématographique, précisément par rapport à la profondeur de champ. Il s’agit d’un format scope mais c’est du super-35, ce n’est pas du scope à proprement parler : je garde la profondeur de champ du 35 mm avec en plus l’avantage de l’espace latéral. Ces avantages m’intéressaient dans le cadre d’une perception physique et topologique de la cité. L’imaginaire de la cité est construit à partir justement des horizons ; c’est un imaginaire des horizons, comme dans les westerns, et il y a des problèmes de territoire, donc on regarde toujours ce qu’il se passe aux limites d’un territoire, un peu comme dans la savane, où il y a des heures où l’on peut aller boire au point d’eau, d’autres où il ne vaut mieux pas, des heures où l’on peut se tenir à distance respective sans problème…Les lieux ont donc leur fonction et leur imaginaire et c’est une construction de l’espace qui est complètement opposée à la vision sociologique et en particulier à la vision urbaniste. Mais vraiment totalement opposée. Et c’est en ce sens-là aussi que pour moi on rejoint à nouveau la fiction et un point de vue de l’intérieur.
DVDRAMA : Comment s’est passé le tournage en extérieur dans la cité ? As-tu rencontré des difficultés particulières ?
Fabrice GENESTAL : Le tournage s’est bien déroulé parce qu’on l’a préparé. Pour tourner dans les cités, c’est une nécessité absolue, il faut travailler en amont. Donc à chaque fois, on a fait évidemment un véritable travail de repérage pour choisir les lieux mais aussi un travail de dialogue pour préparer notre arrivée. En général, on a été à la rencontre de ceux que l’on nomme les ‘’grands’’ dans les cités, qui sont ceux qui contrôlent les quartiers. On a discuté avec eux pour leur expliquer pourquoi on allait y venir, ce qu’on allait y faire exactement, et puis on leur a proposé un échange de bons services, c’est-à-dire de travailler avec nous dans le cadre d’une vraie collaboration.
Ils ont donc participé à la sécurité, à l’encadrement du film, parfois même ils nous ont aidé en partie au repérage des lieux et en échange, nous on pouvait tourner en toute sécurité. On a fait cela dans toutes les cités et même dans les cités les plus dures de l’Ile de France : les 4000 à la Courneuve, l’Espace de la Commune à Trappes, un endroit entre Sarcelles et Garges où il y a beaucoup de guerres de cités, Montreuil, la cité du Nord à Drancy, etc… A chaque fois des endroits réputés très difficiles dans lesquels de toute façon, ce n’est pas par la municipalité ou la police que l’on passe pour obtenir les autorisations nécessaires. (Sourire)
Donc à partir du moment où il y a eu une vraie collaboration et une entente avec les jeunes de la cité, tout s’est bien passé. Parfois il y a eu des conflits liés justement à des territoires, qui donc ne nous concernaient pas directement. Mais ça n’a jamais éclaté. On est passé une ou deux fois à côté de vrais problèmes mais que l’on a pu éviter aussi bien grâce à la régie qu’à l’équipe d’assistanat de la réalisation qui étaient allés au préalable sur le terrain pour qu’on se fasse connaître. On a donc réussi à s’intégrer et à être adopté, momentanément et provisoirement, évidemment.
DVDRAMA : Comment s’est passé la préparation et le travail avec les acteurs ?
Fabrice GENESTAL : Il faut rappeler que pour les deux rôles principaux (Toussaint et Désirée/NDLR), ce sont des comédiens non professionnels qui n’avaient jamais vu de caméra de leur vie ni reçu aucun enseignement d’art dramatique (Tony Mpoudja, interprète de Toussaint, avait néanmoins pratiqué le théâtre d’improvisation en amateur pendant plusieurs années/NDLR) et que l’on a découvert à Sarcelles. On a travaillé plus de 4 mois en amont du tournage du film, essentiellement des répétitions très intensives, avec des coaches dont une en particulier qui m’a suivi et accompagné tout au long du tournage.
Parce que je leur demandais non seulement de jouer mais en plus de composer un personnage : je ne leur ai pas demandé de jouer leur propre rôle. On a pu justement faire un travail de réflexion sur les personnages du scénario, ce qui pour moi était essentiel car je ne voulais pas tomber dans le psychodrame, surtout avec des personnages aussi difficiles et problématiques dans la réalité. Je ne pouvais pas me permettre, d’abord d’un point de vue éthique, de leur demander de revivre et refaire ce qu’ils étaient et faisaient, et parce que je sais qu’on aurait été confronté à des situations de blocage et à des conflits, nécessairement.
Avec ces acteurs, on a partagé une connaissance commune de la cité à partir de laquelle on a pu faire un vrai travail de composition. De plus, toujours dans la logique que j’ai évoquée plus haut, je ne voulais pas que ce soit qu’une vérité documentaire, je cherchais aussi de vrais acteurs qui puissent incarner de vrais personnages, emblématiques, de véritables types emblématiques de la cité, plus que des personnages anecdotiques et particuliers. Pour cela, il me fallait à la fois des acteurs qui aient une connaissance fine de la cité et qui soient capables de composer un personnage. Donc ça a été un vrai challenge.
DVDRAMA : Ces personnages, d’ailleurs, ta mise en scène veille à ne pas les juger, même le personnage de Toussaint, pourtant a priori détestable. Et l’on a du mal à leur en vouloir. Il y a d’une part l’amour que ta caméra paraît porter à tous les personnages et de l’autre le soin que tu as pris à bien montrer l’absence de tout repère moral chez eux et leurs difficultés à différencier le bien du mal.
Fabrice GENESTAL : Ah oui complètement. Bon, c’est sûr que je n’ai évidemment pas beaucoup d’amitié pour Toussaint a priori, mais je dis bien a priori, parce que si on le juge aux actes, effectivement on n’a pas envie de lui pardonner. Mais si on le juge uniquement sur ce qu’il est capable lui d’exprimer et ce qu’il représente, à ce moment-là on peut être trompé. Et c’est pour cela que ça m’intéressait de jouer dessus et de montrer toutes les facettes du personnage, et de faire comprendre aussi pourquoi ce personnage-là peut exister dans la cité et pourquoi il peut tromper son monde.
Montrer d’où vient son pouvoir de séduction malgré ce qu’il peut faire. Et ça c’est vraiment quelque chose qu’on connaît bien quand on vit ou quand on travaille là-bas, on a vraiment à faire à une sorte de schizophrénie chez beaucoup de jeunes, qui sont selon les lieux, les contextes, en famille, en cité ou hors de la cité, des personnages très différents dans leur comportement et leur représentation d’eux-mêmes. Ce sont des personnages fragmentés. Et ça c’était très important pour moi de bien montrer qu’à un moment donné, c’est difficile d’avoir un jugement simple, ou j’allais dire, monolithique.
C’est pas facile de rejeter en bloc telle ou telle personne et de la condamner. Et on peut être surpris soi-même : moi il m’est arrivé vraiment de rencontrer des gars à qui j’aurais donné le bon dieu sans confession ; on ne s’imagine pas un seul instant ce qu’ils sont capables de faire. Mais ce qu’ils sont capables de faire, encore une fois, il le font parce qu’ils sont dominés par une loi, en l’occurrence la loi machiste et ses valeurs, dont ils sont eux-mêmes victimes . Mais attention, je ne veux surtout pas pour autant en faire des martyrs, car cela ne les rend pas moins condamnables pour autant.
DVDRAMA : On peut expliquer, mais sans pour autant légitimer et excuser ?
Fabrice GENESTAL : Voilà. Et surtout il faut chercher comment ils sont éduqués et comment ils en viennent là. Et là ce n’est pas par l’école, ni par la famille. Il faut comprendre et voir comment la cité forme les mentalités et les individus, et ne laisse pas le temps de faire la part des choses.Mais bon, qu’est-ce que faire la part des choses ? Moi-même je ne prétends pas savoir où sont le bien et le mal. Cela serait trop facile.
DVDRAMA : Toujours à propos de Toussaint justement, loin d’être une caricature manichéenne, on voit à plusieurs moments, lorsqu’il est dans sa famille et avec Yasmine où il se montre différent, assez touchant même, qu’il y a un basculement possible.
Fabrice GENESTAL : Mais comme il se sent attaqué, touché dans son intégrité de macho, qu’il ne veut pas perdre parce que c’est humiliant pour lui au regard de la cité, au regard des autres, de la bande, ce n’est pas possible. Il refuse ce glissement. Que va-t-il devenir s’il se laisse dominer par ses sentiments ? Laisser de la place à sa féminité, à l’autre, c’est quelque chose de très difficile, dont on sent à quel point il y a un combat intérieur, qui peut-être particulièrement violent chez les mecs de la cité.
DVDRAMA : Justement, et je dis ça notamment par rapport à la fin du film, est-ce que cette féminité est la clé, est-ce que l’espoir peut naître du côté des femmes dans la cité ? Je pense aussi à toutes les protestations et pétitions récentes contre la violence, souvent déclenchées et composées majoritairement par les filles.
Fabrice GENESTAL : Alors oui, mais ce n’est évidemment pas suffisant pour changer les choses. Il y a un contexte socio-économique très difficile et c’est malheureusement ça qui détermine un peu tout le reste. Mais c’est vrai qu’indéniablement les filles permettent d’entretenir un espoir. Les filles, et pas les mères. Vraiment les filles parce qu’elles sont les premières et les plus grandes victimes de l’exclusion et de la violence, et qu’elles, elles n’ont rien à gagner à ça. La cité ne leur apporte rien. Alors que les mecs, même s’ils sont tout autant condamnés et que c’est aussi un piège qui les condamne, ont réussi à construire un système dans lequel il y a une hiérarchie avec possibilité de valorisation et possibilité de promotion (alors c’est triste parce que cela passe plus par la délinquance et donc cela se retournera toujours contre eux).
Les filles, par contre, n’ont même pas vraiment de moyens de se valoriser dans la cité. C’est vraiment une impasse pour elles. Donc, c’est aussi la force du désespoir qu’elles ont. Et moi leur énergie, c’est vrai qu’elle me fascine, elle est très convaincante. Les mecs aussi d’ailleurs ont leur énergie. Mais les filles vont l’utiliser pour autre chose que la rivalité de bande et l’oppression de la femme. Elles vont l’employer à se battre pour autre chose. Alors quoi, après, ça c’est plus compliqué. Parce que si c’est pour fonder une famille ailleurs, etc…, ça reste assez limité comme projet (par rapport aux problèmes de la cité). Mais en tout cas c’est déjà mieux que de choisir la prison.
Donc c’est vrai que pour moi, il est clair que les filles recèlent un espoir.
DVDRAMA : On sait pertinemment que l’école n’y est pour rien et que ce n’est pas elle qui pourra changer grand chose à la situation. Mais on parle souvent du rôle que joue ou ne joue pas la famille. Qu’en penses-tu ?
Fabrice GENESTAL : On parle souvent de démission parentale, de familles qui ne savent plus instaurer des repères, dans lesquelles il manquerait une référence et en particulier la référence paternelle, etc…
Bon, alors, moi là-dessus je suis très très prudent. De fait, il y a des familles sinistrées dans les cités, essentiellement des familles monoparentales, du fait de l’absence en général de l’homme, du père, avec des femmes, des mères, qui se retrouvent confrontées à toutes les difficultés de la vie, parce que dans des situations souvent très précaires, elles doivent subvenir aux besoins de la famille et souvent aussi aux besoins des hommes, qui restent quand même dans les parages et viennent réclamer leur dû.
bR> Alors, est-ce que le problème c’est la démission parentale, comme on l’entend ? Pour moi non, parce que si la famille est détruite, c’est pour des raisons économiques. Donc le problème vient d’ailleurs. On ne peut pas demander à une famille à moitié détruite de pouvoir reconstituer des repères. C’est pas possible. Elle est décrédibilisée auprès des enfants. C’est d’ailleurs un des gros problèmes de l’autorité parentale dans les cités. L’absence du père ? Mais il en est le principal responsable. Donc cela ne veut pas dire que le père manque… Il faut faire très attention à ce type de discours, discours qui peut être dangereux parce que machiste : ‘’le père manque parce que c’est lui qui peut instaurer la loi !’’. Eh bien non, parce que justement le père, c’est quoi aujourd’hui dans la cité ? Les jeunes eux aussi vont devenir pères, mais des pères complètement irresponsables par rapport à leurs enfants et par rapport surtout à leurs femmes.
DVDRAMA : La question c’est quel père ?
Fabrice GENESTAL : Exactement. Je ne suis pas sûr moi que le père manque, si par père on entend justement une certaine représentation que je trouve un peu rétrograde, conservatrice voire réactionnaire. Je ne vois pas pourquoi le père incarnerait mieux la loi que la mère. Le problème étant que de toute façon la mère, elle-même en l’absence du père, a souvent trop tendance justement à tenir lieu, à devenir son lieutenant d’une certaine manière. Et ça c’est le problème de beaucoup des familles de cité, c’est qu’en réalité la mère est totalement complice de la loi machiste et de la loi du père. Moi mon film, c’est vraiment plus une condamnation du comportement des pères, même s’ils sont absents et qu’on ne les voit pas directement, et voire une condamnation de leur rôle. Je ne suis pas persuadé que le rôle du père soit nécessaire dans une famille, du moins si on l’entend toujours comme étant distinct de celui de la mère.
Sachant qu’encore une fois le problème n’est pas là, puisque même quand le père est absent la mère est là justement encore pour faire valoir ses droits ou alors c’est le grand frère qui va faire valoir les droits du père. C’est cette loi paternelle, parfaitement identique à la loi machiste et patriarcale, qui est terrible. Il n’y a pas de différence. Et c’est pour ça qu’à la fin du film, les filles se libèrent des deux choses, elles se libèrent du machisme des garçons, le caïdat, et elles se libèrent aussi du mythe du père, le père idéalisé de l’amazone, il y a une sorte de désenchantement. Le père idéal, qu’est-ce que c’est ? C’est celui qui fait référence pour toutes les bandes de mecs et les racailles (une sorte de gang-star, un héros mythique de la cité, un dieu de tous les lascars, mystérieux, charismatique et surpuissant /NDLR). Ce n’est que cela.
Donc le personnage de Désirée fait aussi le deuil du père pour moi. Ce n’est pas du tout le constat d’un manque. C’est le deuil du père pour arriver à une alliance entre deux filles, une alliance d’amazones puisqu’elles ont en l’occurrence éliminé le père pour instaurer une sorte de famille qu’on désignerait en sociologie aujourd’hui comme matrilinéaire. Avec la boutade un peu provocatrice qui dérange certains, qui est une sorte de révolte contre l’oppression millénaire des femmes, à savoir qu’on a jamais considéré qu’une femme pouvait être dépositaire d’un avenir. Dans mon film, à la fin, elles vont choisir et elles vont même choisir le sexe de leur enfant ! Bon là évidemment, c’est une boutade supplémentaire, parce que dans nos sociétés, on ne choisit pas d’avorter en fonction du sexe de l’enfant…(Rires). Mais cela se pratiquait et se pratique encore dans d’autres sociétés, encore plus que l’avortement, c’est le meurtre de l’enfant selon son sexe.
DVDRAMA : On entend aussi souvent que ces familles abuseraient et profiteraient du système des allocations familiales…
Fabrice GENESTAL : Je trouve ça vraiment incroyable d’accabler ces familles, surtout quand on voit dans quelles conditions elles vivent. Un bon nombre de ces familles ne vivent justement plus que des allocations et cela ne représente vraiment pas grand-chose. S’il y a démission, c’est une démission de la société toute entière, c’est elle qui est responsable par rapport au chômage et à tous les autres problèmes. Et là je désigne aussi les gouvernants et les politiques que ceux qui ont les clés de l’avenir en matière d’emploi. Je trouve ça complètement aberrant d’entendre de telles propos !
DVDRAMA : C’est aussi un peu cela que tu as voulu dénoncer dans ton film.
Fabrice GENESTAL : Indirectement seulement, car ce n’est pas vraiment son propos. Le film montre la violence, violence qui découle évidemment du manque de moyens économiques et de l’abandon des politiques qui laisse pourrir les banlieues, puisqu’elles ne servent plus à rien d’autres qu’à parquer la main d’œuvre du passé (et ses enfants) devenue aujourd’hui inutile.
DVDRAMA : Tu donnes d’ailleurs le ton dès le début avec une scène presque insoutenable de viol collectif, un fait divers aujourd’hui bien répandu et connu. Un peu histoire de dire ‘’on est pas là pour rigoler’’, et cela malgré l’humour omniprésent dans le film.
Fabrice GENESTAL : Tout à fait. Ce point de départ qui met d’emblée les choses en place et qui est l’expression du machisme le plus violent, un acte archaïque et fondateur de cette société. C’est pour ça que je voulais partir de là. Tout le reste, c’est une déconstruction, c’est une réflexion à la fois narrative et morale.
DVDRAMA : La tension et le malaise que l’on ressent dès cette première scène ne nous quitteront d’ailleurs jamais. L’intégralité du film est placée sous le signe du malaise et de l’insécurité, dont le spectateur fait l’expérience physique. Etait-ce précisément cela que tu voulais obtenir ?
Fabrice GENESTAL : Tout cela, c’est la sensation physique qu’on a dans une cité quand on y reste un petit peu longtemps. C’est vraiment la sensation physique quotidienne. Cela ne veut pas dire qu’il se passe forcément quelque chose tous les jours, mais que tous les jours la menace est présente. C’est un sentiment d’insécurité, mais je n’aime pas tellement ce mot qui renvoie au discours sécuritaire. C’est une espèce d’ambiance générale qui règne partout et qui est très contagieuse, parce que soi-même on devient violent. Cela rend agressif, parce que c’est le seul moyen de se défendre et de survivre. Là réside tout le paradoxe : la plupart du temps, les jeunes qui se retrouvent dans des situations de violence sont en fait en situation de légitime défense. A l’école, les mômes qui portent des armes blanches ou des pistolets à grenailles le font pour se défendre. Mais c’est un cycle infernal et il v y avoir une espèce d’enchère dans l’armement et la violence qui va se mettre en place.
DVDRAMA : Du fait de son contenu, jugé trop violent, le film a fait l’objet d’une censure.
Fabrice GENESTAL : La première fois que l’on est passé en commission de classification, on a été interdit aux moins de seize ans. Ensuite on a demandé au ministre un recours pour pouvoir repasser en commission et là heureusement on a obtenu finalement une interdiction aux moins de douze ans avec avertissement. On a mobilisé beaucoup de gens autour de cela car pour moi, la première interdiction était préjudiciable à deux titres : commercial d’abord car les jeunes représentent une cible évidente pour ce film et moral ensuite car cette cible n’est pas seulement commerciale, les jeunes sont les premiers concernés par le film. Pour faire ce film, j’ai été dépositaire de toutes les souffrances que j’ai pu recueillir au travers des témoignages, des confidences, de filles en particulier, dans les cités. C’est avec elles que j’ai pu construire ce scénario.
Ce film, je l’ai fait pour défendre leurs causes, c’est un combat dans lequel je me suis engagé, notamment à travers une association qui aujourd’hui mène des actions contre le harcèlement sexuel dans les cités et à ce titre, l’interdiction aux moins de seize ans était pour moi vraiment scandaleuse. Alors je reconnais qu’on puisse se poser des questions sur la réception, l’interprétation que des jeunes de douze-seize ans pourront donner au film, mais je ne pense pas que le film puisse être la cause d’actes délictueux ou de comportements déviants. Au pire, il peut inciter les jeunes concernés à une réflexion, à un vrai débat, parce qu’on y voit des situations contradictoires, des personnages en situation contradictoire avec eux-mêmes des consciences déchirées intérieurement et je crois que ça, ils sont tout à fait à même de le comprendre.
Moi justement, ce qui m’intéressait, c’était de porter au grand jour ces problèmes éthiques là. Et en aucun cas ce film ne peut induire des processus d’identification dans le mauvais sens. Ou alors c’est qu’il y a des prédispositions très nettes chez le spectateur et à ce moment-là le film servirait d’avantage de révélateur que d’incitateur ou de catalyseur. En plus, je pense que j’ai tenu dans ma mise en scène, même quand la violence est très forte, très dure à supporter, à être vraiment du côté de la victime et dans les yeux de la victime. Un jeune entre douze et seize ans est parfaitement à même de recevoir la chose. Après, qu’il l’admette ou pas… Parce qu’il y a aussi beaucoup de mauvaise foi par rapport aux films, en particulier les films de cité.
DVDRAMA : Comment s’est passé le travail sur la musique avec Cut Killer ? Est-ce que tu lui as d’abord montré les images pour qu’il fasse ensuite la musique de son côté ?
Fabrice GENESTAL : Non, ce n’est pas un travail de commande. Cela a été une vraie collaboration. Le film terminé et monté, je l’ai montré à Cut et à son équipe. Je leur ai demandé de travailler d’abord sur le prologue et de faire une sorte de maquette musicale. Après avoir entendu la maquette, on a décidé de travailler ensemble et je leur ai dit OK, on est partis et on a fait tout le film comme ça. La collaboration s’est vraiment bien passée puisque moi-même j’ai pu travailler dans leur studio, donc j’ai pu les accompagner constamment et à chaque fois on a pu vraiment travailler séquence par séquence en s’interrogeant sur le sens de chacune d’elles et donc à chaque fois décider ensemble, dans un processus de vraie concertation, quelle musique était la plus appropriée. J’ai pu ainsi participer à l’élaboration de la musique, sans être pour autant musicien. Au final, c’est une musique hip-hop, mais une musique de film, pas une compilation. Cut Killer a donné à travers cette musique une homogénéité du film. La couleur hip-hop, c’est aussi l’homogénéité de la cité. C’est exactement ce que je voulais : une musique qui soit adéquate à mes personnages et en même temps une vraie musique de film.
DVDRAMA : Pour en revenir au tournage, y a-t-il eu des scènes plus difficiles à faire que d’autres ? Je pense notamment aux deux scènes de viol.
Fabrice GENESTAL : Le viol de Yasmine a été plus dur. Pas le prologue, parce que c’était décomposé, on a utilisé une doublure corps pour les plans larges, ce qui a permis quand même d’évacuer toutes les tensions. En ce qui concerne le viol de Yasmine, même si cela s’est très bien passé techniquement, ça a été éprouvant et difficile à jouer pour la comédienne.
DVDRAMA : Quels sont tes prochains projets ?
Fabrice GENESTAL : Totalement autre chose. En gros, mon nouveau sujet est l’histoire d’un jeune mathématicien qui découvre un modèle de prédiction, de prévisibilité, sur les marchés financiers. C’est sur le monde de la finance, mais particulièrement sur l’usage des martingales mathématiques dans le monde de la spéculation. C’est un film à partir d’une sorte de contrat un peu faustien entre un mathématicien et un trader, qui porte plus sur les thèmes de la vanité, la vie, la mort…
Entretien réalisé en novembre 2000 à Paris par Renaud Moran.
Sortie DVD – Par Frédéric Ambroisine
DVDRAMA : Etait-il prévu au départ que le DVD de La Squale soit une édition collector ? Quelle a été votre implication dans la fabrication du DVD ?
Fabrice GENESTAL : L'édition collector, je pense, c'est venue petit à petit. Ce n'était pas prévu dès le tournage du film. Je pense qu'à l'époque cela aurait été un peu prétentieux. On ne savait pas du tout comment le film allait être accueilli en salle. Même après la sortie, je crois qu'on ne savait pas forcément non plus comment ça allait être ensuite vendu en DVD et quel intérêt cela aurait suscité. Il se trouve que l’intérêt pour le film a été plutôt important. C'est à ce moment-là qu'on a pensé à cette manière de le sortir. Mais pour un premier film de réalisateur inconnu, une première production avec des acteurs complètement nouveaux, prévoir déjà la forme du DVD ça aurait été un petit peu... prématuré.DVDRAMA : Cela dépendait de son succès en salles ?
Fabrice GENESTAL : Non. C'était lié plutôt à l'écho du film à travers les média et ensuite au niveau de notre partenaire vidéo. C'est toujours un pari. On s'est demandé si le film avait des chances de bien marcher en DVD ou en vidéo... C'était des discussions assez commerciales. Et en fonction de l'offre et de la demande, on a essayé de trouver une forme un peu plus attrayante que d'habitude. Je ne me suis pas trop impliqué, car ce sont des enjeux où il faut connaître le marché. En particulier celui du DVD, ce qui n'est pas vraiment mon cas. Mon investissement personnel s'est fait dans le contenu du DVD. Le commentaire audio, le choix des bonus. Pour ce qui est de la forme, c'est plus compliqué.
DVDRAMA : Expliquez-nous l'absence de ‘’making of’’ ! Y avait-il matière à en faire un ?
Fabrice GENESTAL : On a tout simplement oublié d'en faire un à l’époque du film et on le regrette (rires). C'était une idée assez évidente. Le décalage entre l'ambiance du film et l'ambiance du tournage aurait été intéressant à voir. L'ambiance était vraiment euphorique alors que le film est très noir. Et là, c'est dommage qu'on ne puisse pas mettre en rapport les deux parce qu'il y avait vraiment un côté très festif qui était lié aux comédiens. Ce n'était pas vraiment l'ambiance très carrée et professionnelle qu'on a l'habitude de voir mais l'osmose s'est faite grâce à l'énergie des jeunes comédiens, qui n'en étaient pas à l'origine, et qui ont transmis leur enthousiasme à toute l'équipe. Ils ont fait rajeunir tout le monde de 10 ans.
A côté de ça, il y avait également un vrai stress lié aux conditions de tournage parce qu'on n'allait pas tourner dans des endroits très faciles. Donc il y avait une vraie tension mais une tension assez positive. En ce qui concerne le ‘’making of’’, c'est vrai que si on pense en amont au DVD, on doit se dire : tiens, faisons un ‘’making of’’ qu'on pourra intégrer ou non. Mais tout dépend, je crois, du film. C'est sûr que le ‘’making of’’ d'Apocalypse Now c'est géant. Le film est géant et le ‘’making of’’ est utile. Pour prendre un exemple totalement différent, Aguirre ou la colère de Dieu, le ‘’making of’’ est fabuleux parce que là, il y a quelque chose d'énorme qui se passe sur le plateau. On a affaire à un comédien fou, un réalisateur fou, un conflit énorme. Bon, pour la plupart des films, ce n'est pas le cas. Je ne suis pas sûr que dans la majorité des cas, le ‘’making of’’ soit très utile. Pour les amateurs de DVD, sûrement. Le côté curiosité, ça, je comprends très bien. Et voir l'élaboration d'un film est toujours très intéressant. DVDRAMA : Etes-vous un amateur de DVD ?
Fabrice GENESTAL : Je ne suis pas un consommateur de DVD tout simplement parce que je ne suis pas encore équipé. Je suis toujours un peu en retard sur la technologie (je ne me suis mis que récemment à Internet). Ceci dit, ça m'intéresse beaucoup. Le produit m'intéresse beaucoup en tant qu'outil d'analyse et de réflexion. En tant que spectateur, je reste attaché fondamentalement à la salle. Parce que les films, on les fait pour le grand écran. Maintenant, c'est vrai qu'avec l'arrivée du numérique, peut-être que ça va devenir interchangeable. C'est un outil fantastique mais j'espère que ça ne remplacera pas la salle.
DVDRAMA : Le son a une grande importance dans votre film. Le DVD possède une piste DTS, un mixage 5.1…
Fabrice GENESTAL : Je ne vous dirai pas qu'on m'a demandé mon avis mais j'étais pour. C'était concerté de toute façon. Dans ma position, je n'ai pas une grande capacité d'initiative pour plein de raisons. Le DVD est un objet commercial compliqué par rapport auquel je n'ai aucune référence. Je peux donner mon avis mais je n'ai aucun droit. Si on valorise le produit et que ça valorise le film, dans une forme de seconde vie possible, je ne peux être que pour. Si on m'avait dit: "Non c'est pas possible" pour des raisons de budget ou autres, là encore je n'aurai pas eu grand chose à dire. On a les moyens qu'on peut. Il se trouve que là, on m'a donné les moyens. On essaye d'avoir le maximum à chaque fois, et pour ça, faut convaincre! Pour le DVD on a eu des super partenaires. Et ce sont même eux qui ont pris les devants et qui me proposaient à chaque fois le meilleur choix. Là encore, il y a eu un très beau travail, je n'en dirais pas autant pour la sortie salle. En location, le film a très bien fonctionné. Ca a permis peut-être de toucher un public qu'on n'avait pas suffisamment touché lors de la sortie salle. Maintenant que les films ont une carrière très courte, le DVD est un second souffle. DVDRAMA : Etes-vous cinéphile et quelles influences revendiquez-vous ?
Fabrice GENESTAL : Dans la mise en scène, je ne suis pas du tout dans des formes d’idolâtrie. J'essaye de construire mon univers et d'y adapter ma mise en scène. Après, ça ne m'empêche pas d'être admiratif devant un certain genre de cinéma ou certains réalisateurs mais je ne vais jamais chercher à les imiter. Par contre, en analysant telle ou telle séquence d'un film je vais trouver des solutions. Mais je ne suis pas dans la recherche d'une paternité quelconque. Ce n'est pas une prétention de ma part. Bon, ce n'est pas à travers un premier film qu'on impose une vision ou un style. Les images et la manière dont j'ai envie de les mettre en scène viennent d'abord d’intuitions dont j'essaye de me rapprocher.
Fabrice GENESTAL : Après, le cinéma que j'aime, c'est autre chose. Je n'ai pas vraiment de palmarès (mes 10 films préférés, etc.). En moi, il y a deux tendances contradictoires : un cinéma pulsionnel, le cinéma italo-américain que j'adore (Scorsese, Cimino, etc.). C'est un cinéma qui me touche immédiatement. Et il y a aussi un cinéma qui est beaucoup plus cérébral et complètement à l'opposé qui serait du Bergman ou du Antonioni. J'aime beaucoup Lars Von Trier également. Le contenu idéologique, c'est n’importe quoi, je n'y adhère pas du tout. Mais pour moi, c'est vraiment mon préféré des 10 dernières années, même plus que Kusturica ! Dans le cinéma européen, pour moi, Lars Von Trier c'est un des rares qui ait inventé un nouveau langage, qui est bien au-delà du ‘’Dogme’’ , qui innove vraiment et bouscule beaucoup de choses.
DVDRAMA : Avez-vous vu le DVD de La Squale dans son intégralité?
Fabrice GENESTAL : Non, je n'ai pas eu le temps. Je n'ai pas réécouté mon commentaire audio.
DVDRAMA : Et celui de Cut Killer ?
Fabrice GENESTAL : Non plus. On a tellement parlé ensemble ! Pour moi, ce commentaire, c'est la partie visible de l’Iceberg. Je ne sais pas ce qu'il a dit, mais je sais sa façon d'aborder la chose. Il peut être critique, parler des frictions qu'il y a eu, mais en fait ça s'est très bien passé. Il n'était pas habitué à ce qu'un réalisateur vienne contrôler son travail. Ce n'était pas un travail de commande. On discutait souvent c'était un vrai échange artistique. Et forcément, on confronte des idées où on n'est pas forcément d'accord. J'ai adoré travailler avec son équipe. On a passé plein de nuits blanches dans son studio et je suis ravi du résultat.
Entretien réalisé en septembre 2001 à Paris par Frédéric Ambroisine.