Le Grand Rôle de Steve Suissa représente la France en compétition du 19ème Festival de Paris. Adaptée du roman de Daniel Goldenberg, l’histoire est celle d’un acteur en difficulté (le problème des intermittents n’est pas abordé !) qui décide de faire croire à sa femme malade qu’il vient de décrocher le rôle de Shylock dans
Le marchand de Venise de Shakespeare. Très sympathique comédie douce-amère,
Le Grand Rôle bénéficie d’une sensible interprétation de Stéphane Freiss, François Berléand, Laurent Bateau, Peter Coyote, Rufus et de Bérénice Bejo, ancien
Meilleur espoir féminin de Gérard Jugnot et copine de princesse dans
Chevalier. Nous avons rencontré cette dernière et son metteur en scène après qu’ils se soient entretenus avec le public du Festival. En attendant la sortie du film dans les salles... le 29 Septembre prochain
Le Grand Rôle fait parfois penser à La vérité si je mens, tout en étant différent. Vous vous en êtes méfié lors de l’écriture ?Steve Suissa : Jamais, j’ai juste évité d’oublier que j’adaptais un roman, qui parlait déjà de la communauté yiddish. Je n’ai pas vu
La vérité si je mens, d’ailleurs, mais je pense que nous somme moins dans le comique pur. Si mon but était de faire une nouvelle
Vérité… j’aurais été voir Gad Elmaleh, Jamel Debouzze, j’aurais pris Bedos à la place de Berléand, un américain bouffon à la place de Peter Coyote,…J’ai essayé de montrer le monde comme je le vois moi, sans artifices gratuits. J’ai voulu un film humain, à l’italienne, sans me dire qu’il fallait mettre de la déconnade ou des gags pour alléger l’atmosphère, cela s’est fait naturellement. Je me suis en revanche appliqué à mettre en avant des valeurs qui aujourd’hui ne sont plus ou peu présentes dans le cinéma, comme le sacrifice par rapport à l’amour. Il y a des personnages qu’on voit deux fois dans le film mais dont on se rappelle, car je me suis autant attaché à eux qu’aux premiers rôles.
Bérénice Bejo (au milieu) dans CHEVALIER de Brian Helgeland
Où avez-vous rencontré Bérénice ? S.S. : Au Festival de Paris, quand elle était venue parler de
Meilleur espoir féminin, et moi de
L’envol. J’ai pensé qu’elle correspondrait tout-à-fait à cette jeune femme d’aujourd’hui qui possède des qualités plus présentes hier.
Comment avez-vous abordé ce personnage atteint d’un cancer, pour être si juste ? Bérénice Bejo : Perla, mon personnage, me passionnait car à la fin de sa vie, elle s’oublie complètement à travers le bonheur de son mari qui a enfin décroché un grand rôle. Il est rare d’avoir une aussi belle réaction. Steve me disait de ne pas mettre la maladie en avant, ce n’était pas l’essentiel. La maladie fait partie de sa vie, mais sa joie demeure le plus important.
L’alchimie entre vous et Stéphane Freiss fonctionne parfaitement. Avez-vous beaucoup répété ? B.B. : Pas du tout, c’est encore la magie du cinéma ! J’ai moi-même été étonnée en voyant le film, car on croit vraiment en notre amour. Avant le tournage, j’avais seulement mangé une fois avec Stéphane…Il y avait un véritable challenge par rapport à la crédibilité de notre relation, et cela n’a fait qu’accentuer mon attirance pour ce rôle.
Etes-vous satisfait d’être au Festival de Paris plutôt que celui de Cannes ? S.S. : Ce n’est pas un film pour Cannes car il se veut populaire, et il faut arrêter de voir une signifation péjorative dans ce terme. On peut y aller avec ses potes ou ses parents, c’est un film sur la vie. J’espère vraiment un bouche-à-oreille, le public est plus présent au Festival de Paris. Il peut facilement s’identifier à ce casting qui ne comprend pas de vedettes, mais un groupe d’acteurs qui aiment leur métier.
Vous allez maintenant vous préoccuper de la sortie du film ? S.S. : Oui, il va sortir le 29 septembre, au milieu de grosses machines. Il n’y a plus de période propice à sortir un petit film français face aux américains, présents toute l’année. Le budget de mon film est d’environ 2 millions d’euros. Mars Distribution a aimé le film pour de bonnes raisons, et je pense qu’il fera tout pour donner aux gens l’envie d’aller voir le film.
Bérénice, pourquoi ne vous voit-on pas plus souvent sur les écrans ? B.B. : Choix correspondent réellement à ce que j’ai envie de faire. Je reçois des scénarios, mais je suis sélective et ne veux pas m’embarquer n’importe où. Je n’ai pas de propositions intéressantes du côté des Etat-Unis non plus. Je préfère privilégier la qualité à la quantité, et m’investir totalement, passer du temps à défendre mes rôles, en être fière. De plus, trop tourner me fatiguerait, et vous aussi ! Je tournerai dans le prochain film de Steve,
Cavalcade, nous débutons dans un mois.
S.S. : Il y aura aussi François Berléand, Laurent Benneteau… La notion de famille telle que je l’ai montré dans
Le Grand Rôle, je la vis avec ces gens. Aussi bien devant que derrière la caméra.