Par - publié le 20 octobre 2008 à 03h02 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 18h46 - 1 commentaire(s)
En décembre prochain, une version de Le jour où la Terre s'arrêta, nouvelle de Harry Bates déjà adaptée en 1951 par le scénariste Edmund H. North et brillamment illustrée par Robert Wise, verra le jour sur nos écrans de cinéma. Le réalisateur Scott Derrickson et le scénariste David Scarpa ont changé le contexte de la guerre froide (exit la course à l’armement nucléaire) par le thème – on ne peut plus actuel – de la menace écologique. Preview avant le verdict.



Robots surpuissants, soucoupe volante futuriste, choc des cultures. Au début des années 50, Robert Wise avait utilisé le prétexte de la science-fiction pour faire une allégorie politique doublée d'une fable idéologique. Venu d’une autre galaxie, l’extra-terrestre Klaatu, à l’apparence et au langage humains, débarquait de sa soucoupe volante dans les jardins de la Maison Blanche, accompagné de Gort, robot à l’énergie ambivalente positive comme négative, avec un avertissement et un ultimatum. Sa mission consiste à faire passer un message sur le péril nucléaire. Message de paix bien vite perverti par la violence aveugle d’une population aux abois qui ne voit que menace là où pourrait naître l’espoir d’un monde nouveau débarrassé de ses conflits. Le salut viendra bien sûr de la science, seule ouverte à l’ailleurs et à demain, seule capable de déjouer la bêtise et l’obscurantisme pour sauver la planète malgré elle. Le film de genre servait alors d’exutoire aux angoisses imposées par la guerre froide et mettait en abyme l’insécurité du monde.


Porté par la bande-son de Bernard Herrmann, Le jour où la Terre s’arrêta exploitait à la fois la fascination du public pour des effets spéciaux et la psychose d’une mainmise de l’autre de manière très efficace. Dans la version 2008, Keanu Reeves reprend le rôle de Michael Rennie, à l’origine une allégorie du Christ et dont le nom humain renvoie à la profession du Christ ("Carpenter") : pour le jouer, il fallait un acteur qui soit grand et dont le visage soit émacié, un peu comme celui du Christ mais imberbe. Ce personnage délivre un message prophétique si important qu’il ne peut être délivré qu’universellement et qu’un enfant peut le comprendre aussi bien qu’un savant.


A l’origine, Wise reniait presque cette dimension christique, apportée selon lui par le scénariste Edmund H. North qui avait d’ailleurs considérablement modifié Farewell to the Master, l’histoire originale de Harry Bates. Le cinéaste tournera vingt ans plus tard avec un budget plus conséquent The Andromeda Strain, au sujet différent en apparence (l’extra-terrestre est totalement inhumain) mais qui présente cependant la similitude thématique de raconter à nouveau les effets d’une rencontre entre une vie biologique extrahumaine et l’homme dans un contexte technologique différent : les biotechnologies et non plus les études atomiques. Près de 50 ans plus tard, la Fox réactualise Le jour où la Terre s’arrêta, de Robert Wise, classique de la science-fiction par le réalisateur Scott Derrickson, responsable de L'exorcisme d'Emily Rose) et le scénariste David Scarpa (Le dernier château).



Pour les disparités entre l’original et le remake, le réalisateur de la nouvelle version a le bon goût de préciser aux puristes : "Cela m'a pris du temps pour explorer cette possibilité que nous avions pour nous démarquer de l'original. J’ai travaillé sur différentes pistes pour essayer de me débarrasser de ce poids trop lourd. Finalement, j'ai renoncé. J'aimais cette histoire d'alien qui décide de prendre une apparence humaine. J'ai un respect sans borne pour l'adaptation de Robert Wise qui est pour moi l'un des plus grands films de science-fiction de ces 50 dernières années. Le film que nous avons conçu rend hommage au film original mais aussi à ses personnages, en particulier Gort qu'il était hors de question de retirer ou de modifier à notre guise." Si l’on en croit les premières images parvenues grâce au teaser, le remake s’annonce plus proche de Steven Spielberg (Rencontres du troisième type, mais surtout La guerre des mondes) que de Robert Wise. Il faut prendre ça comme la volonté de se démarquer résolument dans le traitement. Espérons que le cinéaste, visiblement content de passer derrière un colosse, réussisse à concilier la forme (les effets spéciaux, la pyrotechnie) et la forme (le discours derrière les images). Signalons au passage que Tyler Bates signe la bande-son (et si elle est aussi bonne que 300, ça promet) et last but not least, le casting est potentiellement excitant : on y retrouve Keanu Reeves (dont on n’avait pas assez de nouvelles depuis longtemps), Kathy Bates (idem), John Cleese (re-idem) et surtout Jennifer Connelly, dans le rôle de l’humaine complice de l’extraterrestre. Et comme chaque bon cinéphile le sait pertinemment, tout film avec la belle Jennifer ne peut pas être foncièrement mauvais (Quoi ? Labyrinthe ? Connais pas).




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