Avec le bon travail scénaristique effectué sur
Le Petit Nicolas, il nous paraissait évident de donner la parole au coscénariste Grégoire Vigneron, avec lequel le cinéaste Laurent Tirard a fait ses premières armes au cinéma. Pour obtenir une histoire consistante pouvant donner naissance à un long-métrage de près d'une heure trente, les deux hommes ont planché pendant plus d'un an afin d'obtenir un scénario original et terriblement efficace qui ne trahit jamais l'œuvre majeure de Goscinny et Sempé. C'est avec simplicité et bonhomie que Grégoire Vigneron revient sur sa collaboration avec Laurent Tirard et la manière dont ils ont transposé sur grand écran l'univers du
Petit Nicolas.
Aviez-vous une affinité particulière avec Le Petit Nicolas avant d'intervenir sur le scénario ? Figurez-vous qu'enfant, je n'ai pas été marqué par l'œuvre de Goscinny et Sempé. Dans ma prime jeunesse, je ne tenais pas en place et la lecture ne m'intéressait guère comme moyen d'évasion. Ce n'est que plus tardivement que j'ai développé une passion pour la littérature et la bande dessinée.
Quelles sont les raisons qui ont amené Laurent Tirard à coécrire le scénario du Petit Nicolas avec vous ? C'est Laurent qui a fait de moi un scénariste, car à l'origine je ne me destinais pas à ce métier. Avant de le rencontrer, je réalisais des courts-métrages et des publicités. Notre collaboration a commencé il y a huit ans de cela sur son premier long-métrage, Mensonges et trahisons et plus si affinités… À cette époque, faute de n'avoir pu trouver un coscénariste avec lequel s'entendre, Laurent était résigné à écrire seul le scénario de son film. Un jour, il est tombé par hasard sur l'un de mes courts-métrages dans une maison de production. La productrice voulait lui montrer le travail du chef-opérateur. En voyant mon film, Laurent Tirard a été séduit par mon univers et m'a proposé de coécrire Mensonges et trahisons et plus si affinités… Comme je n'avais jamais écrit de scénario d'un long-métrage auparavant, je ne comprenais pas sa demande. Je ne lui ai donc pas répondu. Laurent a eu la bonne idée d'insister et depuis, on écrit tout ensemble.
L'écriture d'un long-métrage est à chaque fois un nouveau challenge. Comment avez-vous procédé avec Le Petit Nicolas ? Laurent et moi avons une technique d'écriture qui s'exprime sous forme de fiches. Chaque fiche correspond à une scène. On obtient un séquencier d’apparence assez plastique, si bien qu'on peut déplacer les fiches pour choisir la meilleure articulation possible entre les différents éléments présents dans une scène. Comme
Le Petit Nicolas est constitué de nouvelles assez brèves, elles n'étaient pas exploitables en l'état pour en faire un long-métrage. Cependant, l'éventail des possibilités était très vaste, nous permettant d'aller dans plusieurs directions. Dans un monde très stable et figé, le chaos provoqué par les enfants était la seule constante présente à chacune des nouvelles. Mais cela n'était pas assez consistant. Pour que le scénario du film fonctionne, Il fallait qu'il se passe quelque chose de fort afin que le personnage du petit Nicolas sorte transformé des épreuves qu'il traverse.
En l'occurrence, l'arrivée du petit frère…Effectivement. Comme l'univers ne peut évoluer, la chose la plus déstabilisante pour un petit garçon, c'est l'arrivée d'un petit frère. De là, germent dans son esprit plusieurs choses, dont l'idée que ses parents vont l'abandonner. La gageure était de trouver puis d'articuler les nouvelles du
Petit Nicolas avec les nombreuses pensées qui peuvent traverser son esprit dans ce moment de crise.
Concernant les personnages, vous n'avez pas pu tous les mettre dans le film. Comment s'est effectué votre choix ? Il fallait que leur présence soit cohérente avec l'histoire. Par ailleurs, nous avons travaillé plus en profondeur certains personnages, à l'image de la mère. Dans les nouvelles, elle est très en retrait, pourtant, sa présence était obligatoire. Nous avons dû extrapoler ce personnage de femme qui veut s'émanciper, mais sans trahir l'univers de Goscinny. Je ne vous cache pas non plus que pour convaincre une actrice de la dimension de Valérie Lermercier, il fallait un personnage qui ait du corps.
Y a-t-il eu des intervenants extérieurs qui ont participé au scénario ?Nous revenions souvent vers la fille de Goscinny qui était la garante de l'univers du
Petit Nicolas. Pour rester fidèle, nous n'avions pas le droit à certains écarts, comme les gros mots.
Alain Chabat est intervenu, mais assez tardivement dans l'écriture du scénario. Comme Anne avait une grande confiance en lui, elle a accepté sa participation. Il nous a permis de potentialiser certains gags et dialogues pour qu'ils prennent plus d'ampleur.
Comment pouvez-vous définir le cinéma de Laurent Tirard ?C'est dur de répondre à cette question. Il y a un style Laurent Tirard qui commence à être reconnu de plus en plus. Comme dirait le Petit Nicolas, "c'est chouette". Pour aller à l'essentiel, dans le cinéma de Laurent, il y a une certaine pudeur qui le rapproche de Goscinny. De plus, je suis souvent impressionné par sa capacité à transformer une situation pour la rendre drôle.
Vu le temps que vous passez avec lui, j'imagine qu'il doit avoir une influence sur vous !Artistiquement, nous sommes extrêmement proches. Comme un couple, nous finissons par déteindre l'un sur l'autre.
Alors, pourquoi pas une coréalisation ?C'est très différent de coréaliser un film que de le coscénariser. Quand on réalise, on passe à l'acte. Notre collaboration artistique se borne uniquement à l'écriture et c'est mieux ainsi. À l'inverse, Laurent Tirard a coécrit avec moi mon premier film, que je viens de réaliser.
À l'image du film Le Petit Nicolas, est-ce une comédie ? Non, c'est un thriller psychologique mettant en scène Benoit Magimel qui s'intitule
Sans laisser de trace. Cela change effectivement avec l'univers du
Petit Nicolas, mais le travail d'écriture est tout autant jubilatoire. Le film rentre en mixage, la dernière étape de sa fabrication. Il sortira au cinéma probablement en février prochain.
Propos recueillis par Gwenaël Tison