Par Jean-Baptiste Guégan - publié le 12 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 12 octobre 2009 à 17h11 - 1 commentaire(s)
Comme chaque semaine, le regard braqué sur l’Asie, l’envie de faire partager des films différents qui nous ont passionnés ou intrigués s’est rappelé à nous. Aujourd’hui, le tour est venu de vous parler du trop commun Legendary Assassin, film prometteur sur le papier et qui hélas ne répond pas à toutes les promesses placées en lui.

LEGENDARY ASSASSIN
Titres originaux : Lang Ya Zhi A Bu, Long Nga, Wolf Fang ou 狼牙之阿布
Un film de Jacky Wu et Chung Chi li
Avec Jacky Wu, Celina Jade, Alex Fong, Ronald Cheng, Lam Suet
Durée : 1h28
Sortie à Hong Kong le 20 Novembre 2008, aucune sortie prévue en France



Une histoire comme on les aime…

Contraint à une vengeance sanguinaire qui virera à la vendetta personnelle, Bo débarque dans une île proche de Hong Kong pour régler son compte à l’un des barons asiatique de la drogue. Et c’est avec une maîtrise faite de brutalité et de fureur qu’il règlera le contentieux pour lequel il a été engagé. Hélas, au moment de s’enfuir, une tempête approchant, il se retrouve bloqué sur les lieux de son crime et bientôt entouré par les membres du clan qu’il a meurtri. Obligé de trouver un abri, il va alors faire la connaissance d’une jeune femme, Hiu Wor qui s’avèrera policière. S’engagera dès lors une chasse à l’homme impitoyable confrontant à la pègre locale, notre impitoyable tueur à gages, sa nouvelle amie et ses collègues.



Avec une telle histoire inaugurale et au vu du casting rassemblé, on pouvait s’attendre à un film lorgnant du côté du polar et osant tout autant le drame amoureux que l’opératique film de kung-fu sur fond de violence vengeresse. Hélas, si le scénario s’avérait prometteur à la lecture, force est de constater que la réalité du film une fois mise en images est toute autre. En effet, premier film cosigné par Jacky Wu, Legendary Assassin marque les limites de ce dernier dans l’exercice et le peu d’aide reçu de Chung Chi li, son ami cascadeur vu dans Rush Hour ou Death Ring. Mis en scène de manière très scolaire, pour ne pas dire extrêmement caricaturale, chaque plan du métrage trahit l’envie de l’épate facile et tout autant l’ignorance relative des obligations du medium tant en termes de rythme que de récit. Les personnages sont à peine esquissés, les situations virent souvent au grotesque, quant au combats, seule véritable chose plaisante du film avec ses deux interprètes principaux, ils déçoivent tout de même à force d’être si piteusement filmés.




Des regrets nombreux et quelques raisons pour l’apprécier

Alors, évidemment, tout n’est pas à jeter dans Legendary Assassin, à commencer par le casting réuni pour l’occasion. Celina Jade est une belle découverte pour son premier film malgré son incapacité correcte à combattre. Davantage taillée pour des comédies et des romances, on ne devrait toutefois pas la manquer dans les mois à venir (Love Connected et All’s well, End’s well) au regard de sa prestance, de sa joliesse et de sa capacité à exercer une étonnante fascination sur son spectateur. Jacky Wu pour sa part est d’une belle mobilité et il gagnerait presque par son sobre mutisme à des galons d’acteur que ses dernières prestations lui interdisaient. Par ailleurs, on retrouve non sans plaisir le toujours farfelu Lam Suet accompagné de quelques visages bien connus des amateurs de films hongkongais. En conséquence, servi plutôt correctement par ses interprètes, Legendary Assassin s’échoue et nous déçoit pour deux raisons. Tout d’abord, son absence de direction tant stylistique qu’artistique lui nuit considérablement. Ensuite, le mixte – pourtant habituel- de la kung-fu comedy, du polar à grande échelle et de la romance ne prend jamais. Au point de férocement ennuyer et d’être d’une incroyable lisibilité au bout d’un quart d’heure – ce qui n’est tout de même pas ce que l’on attend de ce genre de métrage. Et cela s’explique notamment par le fait que le couple de réalisateurs néophytes qui officient s’est d’abord attaché à la virtuosité de combats certes audacieux mais finalement trop excentriques par rapport à la minceur générale du récit. De fait, le temps passe et l’action ne prend jamais le pas sur notre ennui et le gâchis de promesses pour tant séduisantes.



Une seule scène les sauvera toutes

Dès lors, on serait-on tenté de se demander pourquoi l’on évoque un tel film au regard des nombreuses très bonnes productions du cinéma asiatique et notamment hongkongais. Et la raison est ici des plus simples. Jacky Wu du haut de ses 35 ans a le mérite d’essayer – même s’il échoue – un film différent. Tout délocalisé à la périphérie de Hong Kong et plus encore, tourné vers l’Occident et la volonté de retrouver dans le combat réel, les excès ahurissants issus des films boostés au numérique. Ainsi, Legendary Assassin, outre la révélation Celina Jade, vaut d’être vu pour sa seule scène de mise à mort finale, celle qui voit Bo affronter sous une pluie battante, une armée de tueurs semblables à celles des clones de l’agent Smith lorsqu’il affronte Néo dans le dernier volet de la trilogie des frères Wachowski, Matrix Revolutions. En effet, à l’instar du renouveau Tony Jaa et de l’impact d’un Donnie Yen, Jacky Wu tente de repousser les limites de ce type de scène et cela sans recourir aux trucages numériques. Ses deux seuls recours tiennent aux capacités des corps des cascadeurs-combattants et aux potentiels techniques de cordes hongkongaises. Dès lors, peu importe que le film manque son récit ou piétine du fait de l’inexpérience de ses auteurs. Il a par sa seule tentative plastique finale, voulu davantage que nombres d’autres films plus visuellement aboutis. Ainsi, ce seul mérite dépasse largement les critiques – et elles sont nombreuses – que l’on pourrait établir au sujet de Legendary Assassin. Par conséquent, s’il ne devait y avoir qu’une raison pour découvrir ce si piteux métrage, elle se tient ici et justifie à elle seule l’effort de supporter ce qui reste in fine, une exaltante esquisse et un film globalement manqué.



Jean-Baptiste Guégan
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