Le cinéaste Pablo Trapero, déjà découvert au Festival de Cannes, fait son retour sur la Croisette avec son nouveau film,
Carancho. Focus sur un artiste méconnu...
Pablo Trapero, le nouvel Argentin qui monteReprésentant émérite de la colonie argentine aux côtés notamment de l’impressionnante Lucrecia Martel, Pablo Trapero incarne la vivacité d’un cinéma gaucho que le temps ne semble qu’affirmer chaque année davantage. Et c’est donc avec
Leonera qu'il débarquait sur la Croisette après avoir déjà rencontré le difficile public cannois avec le très remarqué
El Bonaerense en 2002. Ayant eu l’honneur à l’époque d’une sélection dans la section Un certain regard du Festival, antichambre de la prestigieuse et très sélective Sélection Officielle, il était de fait presque évident que l’on retrouverait un jour ou l’autre notre cinéaste parmi les heureux nominés. Mais avant de revenir sur
Leonera, attardons nous sur le parcours de ce jeune homme.
Ayant fait aux détours des années 1990 ses armes sur les bancs des facultés argentines de cinéma via le difficile apprentissage qu’est le court-métrage (
Mocoso malcriado, Negocios en 1995 et
Naikor), son premier long métrage,
Mundo Grua, s’offre vite à nos regards en 1999 pour explorer avec acuité et un goût affirmé du sujet le sort des plus humbles. C’est donc ainsi que ce dernier fait parler une première fois de lui, à mesure que son premier long conquiert nombre de festivaliers du monde entier. Mais le cinéaste, aussi talentueux qu’éclectique, ne souhaite en rien limiter son ouvrage à la seule tentation de poursuivre avec fidélité l’âpre monstration du réel et se lance bientôt dans le film de genre.
Nous sommes alors en 2002 et
El Bonaerense, excellent polar mettant en scène le destin d’un serrurier dans les faubourgs de la capitale argentine produit alors son effet. Cannes à nouveau officie et tel un tremplin, le propulse sur la scène internationale aux côtés d’autres de ses compatriotes que bien abusivement là encore on regroupe sous l’expression trop commune de "nouvelle vague argentine".
C’est donc un cinéaste attendu et un espoir en devenir qui se présente deux années plus tard à la Mostra pour concourir avec son troisième long-métrage,
Voyage en famille. L’accueil est toutefois plus mesuré et c’est avec un plaisir non dissimulé que ce dernier retrouve Cannes la même année pour intégrer le jury de la Cinéfondation dans la catégorie des Courts-métrages, aidant ainsi à révéler à son tour de futurs talents.
Mais le cinéma manque à notre albiceleste et ce dernier retourne bien vite en Argentine pour y tourner dans les vastes étendues patagoniennes, son avant dernier film.
Nacido y criado, métrage qui place l’homme face aux remords coupables qu’a pu faire naître l’existence, sera le résultat de cette nouvelle aventure filmique avant que
Leonera ne l’amène en 2008 à fouler le tapis rouge de la plus grande manifestation du septième art.
Mettant en scène Martina Gusman , Elli Medeiros et Rodrigo Santoro, l’œuvre qu’il réserve ainsi aux yeux avides des festivaliers n’est pas sans intriguer. S’ouvrant sur un drame que Julia, son héroïne, ne s’explique pas, cette dernière se retrouve incarcérée et va donner naissance à un fils tout en sachant qu’un jour prochain, on lui enlèvera. Hélas, le moment tant redouté arrive… Ainsi,
Leonera se construit donc autour du récit de ce déchirement inévitable et de cette expérience insupportable qui fera tout endurer à la jeune mère pour récupérer son fils exilé loin d’elle.
La question reste de savoir désormais si Pablo Trapero saura convaincre Sean Penn et son exigeant jury et ressortir au milieu d’une sélection officielle qui, hormis certaines valeurs sûres, laisse une place conséquente à la surprise. Réponse attendue en fin de projection et plus encore en fin de semaine prochaine…