Avec
Les Revenants, Robin Campillo signe un film fantastique viscéral et original sur des morts qui reviennent en ville. Aux antipodes des conventions du genre et des effluves gore. Pour son premier film, il était indispensable de poser quelques questions à son réalisateur Robin Campillo.
Quel est votre parcours ?J’ai fait l’IDHEC au début des années 80 où j’ai rencontré notamment Laurent Cantet. Puis je me suis éloigné du cinéma pendant un certain temps avant que Laurent me demande de travailler au montage de ses films, puis de coécrire
L’emploi du tempsPourquoi un film fantastique ?Je voulais faire un film sur les morts depuis longtemps, parler d’eux comme d’une catégorie sociale, d’une communauté. Ce désir-là s’est imposé avant même l’idée de faire un film fantastique.
Comment est né le film ?Il est né tout d’abord de mon expérience du deuil à une époque où le sida a emporté pas mal d’amis autour de moi. Je n’étais pas forcément triste, mais j’étais le siège de sensations bizarres comme si je continuais de vivre dans un monde étouffé, silencieux un peu comme celui que je tente de décrire dans le film.
Pourquoi avoir privilégié les sentiments par rapport aux effets gore ?J’avais vraiment envie que les revenants soient plus réels que le réel, qu’ils fassent peur à force d’être trop présents, trop lisses, trop intacts. Quand je pense à mes amis qui sont morts, je les vois un peu endimanchés comme dans le film et un peu souriants, ce qui a tendance à m’inquiéter un peu et, en même temps, ça me rappelle que les gens en mourant ne perdent pas, heureusement, de leur opacité, de leur autonomie.
Quelles sont vos références ?Mes références vont des classiques de Roméro à
L’invasion des profanateurs de sépulture de Don Siegel, ou bien encore, pour le léger décalage du film d’anticipation,
Farenheit 451 de Truffaut, et aussi
Muriel de Resnais pour son ambiance inquiète de ville de province française pendant la guerre d’Algérie.
Des films sur le deuil vous ont influencés pendant l'écriture du
scénario ?Pour moi,
Muriel est justement un film sur le deuil, dans la sens le plus large et le plus juste du terme. Sinon, le film sur le deuil qui m’a le plus influencé, c’est le
Solaris de Tarkovski.
Comment avez-vous travaillé avec Géraldine Pailhas ?Je l’ai rencontrée il y a plus de trois ans à l’avant-première de
L'emploi du temps. Karine Viard me l’avait présentée et je lui ai donc parlé de ce projet que j’avais sur les morts. J’ai tout de suite senti que le projet la plongeait dans un drôle d’état qui me semblait assez proche du personnage de Rachel. Plus tard nous avons fait des essais ensemble. Elle a improvisé la scène où elle fait de nouveau l’amour avec Mathieu, son amant mort. Ce qu’il y avait de beau dans son comportement, c’est qu’elle n’était pas dans une douleur évidente. Elle paraissait embarrassée par le retour de Mathieu. J’ai trouvé ça étonnant et assez proche de l’idée que je me faisais du personnage. Par la suite, tout a été très facile parce que nous étions d’accord, me semble-t-il, sur la trajectoire que devait suivre Rachel pendant tout le film.
Vos projets ?Je continue de travailler avec Laurent Cantet sur l’écriture de son prochain film. Et quand il l’aura tourné, je le monterai…