Par - publié le 05 novembre 2009 à 19h00 ,
MAJ le 11 novembre 2009 à 12h12 - 0 commentaire(s)

Adaptant son propre roman, Rebecca Miller offre à Robin Wright Penn son meilleur rôle depuis The Pledge. Avec Les Vies privées de Pippa Lee, la réalisatrice s'est d'ailleurs entourée d'une galerie d'actrices de renom (Monica Bellucci, Winona Ryder, Julianne Moore, Maria Bello) en parvenant à laisser de la place deux générations d'acteurs pour de très beaux rôles masculins, avec les présences d'Alan Arkin et Keanu Reeves. Elle revient pour Excessif.com sur cette histoire d'amour parsemée de petites tragédies familiales.

 

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Pour présenter votre film, pourrions-nous dire que Les Vies privées de Pippa Lee parle de la quête d'identité d'une femme ?

Tout à fait. Dans la première scène, Pippa est décrite comme une énigme par ses amis. C'est un déclic car elle ne veut plus être un mystère. Elle veut être reconnue. C'est la motivation derrière chaque idée du film. En existant au regard des autres, elle devient quelqu'un pour elle-même.

 

Votre scénario est basé sur votre propre roman. Vous parlez d'une réinvention, plus qu'une adaptation...

J'aime être libre lorsque je dois adapter mon propre travail. Le livre a une structure vraiment différente. Il y a beaucoup plus de place laissée au passé du personnage. Le film entremêle plus souvent les souvenirs et le présent. J'ai donc restructuré l'ensemble. J'ai notamment enlevé des épisodes entiers de l'enfance de Pippa. J'ai utilisé le livre comme un modèle mais les gens qui l'ont lu retrouveront son essence dans le long-métrage.

 

"En existant au regard des autres, elle devient quelqu'un pour elle-même."


 

Est-ce que la voix-off est arrivée tôt dans le processus d'écriture ?

Elle était présente dès le début et j'ai dû la réécrire plusieurs fois. Même pendant le montage, il m'est arrivé de la réécrire pour trouver le bon rythme.

 

Laissez-vous la place à l'improvisation durant le tournage ?

J'essaye de faire en sorte que mon style d'écriture fasse penser que les acteurs ont improvisé. Quelquefois, l'improvisation fonctionne à merveille, notamment lors des scènes de repas en famille ou des des scènes plus atmosphériques. Je crois que pour être réussi, un film doit trouver un bon rythme. Quand je sais que je l'ai trouvé, j'ai vraiment besoin que mes acteurs disent exactement tous les mots. Parfois, j'essaye d'écrire d'une manière économique, comme une échelle lorsqu'une situation en entraine une autre. L'improvisation ne vous donne pas toujours cette impression d'avancer, de faire grimper les mots. En tout cas, tous les acteurs étaient très présents les uns pour les autres et cela a beaucoup aidé durant le tournage.

 

Les Vies privées de Pippa Lee de Rebecca Miller

 

 

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre collaboration avec  Robin Wright Penn ?

Nous avons énormément travaillé en amont pour caractériser le personnage. Elle avait lu le roman et avait donc un point de vue très précieux sur Pippa Lee. Elle a quelque chose d'inhabituel : elle fait le film avec vous. Elle s'implique beucoup dans le processus de création en étant très exigeante avec elle-même. Elle a été fantastique.

 

C'est votre quatrième film avec le compositeur Michael Rohatyn...               

Je suis très heureuse que vous évoquiez son travail car il était difficile de trouver la bonne tonalité. Le film oscille sans cesse entre drame et comédie. Il ne fallait pas que le musique soit trop triste pour ne pas pousser le long-métrage dans une seule direction. La bande originale devait vous laisser décider ce que vous vouliez ressentir. Ce n'est pas facile à obtenir. Je ne voulais pas imposer l'émotion. J'ai su rapidement que je voulais une valse. J'ai d'ailleurs utilisé une valse de Strauss dans une séquence. Je voulais que ce rythme spécifique rappelle les souvenirs de la mère. La valse a un tempo qui offre énormément, elle reflète Pippa à la perfection. Evidemment, mon amitié avec Michael fait que nous travaillons étroitement sur la musique. Nous nous battons, nous argumentons, nous essayons plusieurs thèmes. C'est une collaboration très intime.

 

 

"La valse a un tempo qui offre énormément, elle reflète Pippa à la perfection."

 

 

Pour s'échapper de sa réalité, Pippa Lee rêve d'un autre monde. Pouvez-vous nous parler du travail très spécifique sur la lumière lors de ces séquences fantasmées ?

Pour être honnête, dans la scène où elle s'imagine avec un lion, il y a eu un heureux hasard dû à la météo. J'étais juste derrière le caméraman et sa steadycam. Il n'était pas rassuré à cause de la présence de l'animal sur lequel il avançait. Nous avons donné à la scène des tonalités dorées. Il y a une manipulation de la colorimétrie. Durant le film, il y a plusieurs transitions entre le passé et le présent. Nous avions construit les décors du passé à l'intérieur de séquences tournées dans le présent et les variations de lumière se faisaient dans le même plan. Ce qui fait la force de Declan Quinn (le directeur de la photographie, ndlr), c'est de transformer un entrepôt de stockage où nous avons tourné, en laboratoire de couleurs. Nous n'avions pas de gros moyens et nous avons utilisé beaucoup de gélatines pour créer une atmosphère original, presque comme un rayonnement continu. La colorimétrie générale est très inspirée du technicolor. J'ai notamment pensé au Narcisse Noir de Michael Powell. Comme il y a beaucoup de noirceur dans le film, je voulais qu'il soit plaisant à regarder.

 

Propos recueillis par Nicolas Schiavi

 

 


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