Outre les rencontres aussi brèves que folles (rencontrer au même endroit Dorothée et Go Nagaï, deux figures qui changèrent à elles seules la vie de milliers de petits français depuis passionnés par le Japon et les cultures déviantes, a quelque chose de profondément mystique pour un amateur de japanime), la Japan Expo était aussi cette année, l’occasion de découvrir, parfois en avants premières mondiales, des œuvres qui façonneront à n’en pas douter l’actualité de demain. C’est ainsi que nous fut projeté à notre plus grande surprise le premier épisode de la nouvelle série des studios japonais Gonzo (responsables entre autres des séries d’animation
Blue Submarine 6, Gravion, Gankutsuou, Brave Story, Basilisk et plus récemment de l’adaptation de
Rosario + Vampire), et ce avant même sa diffusion sur les chaînes de télévision japonaises au mois d’Octobre prochain. Une nouvelle preuve, s’il était encore nécessaire de le prouver, que la manifestation a cette année pris des proportions gargantuesques. Une avant-première mondiale, donc, accompagnée qui plus est de la présence du producteur de la série, monsieur Hiroyuki Orukawa (
Gun x Sword, Last Exile), qui s’est même fendu d’une introduction en français.
Inspirée du manga réalisé par EiiCHI Shimizu et Tomohiro Shimoguchi (comprenant pour le moment une dizaine de tomes édités depuis le mois de Juin 2005 au Japon),
Linebarrels of Iron (ou
Kurogane no Linebarrels en V.O.) narre les aventures d’un petit lycéen comme on a l’habitude d’en voir dans ce genre de production : timide, puceau, idéaliste et charrié par les terreurs de l’école avant d’être défendu par ses amis de toujours. Koichi, 14 ans, est donc la gentille et morale tête de turc de service que nous allons suivre lors de ce premier épisode,
Boy & Iron. Allant céder à un instinct de victime qu’il aimerait dépasser en imaginant être le détenteur d’un pouvoir encore dormant (a-t-il lu trop de shonen ?), Koichi va s’esquiver du collège pour aller dépenser son argent en pains au curry afin de satisfaire ses tortionnaires, mais va rapidement se retrouver face à une situation pour le moins inhabituelle. On observe en effet et en parallèle à l’introduction de l’équipe de lycéens (Koichi, les trois terreurs et ses deux amis : un gars, une fille), la descente d’un objet non identifié venant s’’écraser sur la Terre après être sorti d’un vortex temporel, l’évènement étant surveillé par deux organisations antagonistes, l’une désireuse apparemment de détruire l’objet (les forces de défense terrestre) et l’autre de s’en emparer (des mercenaires aux intentions peu recommandables).
Manque de bol, l’objet, décrit comme un « Linebarrel » (bien évidemment un énorme robot à apparence humanoïde), va tomber sur le coin de la tête de notre anti héros dans une énorme explosion de fumée et de terre. Bien sûr notre jeune ami ne s’est pas transformé en flaque de sang évaporée, mais gît bien entier au fond d’un cratère de plusieurs mètres, se réveillant aux côtés d’une belle et charmante demoiselle toute nue. Passées les présentations d’usage pour ce genre de production (le jeune homme saigne du nez et gueule à qui veut l’entendre, le poing en l’air en signe de victoire, que c’est le plus beau jour de sa vie), il décide d’emmener la jeune fille chez lui, non sans la couvrir de sa veste, maculée d’un sang que le monsieur ne semble pas voir. Et alors que les mercenaires équipés de robots volants arrivent près du point d’impact en détruisant tout sur leur passage (immeuble et forces de l’armée y compris, eux aussi équipés de robots), Koichi, poussé par la demoiselle enfin réveillée, comprend qu’il possède en lui la faculté d’appeler à la rescousse le Linebarrel et de le contrôler.

A la lecture des quelques lignes ci-dessus, difficile de faire la différence entre
Kurogane no Linebarrels et la myriade de production de méchanimés ayant jusqu’ici atterri sur les écrans du monde entier, d’
Evangelion à
Rahxephon en passant par
Zegapain et autres
Soultaker. On pourra d’ailleurs rajouter que Gonzo n’est pas toujours porté en haute estime par les fans d’animation, ces derniers détestant voir débarquer au milieu d’un anime, des méchas en 3D mal incrustés car non homogènes visuellement avec le reste de la production. C’était déjà le cas avec
Blue Submarine 6 (qui avait pour elle l’excuse d’être une des premières productions du studio) et
Burst Angel (déjà moins excusable puisque sortie 3 ans plus tard). Mais Gonzo a cependant toujours eu une réputation irréprochable concernant la partie purement animée de sa production, et autant dire que de ce côté,
Linebarrels of Iron tient la dragée haute. A ce titre, le character design pseudo vintage de Hisashi Hirai (qui sert également ici de chef animateur), responsable de productions telles que
Dancougar ou
Gundam Seed, fleure ici bon l’animation à l’ancienne exécutée avec amour, et tant les mouvements de caméra que l’animation des personnages font montre d’une qualité digne des meilleures productions nippones.
Mais ce qui rend
Linebarrels légèrement différent de ses prédécesseurs, c’est sa volonté affirmée de proposer au spectateur un spectacle un peu plus fourni et un peu plus riche dans les interlignes du genre. Là où les épisodes pilotes de ce genre de séries servent surtout à introduire longuement un univers et à amorcer une intrigue dynamique dans les dernières secondes avant un second épisode plus explosif,
Linebarrels n’aura qu’à attendre la seconde moitié de son premier épisode pour proposer de gros combats bien badass et mettre en scène son imposant robot titre. Un mécha qui n’est d’ailleurs pas (et ce n’est pas pour nous déplaire) sans rappeler ceux réalisés par Yoji Shinkawa sur les productions d’Hideo Kojima (particulièrement les
Zone of the Enders), avec ce mélange de silhouettes humaines stylisées (colonne vertébrale apparente et pieds absents), d’excroissances de moustique et de tête de requin.
Qui plus est, cette explosion de violence subite (qui rattrape largement par sa virtuosité, comme c’était le cas sur
Blue Submarine 6, la vilainie des premières apparitions de robots en CG) est surtout là pour introduire un élément particulièrement important de la trame scénaristique. Maculé de sang, notre « héros » semble immédiatement prendre son pied aux commandes du Linebarrel, et, réalisant l’étendu de son pouvoir (le robot étant bien évidemment beaucoup plus puissant que ses premiers adversaires, et le jeune garçon semblant maîtriser la chose dès les premières secondes), perdre toute notion de raison et de réalité. Il se sent invulnérable et une lueur de folie furieuse évidente se lit dans son regard. Un véritable choc pour qui est rompu aux jeunes innocents qui cherchent toujours à faire le bien et à ne se résoudre au combat qu’en dernier recours. Ici, Koichi s’en donne à l’inverse à cœur joie (tout l’inverse du Shinji d’
Evangelion donc), semblant enfin puiser dans son appétit de destruction, une vengeance née d’une longue frustration jusqu’à ce jour contenue volontairement jusqu’au nervous breakdown.

Un parti pris totalement inédit donc, et qui ouvre des perspectives inédites si la ligne narratrice est maintenue, d’autant que niveau folie, Koichi n’est pas au bout de ses surprises. La flaque de sang qui orne ses vêtements depuis l’accident trouve une explication bien évidente lors des dernières secondes de l’épisode ! Alors que celui-ci, joyeux et rassasié de violence déclare : « Enfin, je vais pouvoir vivre pleinement », la jeune indigène lui révèle pleine de pitié : « Mais Koichi… Tu n’a plus de vie… Tu es Mort ! ». Autant dire qu’on ne va pas attendre pour se jeter dans le manga, particulièrement beau qui plus est, pour en savoir plus avant les futures nouvelles images de la chose et sa diffusion nippone en Septembre. En attendant, on guettera avec attention le site officiel de la série en attendant de pouvoir revoir la
bande annonce (
version anglaise) et de pouvoir découvrir la suite d’une œuvre qui s’annonce une nouvelle fois pour Gonzo, comme un évènement de grande envergure.