Par Daniel Louis - publié le 09 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 09 octobre 2009 à 11h57 - 0 commentaire(s)
Interprète principal du dernier film de Ken Loach, le méconnu Steve Evets réussit une remarquable prestation dans le film aux côtés du légendaire Eric Cantona. Présent à Cannes dans le cadre du Festival, il nous a accordé une profitable interview. Morceaux choisis.



Comment êtes-vous arrivé sur le plateau du dernier film de Ken Loach ?
Cela a commencé comme pour toutes les auditions proposées à quantité de gens, le but étant alors de trouver quelqu’un pour incarner un personnage d’un certain âge. Donc, mon agent m’a appelé pour m’inscrire au milieu de tous ces gens. Je ne pouvais pas savoir que le processus de sélection serait plus long et durerait aussi longtemps. Nous avons multiplié les scènes, les improvisations… Puis je suis rentré chez moi et quelques semaines plus tard, j’ai reçu un appel, j’étais retenu pour poursuivre. Mais j’y croyais de moins en moins au fur et à mesure et pourtant à cinq reprises, j’ai été rappelé pour poursuivre. La cinquième et dernière fut la plus intense, puisque l’on regardait comment je réagissais, pensais et agissais. Enfin, quelques semaines plus tard après ce processus si long, on m’a finalement rappelé pour m’annoncer que j’étais retenu.

Comment avez-vous travaillé avec Eric Cantona ? Vous a-t-il impressionné ?
Oh oui, absolument. Il m’a beaucoup impressionné comme tout le monde sur le plateau. Mais avant tout, vivant à Manchester, Eric Cantona est une légende vivante. Cet homme lorsqu’il marche et traverse le plateau est impressionnant mais pour avoir travaillé avec lui et avoir été proche de lui, il est fantastique, à l’écoute et très disponible. Avec moi comme avec tout le monde. C’est un homme d’équipe, qui joue pour elle, à l’écran comme lorsqu’il jouait au football. Il n’est pas égoïste et se met au service de tous, comme le capitaine qu’il a été ; on peut lui faire confiance. Et c’est cela qu’il apporte au film notamment, en étant proche de vous que vous preniez un café ou fumiez une cigarette sur le tournage, et cela qui que vous soyez.



Comment avez-vous travaillé votre rôle pour le film ?
J’approche en général les films par la lecture et le travail du scénario. Or, pour Looking for Eric, Ken Loach ne nous en a pas donné à lire, il ne travaille pas comme cela. Je ne connaissais donc rien de ce qui allait arriver à mon personnage par exemple. En effet, le tournage comme l’audition mettant l’accent sur l’improvisation pour que je compose mon personnage, je n’ai pu m’appuyer que sur ce que je connaissais de lui, son passé. Tout dépendait alors des situations qu’il fallait jouer et de la réaction que pourrait avoir ce dernier au regard de son spleen. Tel fut le processus, pas de trucs. Néanmoins, j’ai approché Eric Bishop comme n’importe quel personnage que je dois jouer, tout en sachant que ce n’était pas évident car je n’avais pas de script auquel me rapprocher. L’instinct a été en cela prépondérant dans mon jeu, notamment par la liberté de choix qu’il m’offrait.


Que pensez-vous de votre performance ?
Je ne sais pas si j’ai été à la hauteur. Ma seule certitude, c’est que c’est assurément mon meilleur rôle, ma meilleure composition. Mais comme beaucoup d’autres acteurs, je ne sais pas si ce que j’ai donné est bon ou non. J’ai simplement donné le meilleur pour essayer d’être au niveau de ceux qui m’entouraient. En tout cas, j’ai adoré travailler ce rôle, donner vie à ce personnage notamment dans les situations si différentes qu’il traverse dans le film.



Que pensez-vous du film une fois terminé ?
Je pense que c’est un grand film. Il est excellent. Il explore les moindres aspects des relations et réactions humaines. Bien au-delà des grandes lignes de son histoire, il vous attrape et vous prend jusqu’à la fin. Il déborde de confiance et de dignité. J’aime la manière qu’il a de nous emmener. C’est un fantastique voyage auquel j’ai eu le privilège et la chance d’être convié.

Qu’attendez-vous du passage de Looking for Eric à Cannes ?
Je ne sais pas, je n’attends rien en particulier. C’est déjà fantastique d’avoir été retenu en Sélection Officielle et c’est un honneur que d’avoir contribué à un tel film. Mais ce que je retiens, c’est d’avoir pu œuvrer aux côtés de deux légendes, Mister Cantona et Mister Loach. Pour moi, ce dernier est un cinéaste fantastique et sa filmographie l’atteste, avec tant de grands films. Ce fut donc un vrai bonheur que de travailler avec des gens aussi talentueux qui vous accordent leur confiance et vous aident à vous dépasser. De fait, c’est le plus réussi des films auquel j’ai participé et j’en suis très fier.



Quels sont vos futurs projets ?
En ce moment, je suis impliqué dans une adaptation de Des Souris et des Hommes, mais le projet est en cours de montage financier et pour l’heure on ne sait toujours pas si le budget pourra être réuni pour tourner. Autrement, je rentre chez moi mercredi et dès le lendemain, j’ai une audition. Pour moi, c’est donc le quotidien du métier qui reprend son cours : attendre jusqu’au prochain rôle.

Propos traduits et recueillis par Daniel Louis
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