Vendredi, troisième jour du Festival, une journée marquée par la projection de l’un des films les plus attendus de ce cru 2007,
No Country For Old Men des frères Coen. Une adaptation véritablement impériale du roman de Cormac McCarthy, débordante de fantaisie en filigrane d’un axe mi western mi thriller, avec, devant la caméra, quatre comédiens au jeu décapant, se mouvant avec beaucoup d’humour dans l’univers des frères Coen. Javier Bardem exploitant notamment avec un cynisme irrésistible le créneau de la cruauté, mais je ne m’appesantirai pas plus sur cette explosive surprise, Romain venant de se lancer dans une longue critique de ce nouvel opus réussi de frères Coen. Ce qui est certain c’est que nous en ressortons tous les deux débordant d’entrain, excités et joyeux, ce qui n’est pas toujours le cas à Cannes.
Autre parenthèse intéressante, même si je suis personnellement quelque peu déçue par le résultat final,
L’avocat de la terreur de Barbet Schroeder, documentaire axé sur le parcours de l’avocat Jacques Vergès, communiste, anticolonialiste ayant viré dans le camp de l’extrême droite, soutenu des actes meurtriers, comme le génocide généré par les Khmers rouges au Cambodge. Un parcours énigmatique qui commence lors de la guerre d’Algérie lorsqu’il prend la défense de Djamila Bouhired dont il obtiendra la libération. Quelques années plus tard, l’homme disparaît soudainement, étrangement pour ressurgir huit ans plus tard. Il épouse alors la cause de violents terroristes comme Magdalena Kopp, Anis Naccache, Carlos, avant de soutenir Klaus Barbie. Si le sujet s’annonçait passionnant, le traitement qu’en fait Barbet Shroeder se révèle quelque peu surprenant. En choisissant en effet de trop donner la parole à Vergès, habile manipulateur, sachant parfaitement jouer avec son auditoire, à tel point qu’il réussit même à faire rire par moments, le réalisateur finit par le rendre sympathique, perd presque parfois le fil de son propos. S’il met à jour certaines connexions historiques, il n’est pas d’une part, assez synthétique, précis dans ses présentations et l’on finit par décrocher, d’autre part, il n’a pas assez axé son film sur des témoignages contradictoires venant mettre à jour la personnalité condamnable de Vergès.

J’enchaîne, j’enchaîne, c’est la folie cette année, il y a un nombre incroyable de films à découvrir et nous nous précipitons avec Romain de salle en salle en essayant de caser entre deux projections des interviews dont nous vous ferons profiter ultérieurement, Romain venant notamment de croiser Dario Argento. Pour ma part c’est avec
Boarding Gate d’Olivier Assayas que j’enchaîne. Une jeune femme, sensuelle, provocante, paumée, poussée par son patron avec lequel elle entretient une sulfureuse liaison, assassine son ancien amant. Manipulée sans le savoir, elle se retrouve broyée par de sordides révélations. Au-delà de la prestation d’Asia Argento et Michael Madsen dont le charisme sensuel accroche l’attention des spectateurs, la trame narrative de
Boarding Gate est d’une triste platitude. Le récit est d’un mortel ennui, il ne se passe quasiment rien, les rebondissements sont prévisibles et passées les premières vingt minutes le film s’essouffle terriblement. Plutôt que de peaufiner l’avancée de son histoire, le cinéaste s’est visiblement plus concentré sur la partie esthétique de son film, et il s’en dégage effectivement une véritable atmosphère, glauque, érotique, étouffante dans les décors, les effets de lumières, les choix de cadre, mais l’on ne retrouve malheureusement pas cette tension dans la continuité basique de l’histoire. Petite déception, donc, nous espérions un nouveau
Clean, Olivier Assayas semble avoir ici délaissé le fond pour la forme.
Après une petite virée au Martinez, un agréable entretien avec le chaleureux Guillermo Del Toro venu présenter à la fois le film de Juan Pablo Bayona,
L’orphelinat, qu’il soutient avec la passion qu’on lui connaît et l’édition DVD du
Labyrinthe de Pan dont il a entièrement supervisé le master et les suppléments, nous découvrons avec Romain le nouveau film de Christophe Honoré,
Les chansons d’amour, film dont la faiblesse et la prétention nous tétanise et que nous avons tous les deux littéralement détesté.
Cinéaste inégal mais attachant, Christophe Honoré semble depuis
Dans Paris se spécialiser dans les petites chroniques parisiennes recroquevillées sur elles-mêmes où un Antoine Doinel dandy des temps modernes (Louis Garrel) ravive l’esprit de la Nouvelle Vague et doit faire face à son égoïsme et ses choix existentiels. A travers des chassés-croisés amoureux, Honoré opte pour la désincarnation du jeu des acteurs (d’où l’absence de dramatisation et d’émotion) et propose des considérations sur l’amour, la mort et la vie dans un Paris grouillant. Quand il est très inspiré, il parvient à causer de choses graves et profondes en faisant mine d’être frivole et superficiel. Manière comme une autre de concevoir l’existence décalée.
Malheureusement,
Les chansons d’amour ressemble à une drôle d’histoire d’amour triste qui n’en finit plus de durer. Au-delà des affinités électives, des modifs bienvenues (plus d’apartés face caméra, merci bien) et des fantômes encombrants qui envahissent la texture du récit, Christophe Honoré construit une histoire obsolète, aussi passionnante qu’une sitcom acidulée politiquement correcte, qui aligne des vignettes clichés dans un grand esprit bobo parisianiste particulièrement irritant.
Je reprends quelques secondes le clavier et confirme les propos, le côté comédie musicale est raté, la mise en scène d’une fausse naïveté, pédante et horripilante, aucune légèreté, aucune fraîcheur, aucune émotion, les acteurs sont insipides et beaucoup trop méprisants devant la caméra. La présence de ce film à Cannes demeure une énigme, du moins pour nous (c’était peut-être pour rattraper les coups de
Ma mère, refusé en compétition officielle et
Dans Paris, meilleur bouche à oreille de l’an passé à la Quinzaine des réalisateurs ?). Une journée qui s’achève donc sur un petit coup de gueule, nous nous retrouvons demain pour le film autrichien,
Import Export de Ulrich Seidl, celui de Raphaël Nadjari,
Tehilim et
Souffle de Kim Ki-Duck.