Par Frédéric Ambroisine - publié le 13 novembre 2002 à 00h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 16h49 - 19 commentaire(s)
Responsable des nombreuses scènes explosives de Nid de Guêpes, perle du cinéma d'action made in France, dont la sortie DVD est prévue chez FPE pour le 22 janvier 2003, Alain Figlarz, le coordinateur des cascades physiques (chorégraphe, régleur, torche humaine etc...) du film de Florent Emilio Siri, nous parle de son métier qui aujourd'hui - et c'est tant mieux - tient une place de plus en plus importante dans le paysage cinématographique international.

DVDRAMA : Comment as-tu décidé de te lancer dans la cascade?

Alain Figlarz : Ma passion du film d'action a débutée quand j'ai découvert Bruce Lee. j'ai 14 ans en salle. Je suis en vacances à Brest avec mes parents, je m'emmerde, il pleut... Et là mon père regarde dans le journal "Tiens, si on allait voir un film?". On arrive dans la salle, hop, La Fureur Du Dragon sur grand écran, alors que j'était en camping. tu le crois, ça ? Mes parents avaient horreur de ce genre de film, et ne savait pas de quoi il s'agissait avant d'entrer dans la salle. Moi, je suis resté scotché. Dès mon retour à la maison, j'ai découpé des balais pour faire des nunchakus et c'est comme ça que c'est parti. Par contre, je pratiquais déjà les arts martiaux. J'ai commencé à l'âge de 5 ans. Karaté et judo, c'était déjà des sports que j'adorais. Mais le déclic artistique, je l'ai eu en voyant Bruce Lee. Là, mes deux passions étaient réunies, les arts martiaux et le cinéma. C'est devenu une grande motivation dans ma vie, à ce moment là. Hier j'étais fan, aujourd'hui, j'exerce la même profession que lui. Enfin presque, je suis principalement régleur-cascadeur et également comédien. Lui était comédien, réalisateur, cascadeur, et beaucoup d'autres choses.


Alain Figlarz s'enflamme pour Nid de Guêpes

DVDRAMA : Par quelles étapes es-tu passé pour en arriver au métier de cascadeur?

Alain Figlarz : Le sport de haut niveau. J'en ai pratiqué plusieurs sans être champion dans aucune des disciplines. Je ne suis pas un ancien champion, juste un ''sportif-artistique''. Je capture les mouvements et je les tourne ensuite à ma sauce, de façon à pouvoir rester crédible dans tout ce que je fais. Par exemple, pour tout ce qui est groupe tactique comme dans nid de guêpes, je me suis entraîné avec de vrais flics, avec de vrais militaires qui me conseillaient et ensuite, j'expliquais les choses aux comédiens non pas comme je les avais apprises mais comme je les voyais artistiquement. J'associais ma vision à quelque chose de très vrai. J'essaie de rester fidèle à la réalité, et on me le rend bien puisque j'ai souvent les félicitations des gens avec qui j'ai travaillé.

DVDRAMA : Tu as commencé en tant que simple cascadeur avant de devenir régleur?

Alain Figlarz : Oui, c'est Yves Reigner qui m'a donné ma chance, j'ai fait mon premier tournage grâce à lui, sur un commissaire Moulin. Il m'a vu en démonstration lors d'un spectacle d'arts martiaux avec des chutes, etc… Je l'avais monté avec un pote, Eric. Un soir, on a eu un coup de bol. On a remplacé des danseurs qui n'avaient pas pu venir pour une soirée. L'organisateur - un pote - m'a appelé pour sauver le coup. C'est comme qu'a commencé ma période ''combats illusion en boite de nuit''. Et ça plaisait de plus en plus. D'où la rencontre avec Yves.


Oumar Diaouré et Alain Figlarz / Alain Figlarz

DVDRAMA : En terme de combats, tu as une technique bien à toi...

Alain Figlarz : Oui, j'ai créé un style par rapport à toutes les techniques martiales que je connaissais : Jiu-jitsu, aïkido, taekwondo, etc… j'ai été chercher assez loin aussi dans le maniement d'armes. Tout ça a contribué au style Figlarz-Action.

DVDRAMA : Es-tu allé demander conseils à d'autres écoles de cascade ou à d'autres cascadeurs?

Alain Figlarz : Non, j'ai tout appris moi-même. Parce qu'à l'époque où on débutait, les cascadeurs étaient intouchables. Soit tu étais cascadeur, soit tu ne l'étais pas. Si tu n'es pas cascadeur, on ne te parle pas. Alors, comment devenir cascadeur, si le cascadeur ne veut pas que tu devienne cascadeur ? D'ailleurs, beaucoup d'entre eux me l'ont dit : ''on en reparlera dans dix ans''. C'est vrai qu'aujourd'hui, 10 ans après, j'ai compris ce qu'ils voulait me dire. Faut apprendre, faut chercher, se perfectionner… Il y a eu des remises en question chaque année, chaque mois parce que le cinéma est un milieu ultra fermé, ultra confidentiel. Dans la mesure où tu veux des responsabilités bien sur. Car si c'est juste pour faire de la figuration, pour une petite débrouille financière ou pour t'amuser, ça va. Mais si tu veux apporter quelque chose au sein d'une équipe, il faut s'imposer. c'est le régleur qui va donner le style technique du film, qui va fabriquer le fantasme du réalisateur, c'est une sacré responsabilité. Quand je suis entré là-dedans, ça a été un enfer. Qui j'étais ? je n'avais pas de parents dans le cinéma, rien. Il a fallu prouver, taper dans les portes, faire des bêtises aussi...

DVDRAMA : Quel genre ?

Alain Figlarz : Du genre répondre à un metteur en scène. Envoyer balader un mec qui est le patron sur le plateau, c'est pas malin. Il y a une hiérarchie, nous on vient de la rue, il nous a fallu apprendre. J'ai eu la chance de ne pas me griller totalement, parce qu'en fait, on ne te dit rien. On ne te dit pas ''fais gaffe''. Moi, on me l'a dit trop tard. Chaque fois que j'ai appris une leçon, je l'ai mise en application aussitôt. Par rapport à mon comportement, par rapport à la sécurité, etc… Maintenant, j'ai pigé et ça m'a pris effectivement 10-15 ans. Certains peuvent ne pas piger, parce qu'on est pas trop aidé dans ce métier.

DVDRAMA : Tu est passé de cascadeur à coordinateur des cascades quand tu as ouvert ton école…

Alain Figlarz : Par rapport à mon style, je pense qu'il est important de s'entraîner régulièrement. Si tu t'entraînes chez d'autres gens, tu vas dans des clubs, tu t'entraînes, point barre. Dans la mesure où je me suis fabriqué - et ce n'est pas de la mégalomanie - c'est donc mieux de m'entraîner au sein de ma structure. Je peux faire la fusion de toutes les disciplines à un endroit plutôt que de me déplacer, c'est pour ça que j'ai ma propre salle. Les cascadeurs qui veulent travailler avec moi sont forcément d'accords pour suivre un entraînement adéquat. Si c'est pour arriver sur un plateau, faire une action puis ''cut'' et attendre le prochain boulot, je me dis que c'est quand même assez limité techniquement. Aujourd'hui, je pense être capable de répondre à un metteur en scène chinois, japonais ou américain. Un metteur en scène à nationalité X. Parce qu'aujourd'hui, je connais mon travail, mais ça, parce que ça fait 16 ans que je m'entraîne 2,3 heures tous les jours. Donc si un réalisateur me demande une technique autre que celle qui ne lui plaît pas, je lui en fais voir jusqu'à ce qu'il y en ait une qui lui plaise. Si je ne donne pas une palette de plusieurs mouvements, ça ne peut pas faire la différence avec les autres. Je ne dis pas que je suis le meilleur, mais ma méthode c'est l'entraînement et l'anticipation. Ca commence à marcher et ça va de mieux en mieux.


Ingrid Chauvin se fait câbler par Alain Figlarz sur le tournage des Percutés

DVDRAMA : Parmi tes collaborations lesquelles t'ont déçues, lesquelles t'ont apporté quelque chose?

Alain Figlarz : Avec le recul, je n'ai jamais été vraiment déçu. Je croyais être déçu au début parce que je ne connaissais pas le cinéma. Par exemple, la première personne qui m'a donné une leçon, c'est Christian Fechner. Il m'a embauché sur Le Bâtard de Dieu, lui me parlait en langage de cinéma, moi je parlais avec mon langage qu'on peut traduire comme on veut. Il y a donc facilement eu incompatibilité d'humeur ou plutôt de dialogue. Donc est arrivé un moment où il m'a dit ''Alain, si tu veux faire du cinéma, faut que t'arrêtes de faire ci et ça…''. On s'est fâchés. A l'époque, je me disais qu'il m'avait déçu, 15 ans après, je me dis qu'il m'a sauvé la vie. Heureusement qu'il m'a dit la vérité en face. Il n'a pas été impressionné par ma technique ni ma personnalité. Il m'a fait comprendre qu'il fallait faire très attention, sans que ce soit des menaces. Quand on rentre par la petite porte, il faut se calmer et être à l'écoute. Donc, malgré les désaccords qu'il y a put avoir, tous mes collaborateurs m'ont rendu service.

Par contre, c'est vrai que certains metteurs en scènes peuvent être très agréables. Un film c'est une commande, donc on a pas à être copain. Si ça se fait tant mieux, sinon tant pis, le résultat c'est le film. J'ai fait une super belle rencontre sur The Bourne Idendity / La Mémoire Dans La Peau avec Matt Damon (NDLR : C'est Alain Figlarz qui a entrainé l'acteur). Doug Litman c'est un gars qu'il faut rencontrer! Moi, je suis un petit parisien, lui débarque de Los Angeles, un peu dans les vapes, très ''Show biz''. Et quand il met en scène, c'est très carré. Alors tu es en admiration. Pareil pour Brian De Palma, je suis devenu fou (NDLR : Alain Figlarz tient un petit rôle dans Femme Fatale - séquence du sex shop). A ce moment, j'oubliais que j'étais régleur-cascadeur, j'étais aspiré par le fanatisme du cinéma.

DVDRAMA : Pour tes projets, tu passes par un agent, tu fais de la promo ?

Alain Figlarz : Non, non. Mon style c'est le bouche à oreille. Je ne vend rien en cascade. Je n'attend pas non plus qu'on m'appelle. Je signale que j'existe, j'essaie de faire un bruit avec tout ce que j'ai déjà fait. Et quand un metteur en scène dit ''je veux l'équipe qui a fait tel film'', il tombe sur moi. Je ne suis pas un vendeur de chaussettes et je pense que c'est très mauvais d'inonder d'images. C'est mieux de travailler par réputation. Un metteur en scène en appelle un autre, un producteur en appelle un autre, un acteur en appelle un autre, un acteur appelle un producteur… et ça peut faire la farce. Bon, c'est vrai qu'aujourd'hui, je ne bosse pas tous les jours, mais je ne bosse qu'avec des gens qui ont envie de travailler avec moi.


Affiche ciné de Nid de Guêpes de Florent Emilio Siri (2002)

DVDRAMA : Parle moi de ta rencontre avec le réalisateur de Nid de guêpes.

Alain Figlarz : Coup de cœur ! Florent voulait des cascadeurs. Il a commencé à préparer son film comme n'importe quel metteur en scène. Florent qui est un mec hyper précis, a préférer ne pas dire oui aux premières équipes qui se présentaient. Et lorsqu'on s'est rencontré, il s'est passé un truc magique : il m'a raconté l'histoire de Nid de Guêpes et m'a posé 2,3 questions de mise en scène, comment je voyais telle ou telle séquence. Je lui ai balancé la sauce au niveau des séquences et ce qui est hallucinant, c'est qu'il me sort le story-board en me disant ''tu l'as regardé avant ou quoi ?''. On avait à peu près la même vision de l'action tous les deux. Quand les mecs tombent, on ne veut pas de matelas, ça doit être du vrai ! On veut de vraies acrobaties, l'équilibre, la forme physique des comédiens etc... et c'est comme ça qu'il a voulu bosser avec moi. Ce qui était pour lui à la fois un avantage et un inconvénient. Quand tu remplis la case qu'on te demande de remplir, ça va, mais quand tu l'inondes, ça empiète sur ses idées à lui. Il a donc fallu que je tempère et j'ai encore appris à être à l'écoute. J'ai compris sur le tournage qu'il fallait que je lui propose uniquement lorsqu'il me le demande. Chose pas très évidente quand c'est un film très action et très physique. Il m'a fait confiance à 100% sur la formation technique des comédiens. Ça c'est super bien passé avec Florent mais il fallait le comprendre, il est très ''space'''. Le producteur était là tous les jours très proche des comédiens également. C'était une bonne ambiance , tournage de nuit, 45 ou 47 nuits c'était très très dur !


Alain Figlarz et Nadia Farès sur le tournage de Nid de Guêpes

DVDRAMA : Avant le tournage, quelle a été la durée de formation pour les comédiens?

Alain Figlarz : Un mois et demi de formation pour Nadia Farez et toute l'équipe d'intervention du van de sécurité. Les autre comme Benoît Magimel et Sami Naceri, on ne les a pas trop entraînés pour leur laisser un peu les côté gauche de leur personnage qui ne sont pas habitués aux armes. Il fallait que la différence entre les deux styles soit évidente. Concernant les trois soldats d'élite, on a fait une formation de commando allemand pour l'allemand. L'italien a eu une formation un peu plus décontractée mais très technique. On voit qu'il aurait pu être du genre garde du corps pour Juge anti-mafia. Et le coté français européen RAID, GIGN avec Nadia Farez. Les comédiens en ont bavé, Nadia était super courageuse, elle a vraiment morflé. Elle n'y croyait plus et petit à petit, il y a u un résultat. Sur ce plateau l'équipe était très professionnelle, donc forcément, ça s'est bien passé.

DVDRAMA : Le film semble réglé de façon ultra-précise...

Alain Figlarz : C'est le résultat de 5 mois de travail. Florent avait un conseiller artistique avec qui il a fait tout le story-board, séquences par séquences, plan par plan. Chaque munitions, chaque explosions, tout était préparé... Florent y en a pas deux, y en a un ! C'est un petit Sam Peckinpah, hyper modeste bien sur et qui fait son petit travail tranquillement. Toujours gentil, pas un énervement sur le plateau. Tout est béton et ça se voit à l'écran. Toute ceux qui ont galéré à mettre des impacts partout, à monter des nacelles, ça c'est du travail d'équipe ! Moi et Oumar (NDLR : son fidèle collaborateur), on était vraiment derrière les comédiens toute la journée.


''Les comédiens en ont bavé...'' (de gauche à droite Nadia Farès, Benoît Magimel & Pascal Gregory)

DVDRAMA : Vous avez rencontré pas mal de difficultés techniques?

Alain Figlarz : Tous les jours. On devait faire tant de plans, et ce n'était pas une giga production. Il fallait faire vite et tenir le pari de faire un film d'action en France de très bon niveau. On n'a pas refait les cascades dix fois de suite! En plus, comme on était dans un endroit clos, ça devenait vite oppressant. Les dix premiers jours ça allait, et après ça a commencé à devenir de la routine. Et le cinéma ne doit pas être routinier! Du coup, notre travail, c'était d'avoir la patate tous les jours.

DVDRAMA : Comment s'est déroulé ta collaboration avec l'armurier ?

Alain Figlarz : Il s'agit de Patrice, avec qui je travaille régulièrement, un ancien de chez Maratier (le plus gros spécialiste des armes dans le cinéma français). On a fait des réunions, pour choisir les armes. Florent voulait également choisir des armes. Il en a même fait fabriquer pour les assaillants. Il a vraiment créé le design de son film. Pour le travail de sécurité, c'est toujours pareil, on ne reste pas devant les flammes, le canon doit être pointé vers le sol etc... C'est un rite avec l'armurier qui doit, bien sûr, garder son sang froid. Pour Nadia, on a étudié sa combinaison, son gilet pare-balles. Comme son personnage vient de l'armée française, on lui a donné un Famas et pas un Galil (NDLR : marques d'armes).


Sami Naceri, Alain Figlarz, Florent Emilio Siri et Giovanni Fiore Coltellacci sur le tournage de Nid de Guêpes

DVDRAMA : Quel fût ta réaction en voyant le film ?

Alain Figlarz : Je l'ai pris en pleine face en faisant ''Wouah!''. Et après on me tape sur l'épaule en me disant ''Alain, c'est toi qui l'a fait !''. C'est un rêve concrétisé. On a pas les moyens des américains mais on peut avoir un très bon cinéma d'action en France. Besson le dit depuis des années. Et je suis plutôt d'accord. Il y a 10 ans, quand je parlais d'arts martiaux on me disait d'arrêter avec mon karaté! Et aujourd'hui, on n'arrête pas de m’appeler pour régler des scènes de combats. C'est une sorte de petite revanche. Passer des boîtes de nuit au cinéma c'est quand même pas mal!


Alain Figlarz sur le tournage de Nid de Guêpes

DVDRAMA : Les projets ?

Alain Figlarz : Rien d'officiel pour l'instant. On a deux énormes films pour bientôt. Ça commence en décembre. Ça nous fera au total environ 1 an et demi de tournage. Des gros chantiers comme Nid de Guêpes avec des moyens un peu plus impressionnants. Un autre film doit également se faire, celui d'Olivier Marshall. Comme on lui a fait Gangster, on fera sûrement son prochain. Mais rien n'est signé, c'est donc un souhait. Faire le prochain film de Florent serait également un souhait. La plus grosse médaille de ce métier c'est quand même d'être repris par les gens. Il faut être sérieux dans ce qu'on fait. On ne fait pas de film d'action en maîtrisant juste le karaté ou en se débrouillant au stand de tir. C'est un gros travail de recherche. Avec Nid de Guêpes, on a amené énormément de gens au film d'action. Mes parents qui n'aiment pas ce genre de film adorent Nid de guêpes. J'ai également cherché à placer des acrobaties dans le film, j'ai réussi un peu grâce au personnage de Martial, mais dès que je partais en vrille, Florent était là pour me calmer. Il m'a un peu stressé à ce niveau mais c'est vrai que ça n'avait rien à voir avec le sujet du film. Il n'a pas dévié de sa ligne artistique et a tenu bon jusqu'au bout. C'est un génie ce mec !

  • Remerciements à toute l'équipe de FIGLARZ-ACTION pour son aimable collaboration (et les photos de tournage).
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