Par Alexandre Jumel - publié le 10 juillet 2007 à 00h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 19h05 - 4 commentaire(s)
L’espoir c’est ce qui nous maintient en vie. On espère toujours quelque chose, gagner plus d’argent, qu’untel guérisse d’une maladie, conclure avec la jolie brune du café… L’espoir c’est aussi une croyance, c’est croire en quelqu’un car cette personne a un fort potentielle. Excessif lance une nouvelle rubrique baptisée ESPOIR, elle mettra en lumière des jeunes acteurs et actrices avec cette capacité de devenir peut être, un comédien ou une comédienne incontournable du paysage cinématographique Français. Pour cette première fois nous avons rencontré la charmante Adèle Haenel.


Portrait
C’est dans les locaux de Haut et Court distribution que nous avons rendez vous avec Adèle Haenel. Elle sera à l’affiche du premier film de Céline Sciamma Naissance des pieuvres, qui sort le 15 aout 2007. Nous nous trouvons dans une petite salle, avec une table basse et des bouteilles d’eau. Nous attendons la jeune femme qui nous rejoint dix minutes plus tard. Décontractée, souriante et intelligente, elle nous livre son parcours, ses espoirs et ses craintes. Une rencontre avec une jolie pieuvre.

Son passé
L’évocation de son passé est mêlée de joie et de souffrance. Née dans une clinique du XII°, elle grandit dans une banlieue parisienne : « je n’ai jamais déménagé, je suis assez sédentaire à ce niveau là ». Sa mère est professeur dans le supérieur, son père est traducteur, elle a deux frères et une sœur. Très jeune elle tombe amoureuse du théâtre : « moi j’adorais, c’était ma grande passion », elle le pratiquait dans une de ces maisons de quartier populaire de Montreuil. C’est par hasard qu’elle est engagée sur son premier film Les Diables de Christophe Ruggia. Son frère avait été repéré lors d’un casting sauvage, il était pressenti pour jouer le rôle du garçon, le destin (plutôt le père d’Adèle) la pousse elle aussi à se rendre aux essais. C’est sans trop y croire que sa mère l’emmène et c’est avec surprise qu’elle est choisie pour jouer le rôle de Chloé, « j’avais 11 ans et je n’avais aucune formation professionnelle, je ne m’orientais pas du tout là dedans, pour moi ça tombait du ciel. Ce n’était vraiment pas quelque chose de prévu ! » La vie est faite de rencontres, et dans le monde du cinéma, une femme lui est très chère, c’est Christel Barras (directrice de casting), « Elle est très importante pour moi, elle a été présente sur les deux films » (Les diables et Naissance des pieuvres), « elle m’a encadrée sur le premier film et elle m’a amenée sur le deuxième ». Véronique Ruggia fait aussi partie de ces rares personnes en qui Adèle a confiance, « c’est elle qui m’a vraiment amené à jouer ». Son premier tournage est à la fois source de doux souvenirs (elle s’amusait beaucoup avec l’autre acteur Vincent Rottier), et de malaise lorsqu’on évoque le passage où elle est nue. « C’était dur, très dur c’est sûr, c’était une étape difficile il ne faut pas le cacher, c’est peut être lié à cette scène. Mais j’ai pris l’habitude de ne jamais parler de ce que je faisais. J’ai dit à très peu de monde que j’ai fait des films parce que j’avais peur du regard qu’on allait porter sur mon corps. L’adolescence a été tellement dure, je ne me reconnaissais plus vraiment avec les gens de mon âge, j’étais mal dans mon corps et du coup je ne voulais pas qu’on sache que j’ai fait un film où j’étais nue ! Mais aujourd’hui pour La Naissance des pieuvres ce n’est plus du tout le même rapport. C’est complètement différent, les Diables je n’ai jamais pu le voir vraiment ! Je ne peux pas le voir, l’image qui est renvoyée est difficile. »


Une chose est essentielle aux yeux d’Adèlè, c’est le travail. Un terme qu’elle utilise beaucoup lors de notre entretient : « pour moi le cinéma c’est le travail, tout ce qui est paillette ne m’intéresse pas ». C’est cette volonté de travailler et de ne dépendre de personne qui la pousse à s’écarter du cinéma pour poursuivre ses études. « Je pense que c’est très important, pour être libre il faut avoir des diplômes. Je sais que si je m’étais plongée à 12 ans dans le cinéma, ce qui aurait été possible car on m’a proposé 15 000 trucs, aujourd’hui je serais assez mal, tandis que là j’ai une base, mon éducation. Je lis beaucoup, j’ai des exigences car je suis en classe préparatoire, ça me forme, ce me permet de me protéger et d’être beaucoup plus solide, de ne pas partir en vrille. Je voulais vraiment être libre. Que personne ne décide pour moi ce que je vais faire plus tard. »


Son présent
C’est Christelle Barras qui l’aiguille sur le tournage de Naissance des pieuvres, elle lui propose de lire le scénario. La lecture du film l’a émerveillée « c’était super bien écris, ça se lisait très facilement ». On lui propose de jouer le rôle de Floriane, c’est tout naturellement qu’elle accepte, un personnage qui s’éloigne considérablement de celui qu’elle interprétait dans Les Diables. Le tournage du film de Céline Sciamma est aussi une grande satisfaction pour Adèle. Le personnage de Florianne pratique la nage synchronisée, Adèle a dû s’entraîner tous les matins pendant 4h dans l’eau, « c’était hyper dur physiquement, je n’ai jamais vu un sport aussi éprouvant. J’avais perdu trop de poids, j’étais devenue hyper carrée, d’ailleurs ça se voit dans le film ». Ces après-midi elle les passait en répétition.


Son Futur
Son avenir elle ne le voit pas clairement encore, mais ce qui est certain c’est qu’elle finit ses études, « j’aime bien apprendre, j’ai tellement peur de ne pas pouvoir décider moi-même de ce que je vais faire. Les études c’est le moyen d’être libre. » Lorsqu’on évoque une carrière internationale, Adèle rigole mais reste très lucide « c’est sympa Hollywood mais c’est vrai que pour être anonyme là-bas c’est mal parti ! Là c’est cool, Céline (ndrl Céline Sciamma) dit tout le temps qu’on est des stars anonymes. Elle a raison, moi je peux me balader dans la rue, ça ne pose aucun problème. Je pense que ça doit rendre assez fou d’être reconnu partout. Je n’ai rien contre les grosses productions hollywoodiennes, je trouve ça très bien ! C’est sûr ça donne envie ! Ce qui me plait dans le cinéma c’est que ça accélère la vie ! Là j’ai appris à faire de la natation synchronisée et j’adore, c’est génial ».

Elle porte un regard critique sur le festival de Cannes « je n’accroche pas vraiment, ça ne m’intéresse pas ! » Les paillettes et les fêtes sont assez éloignées de l’univers d’Adèle : « pour moi les plus beaux moments que j’ai vécus dans ma vie, ce sont des moments de tournage, Cannes c’est vraiment du pipeau à côté. »


Adèle au naturel
Mais l’entretien arrive bientôt à son terme et nous ne connaissons toujours pas les goûts de la jeune femme. Au cinéma elle adore Les Liaisons dangereuses de Stephen Frears, elle avoue avoir été agréablement surprise par le dernier Wong Kar-Wai (My Blueberry Nights) et détester Shrek le troisième. Les actrices qui la font rêver sont Sandrine Bonnaire et Nicole Kidman. Adèle est une fan de musique, ses influences sont principalement l’électro mais aussi la musique classique. Elle nous dévoile aussi à mi mots qu’elle écoute Mylène Farmer : « j’aime beaucoup son univers. »

Ici s’achève la rencontre avec la ravissante, la franche et sincère Adèle Haenel ! Nous nous reverrons certainement dans le futur pour une carrière qui se profile doucement mais sûrement.


Photos : Charlie Jalabert
Vos réactions


logAudience