Par Gwenael Tison - publié le 09 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 09 octobre 2009 à 16h20 - 1 commentaire(s)
Alors que le festival de Cannes bat son plein, de l'autre côté du globe, les plateformes de ventes de cinéma asiatique par Internet prennent de plus en plus d'importance. Grâce à des sites comme Yesasia, on peut en toute légalité se procurer des pépites en DVD et Blu-Ray inédites en France. À ce titre, on peut évoquer les deux monstrueux films de John Woo, Red Cliff : Part 1 & Part 2 (Les Trois Royaumes) dans leur version intégrale, loin du massacre du montage occidental. D'autres titres sont ainsi disponibles sans qu'on ne sache s'ils trouveront un jour le chemin des salles françaises ou celui du D.T.V. Ce qui est surprenant c'est qu'Ong Back 2 fasse partie du lot. Après l'immense succès qu'a rencontré le premier opus, le spectaculaire Tony Jaa a rempilé pour cette suite (qui n'en porte que le nom) à la seule condition qu'il réalise lui-même le film, évinçant Prachya Pinkaew qui était pourtant pressenti. Pour le jeune acteur, passer à la réalisation n'a pas dû être une mince affaire. À la barre de l'un des films les plus chers de l'histoire de la Thaïlande, Tony Jaa déjoue les attentes du spectateur et nous offre une œuvre, certes, perfectible, mais bien plus sombre, violente, et bad-ass que le premier opus. C'est simple, Ong Back 2 se révèle éminemment épique, torturé et jouissif, nous offrant près de 45 minutes de combat pour un film qui est fait le double.

ONG BACK 2
Un film de Tony Jaa
Avec Tony Jaa, Sorapong Chatree, Sarunyu Wongkrachang, Nirut Sirichanya, Santisuk Promsiri
Durée : 1h45



Durant le règne du Roi Rama II Ayutthaya un jeune garçon grandit parmi des villageois qui préservent la technique traditionnelle de la danse masquée de Khon. Il devient un banni quand il constate que ses membres n'ont pas été faits pour poursuivre la spécialité de ses ancêtres, mais avec le conseil d'un mystérieux gourou il développe un nouveau modèle du combat qui mélange la force des arts martiaux à l'élégance majestueuse de la danse de Khon. Il est alors prêt à sortir et à combattre l'ennemi.

Sans revenir sur les nombreux problèmes rencontrés pendant le tournage du film et qui firent les choux gras de la presse thaïlandaise, la réalisation du film a suivi incontestablement un processus long et douloureux, surtout pour Tony Jaa. Il en résulte un film bancal souffrant d'une générosité surexagérée pour les combats au mépris du scénario. Non pas que ce dernier soit inexistant, comme ce fut le cas avec le premier opus, mais la place que prennent les affrontements empiète sur les enjeux dramatiques du film. De plus, de nombreux personnages sont trop marqués, au point qu'ils deviennent stéréotypés. Visiblement Tony Jaa en fut parfaitement conscient, si bien qu'il est allé à l'essentiel en jouant sur le symbolisme et la dimension mythologique. Un mal pour un bien qui permet de proposer de nombreux niveaux de lecture, mais encore faut-il avoir les outils et la connaissance pour le faire, contraignant bien malgré lui une majorité du public occidental à n'en saisir que partiellement le sens.




La première chose que l'on remarque c'est évidemment la transposition que fait Tony Jaa en plantant le décor en pleine forêt thaïlandaise, prenant appui sur l'histoire de son pays. On est loin des décors urbains et contemporains du premier opus. Une rupture totale qui fait dire que cet Ong Back 2 n'a strictement rien à voir avec le précédent film, désirant uniquement profiter de la manne financière qu'un tel projet représente. Cependant, au-delà de l'aspect mercantile évident, le film impose un univers esthétique éminemment visuel avec des décors somptueux, bénéficiant d'une photographie remarquable. À cela s'ajoute une production design dantesque qui fait visiblement écho à celle de films comme Apocalypto. C'est simple, on a rarement vu ces dernières années une production thaïlandaise disposer d'un cinémascope aussi léché, réussissant à capter toute la beauté des décors naturels et celle des costumes. Le film jouit d'une mise en scène qui déploie une ampleur particulière, avec sa caméra en constant mouvement, offrant des plans amples et aériens. Ils épousent constamment l'action, préférant une captation dans la durée plutôt que céder à un sur-découpage. Une monstration, tout comme pour Apocalypto, qui se pare de ralentis classieux réussissant à insuffler aux séquences une dimension onirique, à la limite de la complaisance.



Mais là où Ong Back 2 fait fort, c'est dans la violence et la cruauté qui transpirent de la pellicule, incomparables avec l'esprit gonzo et comique du premier film. Nous n'avons pas droit à des têtes tranchées ou des membres arrachés, mais le film distille une atmosphère crasseuse et suintante qui ne lésine pas sur le sang et la violence des coups portés. Hommes, femmes et enfants sont logés à la même enseigne. Les lames lacèrent les chairs, les os craquent et les cascadeurs en pâtissent souvent, sans l'utilisation de tables (à une ou deux exceptions près). Une brutalité âpre qui bénéficie de truquages savamment orchestrés et harmonieux entre techniques classiques d'effets spéciaux et C.G.I.

Et les combats dans tout cela ! Le moins que l'on puisse dire, c'est que Tony Jaa s'est fait plaisir, trop peut-être, au point de larguer une partie du public. Le nombre de combats et leur durée (sans autres paroles que des "Yahhhh" à rallonge) est impressionnant tant par les prouesses physiques des acteurs que par les chorégraphies. Mais ce parti pris peut devenir pesant, voire lassant. Surtout que les défis en matière de cascade sont revus à la baisse. Le film comporte tout de même une poignée de séquences spectaculaires comme celle où Tony Jaa court sur le dos d'un troupeau d'éléphants en pleine course. Mais, c'est dans la dernière demi-heure que Jaa explose tout avec un affrontement quasi-ininterrompu qui s'enchaîne tambour battant. Un festival de combats, à main nue et à l'arme blanche, ingénieux et spectaculaire qui se renouvelle sans cesse grâce à l'utilisation de l'espace scénique ainsi que du décor. La vision "radicale" de Jaa se ressent même dans la fin du film qui refuse le happy end et propose une conclusion pessimiste et déstabilisante. In fine, Ong Back 2, reste une œuvre intrigante, non sans défauts, qui réussit néanmoins à imposer un univers d'une grande cohérence qui mériterait amplement d'être distribué ou édité dans l'hexagone.


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