On en parlait vendredi dernier. Après avoir passé à la moulinette les clichés dans ses précédents longs métrages aux titres évocateurs (
No Skin off my ass;
Hustler White;
Skin Gang), Bruce LaBruce zoome sur les babines sanguinolentes des zombies avec son dernier rejeton,
Otto; or, Up with Dead People, qui propose une nouveau mélange: le fantastique et la pornographie. La bande-annonce est disponible.
Avec
Otto; or, Up with Dead People. LaBruce fait mine d’emprunter les codes fantastiques du film de zombie pour les désamorcer à travers une critique sociale, une quête identitaire et un traitement atypique. Pour ainsi dire, il procède un peu à la manière de Andrew Parkinson sur
Moi, Zombie, chronique d’une douleur : montrer ce que l’on ne montre jamais dans les films de zombie. Dans les premières scènes (mélancoliques), on découvre le protagoniste, Otto, un jeune zombie paumé sur une route qui sent que quelque chose d’étrange se passe chez lui. Il se réfugie dans un parc d'attractions abandonné, ne dort jamais et, problématique pour un zombie, semble incapable de consommer de la chair humaine !
Post coïtum, zombie triste: Otto fait du stop jusqu’à Berlin. Au gré des pérégrinations, il rencontre comme par hasard une cinéaste. Fascinée, elle décide de réaliser un documentaire sur lui. Cette rencontre tombe plutôt bien puisque cette cinéaste essaye de terminer la réalisation de son long métrage (un film de zombie porno où politique rime avec lyrique).
Otto; or, Up with Dead People, tourné en Allemagne et présenté au dernier festival de Berlin, est avant tout décrit comme une fable moderne sur la solitude, le vide qui consume du dedans, la perte de soi dans un monde anonyme. Et, comme on pouvait s’y attendre, le "Reluctant Pornographer" – comme il aime à se présenter – a encore frappé un grand coup. L’apparition d’une cinéaste lesbienne comme personnage secondaire renvoie à
Super 81/2 et surtout à sa collaboration avec G.B. Jones. Faut-il y voir plus qu’une simple coïncidence? Ou l’envie de fomenter un film-somme? Peut-être, c'est sans doute ce qui fait sa mélancolie. Pèle mêle, on peut y voir des scènes de sexe crues qui piquent les yeux, une militante lesbienne qui dénonce le fascisme hétérosexuel en vigueur ou encore un zombie qui incarne, selon LaBruce, une métaphore du sida. D’ailleurs, symboliquement,
Otto; or, Up with Dead People a été tourné dans un cimetière Berlinois de personnes mortes du sida. Impossible de trouver plus mauvais goût. John Waters peut prendre sa retraite, Bruce La Bruce peut sortir de sa tombe. Le nouveau pape du trash qui fâche, c’est lui. Et personne d’autre.