Puisant ses racines dans les célèbres contes fantastiques de Pu SongLing,
Painted Skin est la dernière réalisation de
Gordon Chan, ex-figure majeure du cinéma hongkongais. À l'instar de
John Woo et
Tsui Hark, après une expérience désastreuse aux États-Unis,
Gordon Chan tente de trouver un nouveau souffle en privilégiant des productions exclusivement hongkongaises. Le premier volet d'une nouvelle trilogie intronisée par
Painted Skin arrive à point nommé, le film représentant sur le papier un des projets les plus ambitieux de
Gordon Chan en comparaison de ses dernières réalisations totalement désincarnées.
PAINTED SKIN (WA PEI)Un film de Gordon Chan
Avec Donnie Yen, Zhou Xun, Qi Yu Wu, Zhao Wei, Chan Kun, Betty Sun
Durée : 1h43
Plusieurs fois adaptée au cinéma, l'histoire de
Painted Skin nous plonge dans la période trouble des dynasties Han et Qin. Le film commence par l’attaque massive d'un groupe de soldats dirigés par le général Wang Sheng contre un campement de bandits et autres scélérats qui troublent l'ordre public. Pendant l'assaut, ils délivrent Xiao Wei, une superbe jeune femme mystérieusement prisonnière. Elle va tomber sous le charme du Général Wnag Sheng, hélas, cela est loin d'être réciproque, le coeur du Général étant déjà captif de la discrète et belle Pei Rong. D'étranges événements vont alors semer un climat de terreur avec le décès à répétitions d'hommes dont on a arraché le cœur. Pei Rong soupçonne Xiao Wei d'amer son mari en cachette et d'être à l'origine de ces mystérieux meurtres. Elle découvre alors que sous les apparences de Xiao Wei se cache une monstrueuse sorcière qui se nourrit de cœur humain pour conserver son apparente jeunesse.
Avec cette production Sino-Hongkongaise plutôt cossue,
Gordon Chan joue à la fois sur la dimension fantastique avec cette chasse aux sorcières et le romanesque flamboyant propre au Wu Xia Pian. L'esthétique formelle très maniérée bénéficie d'une production design riche et soignée dont Chang sait tirer le meilleur parti. Il cisèle un univers visuel cohérent et splendide, affichant de somptueux costumes et des décors souvent impressionnants. Le travail des lumières très typées renforce l'onirisme des séquences et permet au réalisateur de sculpter avec brio l'immense palais et ses alentours, devenant un terrain propice aux complots et aux classiques jeux de pouvoir.
Paradoxalement, la dimension fantastique intervient de manière très ponctuelle, tout comme les séquences d'actions, ce qui est regrettable et enlève beaucoup de l'intensité et de la richesse du script. En voulant renforcer la romance et le machiavélisme de la vile sorcière,
Gordon Chan s'enlise dans le romanesque avec un trio amoureux sans véritable envergure. On comprend bien qu'il cherche à mettre en évidence la subtilité avec laquelle il a travaillé ses deux principaux personnages féminins : elles agissent par amour pour le même homme pour des raisons diamétralement opposées, mais cela s'arrête là et ne va jamais plus loin. On le regrette d'autant plus que la part de fantastique était un atout majeur du conte originel, qui perd, hélas, en originalité et en intérêt. Le vacillement entre réel et fantastique est si ténu et conformiste que l'on a une sensation désagréable de déjà-vu.
Les combats bien trop rares sont pourtant très soignés et adroitement chorégraphiés par un maître en la matière, Stephen Tung Wei. Diablement dynamiques et survoltés, ils exploitent une galerie d'acteurs rodés aux séquences musclées, avec notamment la star Donnie Yen. Les prouesses physiques se marient à merveille avec la beauté plastique des combats. Cependant, il en résulte une impression étrange, comme si les séquences d'actions arrivaient de manière inattendue, comme un cheveu sur la soupe, s'intégrant avec difficulté dans la trame générale du film. Prises séparément, elles fonctionnent parfaitement, mais replacées dans leur contexte respectif, elles manquent singulièrement de cohérence et d'homogénéité.

Une impression qui, hélas, se fait sentir à nouveau par le choix des acteurs dont le jeu est dissonant. Le mix entre chinois et hongkongais aurait pu paraître subtil en permettant d'enrichir la diversité et la palette des personnages incarnés à l'écran. Or, la figure principale (Donnie Yen) joue de son physique et affiche une attitude débonnaire avec sa bouille de vainqueur au sourire enjôleur, a contrario de Jun Chen et des séduisantes Vicky Zhao Wei et Zhou Xun qui proposent un jeu bien plus subtil et en retenu. Le rythme du film s'en ressent immanquablement, entraînant une rupture de ton malencontreuse qui désarçonne.
On se doute que cette production sino-hongkongaise est immanquablement à l'origine de cette mixité imposée qui a du mal à fonctionner, comme si
Painted Skin représentait un film dans lequel se confrontent les méthodes propres au cinéma hongkongais et celle du cinéma chinois. Au lieu de trouver un terrain d'entente qui, idéalement serait la fusion des deux identités, ou de choisir une méthode aux dépens d'une autre, il n'en est rien. On se retrouve devant un collage de séquences hétérogènes qui réunit les ingrédients idéals à un grand film, mais qui, hélas, ne réussit que trop rarement à répondre aux attentes instaurées par un scénario maladroitement exploité.
Painted Skin se démarque donc des précédentes réalisations de
Gordon Chan, mais pas forcément pour de bonnes raisons. In fine, on regrette beaucoup que le réalisateur ne réussisse jamais à homogénéiser son film, délaissant trop l'action et le fantastique au profit du classique mélodrame. On espère qu'il ne réitère pas les mêmes erreurs sur les deux suites en projet et qu'il arrive à trouver un juste milieu qui nous redonnerait foi en son talent déchu. Pour les curieux qui ne connaitraient pas encore les contes de Pu Song Ling, on peut trouver l'intégralité traduite du chinois par André Lévy dans un coffret 2 volumes intitulé Chroniques de l'étrange paru aux éditions Philippe Picquier.