Par Denis Brusseaux - publié le 13 août 2008 à 00h05 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 16h44 - 4 commentaire(s)
A l’occasion de la sortie de Robocop, nous avons brièvement interviewé Peter Weller dont l’actualité cinéma semble s’être arrêtée et 1995 avec Screamers et Maudite Aphrodite. L’entretien porte exclusivement sur le film de Paul Verhoeven – Peter Weller n’ayant pas voulu revenir sur le pourtant très bon Buckaroo Banzai qui constitue l’autre face de son actualité DVD.

Vos films sont majoritairement composés de fantastique et d’action. Pourquoi ?
Je ne choisi pas les films pour leur genre d’appartenance mais pour les personnages. Par exemple, j’ai fait un film romantique, Le Nouvel Age, avec Michael Tolkien. Je me base sur le scénario et sur l’intérêt du rôle, uniquement. J’ai fait par exemple un film à Paris avec Antonioni, Par-delà les Nuages, qui n’est ni du fantastique, ni de la science-fiction.

Où se situait à vos yeux l’intérêt du film Robocop ?
J’avais vu tous les films de Paul Verhoeven avant de le rencontrer. La première fois qu’on s’est vu, je lui ai dit : ‘’Je sais que tu prépares un film sur la résurrection’’ (à mon avis, c’est le sujet de Robocop). Il a acquiescé. On en a beaucoup parlé. Il a voulu qu’on fasse des auditions, mais ça, ce n’est pas mon point fort. Il y a beaucoup de comédiens qui peuvent lire facilement un scénario, mais ce n’est pas mon cas. Je lui ai répondu que je préférais qu’on fasse directement des essais sur la gestuelle, mais il valait mieux se passer des auditions. Je lui ait un peu pris la tête, et au final j’ai décroché le rôle.

Vous êtes donc un partisan d’une lecture christique de Robocop, notamment à travers la mort et la résurrection du personnage central.
Si le film avait été fait par un américain, ça aurait probablement été très différent, beaucoup plus mélodramatique, plus ‘’exploitation’’. Mais Paul Verhoeven a d’excellentes connaissances en histoire médiévale et je finis en ce moment une maîtrise sur l’histoire médiévale et artistique de la Renaissance italienne et je vois de plus en plus , aujourd’hui, que Paul visait une lecture Gothique de cette histoire. Robocop est presque un chevalier médiéval. L’histoire de la crucifixion et de la résurrection est la plus belle histoire du monde du fait de la puissance de ce retour à la vie. Quand ma main est arrachée, c’est clairement un symbole de destruction, à rapprocher de la crucifixion, l’équivalent du clou planté sur la croix. Beaucoup de gens n’y voient qu’une mort graphique. Mais dans la version du DVD , on peut voir que ce n’est pas seulement sa main, mais tout son bras qui part en charpie. Ce ne sont pas des images qu’il faut prendre à la légère, comme un simple spectacle, à mon avis. On y est impliqué dans une mort puissante, impressionnante, comme a pu l’être la crucifixion du Christ. Verhoeven voulait une mort douloureuse, à l’inverse d’une simple décapitation. C’est la souffrance qui est au cœur de cette scène. Cette douleur réveille son âme à travers des rêves, des visions, et il revient à la vie en tant qu’être humain. C’est une relecture mythique et païenne, une version médiévale de la crucifixion. Au Moyen-age, les peintures et sculptures étaient choquantes, violentes et terrifiantes. C’est ce que Paul voulait.

La cité de Detroit et l’OCP incarnent-elles une sorte de concentré de tous les vices contre lesquels se bat Robocop. Quelle est la signification profonde de ce combat ?
Excellente question ! Le film me semble encore plus poignant aujourd’hui. L’influence dominante de la technologie occidentale opprime la tiers-monde et les classes ouvrières les plus pauvres. J’ai de la sympathie pour les gens qui sont exclus de la Globalisation Technologique de l’Ouest. Et je ne suis pas le seul. On trouvait déjà les prémices de ça dans Robocop. Cette Corporation qui veut arrêter le crime est animée de bons sentiments, mais leur méthode est inhumaine. Horriblement ironique. Et plus criminel encore que les gangsters qu’ils combattent. Ils provoquent la mort d’un homme pour en faire une machine. Paradoxalement, ils détruisent ce qu’ils sont supposés protéger, l’homme de la rue.

Y-a-t-il pour vous une évolution de cette vision entre les 2 Robocops ?
Je n’ai pas vu Robocop 2 depuis 15 ans. Mais il y manque cette dimension métaphysique, cette transformation inhérente au premier épisode. Il n’y a pas d’antagonisme moral entre Robocop et son adversaire, juste un affrontement physique plus banal. Le défi était moins grand que pour le film de Verhoeven.
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