Nouveau projet du tandem Alexandra Aja et Gregory Levasseur : Piranha 3D qui, comme son titre l'indique, sera projeté avec la nouvelle technique 3D ayant le vent en poupe à Hollywood. Remis de l'expérience Mirrors, le réalisateur de Haute Tension en profite pour rectifier un malentendu : ce ne sera pas un remake du classique de Joe Dante.
Piranha 3D a été présenté comme une sorte de remake du film de Joe Dante. J’aime bien le "une sorte de" et c’est très important (
il rit). Même pour
Mirrors… Je parlais avec des journalistes japonais parce que
Mirrors a été un gros succès là-bas vu qu’il est sorti pendant les fêtes de Noël. Ils trouvaient amusant que
Into the Mirror et
Mirrors soient deux films totalement différents sur un sujet similaire. C’est ça qui est intéressant, on a deux films pour le prix d’un vu que
Into the Mirror a lui aussi cartonné au Japon. Les gens ont perçu ces différences.
La colline a des yeux, c’était un vrai remake. On a repris les mêmes personnages, les mêmes situations. On les a juste développés en respectant le point de départ du film de Wes Craven et on a essayé de régler tous les problèmes qu’il avait laissé en chantier. En plus, on a essayé d’apporter des réponses et de faire ce vrai travail de remake, même si on prenait une vraie liberté par rapport à la fin.
Mirrors, je considère que c’est plus basé sur un film que sur l’idée de remake. En ce qui concerne
Piranha 3D, ce n’est absolument pas un remake. Il y a juste le titre en commun avec le film de Joe Dante. L’histoire est différente, notre décor est différent, nos situations sont différentes. Il n’y a absolument aucun point commun, si ce n’est que ça parle de piranhas.
Quelle direction souhaitez-vous prendre avec Piranha 3D? Ce que j’aime au cinéma, ce sont les personnages face à des situations uniques, inhabituelles, où la survie est en jeu, où l’horreur surgit là où on ne l’attend pas. Ces films amènent à nous mettre dans la position du héros pour nous questionner sur ce que nous ferions à leur place. On trouve ça dans tous les genres du cinéma, aussi bien dans les drames que dans les films historiques. Je pense que je pourrais trouver cette forme de cinéma dans d’autres genres que le cinéma fantastique ou horrifique à l’avenir. C’est sûr qu’un remake a plus de chance de cartonner au box-office qu’un film nouveau ou original aujourd’hui. En plus de ça, sans vouloir faire le prophète, si la révolution de la 3D arrive, et j’espère qu’elle arrivera parce que c’est une nouvelle technologie très intéressante, il est possible que l’on entre dans une nouvelle ère de remakes, quelque part un peu plus justifiés parce que ce seront des réinterprétations de tous les plus grands films avec de nouvelles techniques. Avec
Piranha 3D, je souhaite que l’intrigue soit ténue pour privilégier les plaisirs coupables comme on pouvait en trouver dans les années 70 avec de la nudité et du gore.
Avec le recul, quel est votre point de vue sur les remake? Après
La colline a des yeux (et même avant), Grégory et moi avons vu défiler tous les projets de remakes possibles et inimaginables. Et maintenant, j’avoue que ça commence un peu à me créer des allergies. J’en ai un peu marre de voir tous les films que j’adore se faire lifter. Il y avait quelque chose d’assez sain dans la manière dont à travers l’histoire du cinéma, les remakes non officiels se faisaient. Quand on voyait
Pulsions, de Brian de Palma, il n’y avait aucun doute sur l’influence de
Psychose sur le film. Il y avait une réinterprétation passionnante de la part de De Palma. De la même façon, quand on voit
Chromosome 3, de David Cronenberg et quand on voit
The Grudge après, ce n’est plus du tout la même histoire. Certains éléments sont proches, mais ce qui est intéressant c'est la manière dont le cinéaste japonais a digéré Cronenberg pour en faire quelque chose qui lui est propre. C’est ce qu’on a essayé de faire à l’époque pour
Haute Tension avec
Massacre à la tronçonneuse,
Halloween ou
La dernière maison sur la gauche. Il y avait vraiment ce côté digéré, assimilé pour reproduire quelque chose de différent. Maintenant, ce processus-là a disparu au profit d’un systématisme du remake. Pour la plupart, il y a une forme de paresse pour le Dieu Marketing.
Quelle liberté a-t-on lorsqu’on réalise un remake aux Etats-Unis? Contrairement aux apparences, j’ai eu une totale liberté sur
Mirrors dans le sens où c’est le scénario que l’on avait écrit et que l’on a adapté. La différence, c’est que le film a eu un parcours atypique. Aux Etats-Unis, il a moyennement marché au box-office, pas un échec mais pas un succès comme Kiefer Sutherland et moi-même pouvions l’espérer. La Fox avait envie de vendre le film comme un nouveau
shocker après
La colline a des yeux. Ce qui n’a jamais été son ambition. C’est vrai que je peux imaginer que ceux qui étaient restés sur
La colline a des yeux et sur cet esprit "survival extrême" - que j’adore par ailleurs -, ce n’était pas le sujet. Le film a été vendu comme un thriller surnaturel avec Kiefer Sutherland dans le reste du monde. Et ça a été un succès public qui a dépassé
La colline a des yeux. Je n’ai pas été brimé du tout. Dès le départ, je voulais faire ce film-là et dès le départ, je ne me suis pas positionné dans l’idée de faire un film d’horreur extrême. Mon intention, c’était de faire un thriller avec de vrais moments d’horreur pour créer l’immersion du personnage principal. Je ne voulais pas aller aussi loin que
La colline a des yeux. Cela aurait été hors sujet. Je voulais partir de la vie quotidienne et montrer le pouvoir des miroirs. La thématique des miroirs était plus large dans son sujet que les effets des retombées radioactives sur des villages de mineurs aux Etats-Unis. J’aurais pu faire un film plus intime, plus dans le sillage de David Cronenberg dans l’esprit et plus gore. A un moment donné, je me souviens que l’on a hésité. On n’a pas été brimé, du moins sur le résultat. En revanche, sur le processus de fabrication du film, ça a été un combat permanent. Le studio ne voulait pas entendre parler de la scène où Amy Smart s’arrache la mâchoire, ni même du meurtre en introduction.
La colline a des yeux, ce fut pareil. Il ne voulait pas entendre parler du drapeau américain, de l’hymne national.
Comment faire pour convaincre de la nécessité de placer certaines scènes ou certaines subversions? C’est toujours la même chose, comme en France. Il faut retrousser ses manches, avoir les meilleurs arguments, ne jamais lâcher… Et puis à force d’insister, on réussit à obtenir ce que l’on veut. La fin de
Haute Tension m’a formé pour ne plus lâcher quoi que ce soit par la suite. Il a toujours été question de schizophrénie et d’un retournement de situation à la manière d’un twist final. Mais le film n’était pas écrit comme ça. Cela commençait par le personnage de Cécile de France qui racontait son histoire dans une chambre d’hôpital. A la fin de l’histoire, elle sauvait Maïwenn, elle réussissait à se débarrasser de son tueur et on revenait dans la chambre d’hôpital. Et là, le médecin qui la suivait apportait un écran vidéo et un magnétoscope dans la chambre, et montrait la vidéo de surveillance de la station-service où on voyait que c’était elle qui avait massacrée le pompiste. Tout ce qu’elle venait de raconter était donc faux. Ça, c’était la véritable structure et cette structure-là ne posait aucun problème de logique et de cohérence. Ensuite, ce film a été très compliqué à monter. Au départ, on était en production indépendante. Un des coproducteurs d’une chaîne de télé hertzienne s’est retiré au dernier moment parce que il y a eu un fait-divers où un mec avec un masque de
Scream avait poignardé sa copine. Le film était voué à l’échec et Luc Besson est venu à notre secours. Sans lui, il n’aurait jamais existé. Il avait juste une demande : il adorait la fin et il voulait que ce twist ne soit pas un twist de dernière minute mais un twist de dernière bobine, c’est-à-dire les vingt dernières minutes. Evidemment, cela amenait beaucoup de problèmes mais cette fin amenait aussi une dimension de conte de fées. Le tueur qui se baisse pour l’embrasser et finit par devenir elle, il y avait quelque chose de symbolique et de beau qui avec le recul sied au film. Ce que je regrette, c’est qu’à l’époque, comme on avait un budget très réduit (
Haute tension a coûté 2 millions d’euros), c’est qu’on n’ait pas pu tourner deux fins. Parce qu’au moins, on aurait pu avoir une fin alternative qui ait un sens plus prosaïque. Cela aurait je pense répondu à beaucoup de questions que se posent les gens qui aiment
Haute Tension.
Propos recueillis par Romain Le Vern