Par Nicolas Lemâle - publié le 08 avril 2008 à 06h00 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 14h07 - 0 commentaire(s)
Un Harry Potter venu du froid...

Un seul regard sur les affiches et l'intrigue de Island of Lost Souls, blockbuster 100% danois, suffit à nous faire penser à la saga Harry Potter. Normal, le réalisateur et co-auteur du scénario Nikolaj Arcel ne cache pas ses intentions d'en remontrer à Hollywood avec cette aventure grand public, qui nous ramène illico aux temps glorieux des productions Amblin et des films de Spielberg. Sorti en 2007 dans son pays avec succès (ce qui n'est guère étonnant), Island of lost souls se révèle être un divertissement de première classe, à même de concurrencer le petit binoclard de Poudlard.


Comme dans toute grande histoire de fantasy, De fortabte sjaeles (son titre original, ah oui, c'est déjà moins facile, là !) nous conte un épisode de la lutte séculaire entre les forces du bien et du mal. Le bien n'étant, c'est connu, jamais si bien représenté que par les enfants, ce sont donc eux qui vont être les héros de cette saga nordique. Lulu et son frère Sylvester sont donc deux jeunes frères et soeurs pas très heureux de quitter Copenhague pour venir s'installer à la campagne avec leur mère, au bord de la mer. Bien qu'elle trouve du temps pour apprendre à connaître son timide voisin Oliver, et faire un peu de ouija dans son chambre (c'est une fan de paranormal...), Lulu s'ennuie ferme, du moins jusqu'à ce qu'un soir, une drôle de boule brillante ne pénètre dans la maison. Une âme en perdition, en réalité, qui possède d'un coup le turbulent Sylvester. La grande soeur finit par comprendre qu'en guise de changement de caractère, c'est plutôt une autre personne qui habite le garnement. Un magicien décédé voilà deux cent ans, Herman, rappelé d'entre les morts pour faire renaître la Loge, une secte de choc dédiée à la perte des sorciers et nécromanciers. Facile à dire, sauf qu'en faisant un mètre quarante et trente kilos tous mouillés, la partie n'est pas gagnée...


L'univers d'Island of lost souls, qui carbure à la magie, nous est d'emblée familier. Passé un prologue spectaculaire en diable, où résonnent déjà les premières notes de la splendide partition de Jane Antonia Cornish (qui imite, mais avec talent, le style John Williams), le film emprunte les sentiers balisés et parfois dangereux de la comédie familiale. Les quiproquos et les dialogues décalés accompagnent le changement de personnalité de Sylvester, interprété par un jeune acteur impressionnant, Lucas Munk Billing, qui passe en un regard du petit garçon énervant au vieux sage en mission. Intelligemment, Nikolaj Arcel limite son nombre de personnages et de décors, construisant patiemment son scénario autour du quartier résidentiel et de la fameuse île des âmes perdues, où la petite bande va devoir affronter un nécromancien lui aussi revenu de l'au-delà.


Contrairement à l'épopée de JK Rowling, le film se déroule dans notre monde moderne, et substitue aux baguettes magiques quelques machines farfelues inventées par l'impayable Ricard (on découvre notamment un taser expulseur d'âme !). Que les fanas d' « Expelliarum » se rassurent, héros comme vilains n'hésitent malgré tout pas à s'envoyer boules de feu et éclairs du plus bel effet dans la tête, avec une férocité qui étonne dans une production aussi calibrée. L'occasion d'admirer les superbes SFX réalisés par deux compagnies locales, Filmgate et Ghost Aps, intelligemment mis en valeur par une lumière bleutée et une action majoritairement nocturne. L'un des méchants les plus frappants du lot se révèle ainsi être un épouvantail particulièrement agile et véloce, possédé dans tous les sens du terme, et se déplaçant avec un petit bruit de foin tordu...plutôt effrayant.


Sur un rythme alerte, servi par un parfum d'aventure initiatique enivrant et des dialogues caustiques qui permettent d'éviter toute mièvrerie (Oliver est ainsi habité le temps d'une séquence irrésistible par l'âme d'un pilote de guerre allemand), Island of lost souls met tous les atouts de son côté pour ne pas décevoir. Certes, la mythologie bâtie autour de la Loge et de ses adversaires n'est guère originale. L'histoire d'amour qui réunit le malheureux Hermann et la puissante magicienne Léana même après leur disparition est même plutôt convenue, mais elle reste comme le reste du film traitée avec retenue. Pas d'excès de violons ou de connivence mal placée avec le spectateur : les auteurs savent pertinemment qu'ils ne révolutionneront pas le genre fantasy pour cette fois. Mais la simplicité, la vigueur et l'efficacité avec laquelle le tout est emballé force l'admiration, surtout lorsqu'on se surprend à suivre l'histoire dans la langue de Kierkegaard.


Bien que jeune réalisateur (il n'a que 36 ans), Nikolaj Arcel possède de l'expérience et beaucoup d'ambition. Difficile de savoir si cet admirateur de George Lucas (le look du nécromancien est clairement inspiré par l'Empereur de Star Wars, le bimoteur piloté dans le film porte l'immatriculation 1138...) souhaite se fabriquer un CV bétonné pour aller à Hollywood, mais il semble pourtant avoir compris les recettes pour fabriquer un succès. Son second film, Kongekabale, un thriller politique, avait déjà marqué le box-office germanique, et dans un genre différent, Island of Lost Souls a frappé encore plus fort. Le film est la plus grosse production danoise a être sortie sur grand écran, ainsi que l'un des plus gros succès locaux. Et vu la fin ouverte et jubilatoire qu'il offre à son film, il y a fort à parier que cette île pas si perdue ne soit que la première étape d'une nouvelle saga magique. Après tout, la lutte de cette Loge est éternelle...

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