L'été approche, entraînant dans son sillage vagues, coquillages, crustacés et grains de sables collant sous la plante des pieds en sortant de l'eau. Mais l'été rime également avec période estivale pour les grands studios, fonçant avec les coudées franches dans les salles obscures pour offrir le spectacle le plus épatant à des spectateurs toujours plus exigeants. De son côté, Warner mise sur
Poséidon, film catastrophe passe-partout ayant pas mal d'atouts dans sa manche puisque non content d'être mis en chantier par Wolfgang Petersen, l'un des faiseurs les moins honteux des carcans hollywoodien, il coince dans son navire Kurt Russel, Richard Dreyfuss et Josh Lucas. Le travail de post-production n'étant pas encore totalement achevé, Warner a néanmoins présenté à la presse vingt-cinq des premières minutes du film.
POSEIDONDe : Wolfgang Petersen
Avec Kurt Russel, Josh Lucas, Richard Dreyfuss, Emmy Rossum, Mia Mastreo, Jimmy Bennett
Durée : 1h38
Sortie le 14 Juin
Petite festivité en fin de matinée, avec cadeaux sous forme de t-shirts à l'effigie du film accompagnés d'un petit cocktail avec lequel les organisateurs auront eu le bon goût de ne pas proposer de fruits de mer. Mais le plus intéressant reste néanmoins le bunker souterrain, niché au sous-sol du siège de Warner à Neuilly, qui sert de salle de projection privée. Les lumières s'éteignent, et c'est un Wolfgang Petersen guilleret qui apparaît sur l'écran, confortablement installé devant son banc de montage, pour nous présenter un bébé dont il semble très fier. Tant mieux, l'homme nous ayant rarement habitué à de mauvais spectacles visuels transmet un goût pour le cinéma pop corn rapidement communicatif. Après nous avoir avertis que les effets numériques n'étaient pas encore achevés, et encore subjugué par les décors pharaoniques dont il a bénéficié, il s'attardera quelques secondes sur son plaisir de tourner avec trois générations d'acteurs du cinéma à grand spectacle réunis pour l'occasion. Non sans préciser que ses deux précédents films de bateau,
Das Boot et
En pleine Tempête, mettaient en scène des professionnels de l'univers maritime là où
Poseidon raconte l'aventure de gens comme lui et nous.

De gens comme nous à condition d'avoir grandi à Berverly Hills puisque très vite expédiés, les personnages proposés ici et à l'exception de quelques clins d'œil (la chanteuse kitsch, le joggeur matinal, le bambin malin) n'ont plus grand chose de commun avec le film original. On échappe ainsi au chemin de croix rédempteur symbolisé par la catastrophe pour le révérend impertinent que campait jadis Gene Hackman, pour s'offrir d'autres convenances : Kurt Russel en papa poule voyant d'un mauvais œil le petit copain de sa fille, ou un Josh Lucas bondien dans son smoking qui sourit à toutes les dames en plus de les complimenter. "Votre petit garçon est vraiment très intelligent" à quoi la maman répondra "Merci, j'en suis très fière. On boit du champagne ?". Un catalogue presque aussi usé que celui des 3 Suisses, avec la passagère clandestine, le cuistot sympa, le capitaine encore plus sympa, et surtout un Richard Dreyfuss dans la peau d'un vieil homosexuel (donc avec une boucle d'oreille) milliardaire sur le point de se jeter à l'eau façon Kate Winslet parce que son jeune minet de copain l'a plaqué avant d'embarquer. Suicide alors rapidement avorté par l'apparition de la fameuse vague géante, vue et revue dans la
bande annonce.
Car s'il est bien obligé de passer par quelques poncifs propres au genre, Petersen a très bien compris qu'il serait vain de réaliser une resucée de
Titanic, ses personnages étant bien moins étoffés, et décide de très rapidement tourner la page des présentations. Avec ses 98 minutes pour durée totale,
Poseidon n'a donc pas de temps de se perdre en palabres, et rentre tout de suite dans le vif du sujet (la vague géante) dès la première demi-heure. Déjà bien plus convaincant dans ce domaine, et malgré quelques scénarii tirés par les cheveux (
Alerte, Air Force One, Dans la Ligne de Mire, En pleine Tempête), si l'on laisse de côté la déconvenue
Troie, le réalisateur allemand confirme en quelques secondes qu'il n'a rien perdu de son savoir faire et nous livre un chavirage sous forme de tour de grand huit jubilatoire des plus prometteurs.
C'est en nous laissant un peu décontenancés que réapparaît soudainement le logo Warner sur l'écran après que l'énorme navire ait plongé l'ensemble de ses passagers dans le noir total. Effectivement, certains effets spéciaux nous laissent un peu dubitatifs, d'une part parce que le tout premier plan du Poseidon en 3D arbore des allures de
Air Force One version bateau, et que certaines incrustations des personnages numériques qui se déplacent sur le pont laissent un peu à désirer. Comme rejetés par les fonds bleus, c'est étrangement tous les décors virtuels (océan et le hall principal du navire avec sa pléiade d'ascenseurs) tournant autour de Josh Lucas uniquement qui se voient le plus. Des petits détails que le premier plan compense pourtant paradoxalement dès lors que la caméra s'aventure tout autour du bâtiment l'espace d'un long plan séquence au service du générique. Gageons que d'ici juin, les derniers des très nombreux effets numériques seront un peu plus peaufinés, car ce que nous avons découvert ensuite se montre des plus satisfaisants.

Une version longue de la bande annonce donne ainsi définitivement le ton : explosions, inondations, cabines d'ascenseurs s'écroulant comme des dominos, cris, larmes (donc orphelins à prévoir) et morceaux de bravoure tous azimut - Kurt Russel jouant à Tarzan avec sa fille agrippée sur son dos au dessus d'une salle de bal en flamme – au service d'un film catastrophe sans surprise, mais respectant le cahier des charges du cinéma à très grand spectacle. Alors
Poseidon, film attendu ? Peut-être. Mais ces quelques minutes dévoilées nous ont rappelé à quel point certains blockbuster justifiaient l'existence des immense écrans de multiplexe.
Ultime verdict rendu dans ces colonnes très prochainement…