Par - publié le 04 août 2008 à 21h03 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 16h58 - 0 commentaire(s)
Dans Sick Nurses, de Thosapol Siriwiwat et Peerapan Laoyont, des infirmières se consument d’amour pour un médecin crapuleux et sont agressées par un fantôme venu accomplir une vengeance implacable. Un festin sang-pour-sang gore made in Thaïlande, inédit en France et dernièrement présenté au NIFFF, qui bénéficie d’un engouement de plus en plus galopant chez les amateurs du genre. Effet de mode ou vraie révolution?



Peu connue en France, la production fantastique thaïlandaise propose régulièrement une variété de petits films reposant le plus souvent sur le même schéma: la présence d’esprits vindicatifs («phii» en thaïlandais) qui viennent harceler des personnages écrasés par la culpabilité. Le concept veut qu’ils se vengent de ceux qui ont provoqué leur perte. Ce ressort fonctionne d’autant mieux qu’en Thaïlande, la population est essentiellement bouddhiste. Encore maintenant, le genre reste dominé par des cinéastes comme les Pang bros (partis depuis aux Etats-Unis pour faire des remakes de leurs remakes), Nonzee Nimibutr – qui a beaucoup fait parler de lui à la fin des années 90 avec Nang Nak en se basant sur le mythe d'une femme morte en plein accouchement qui cessa de tourmenter les vivants lorsqu’elle eut l’assurance de retrouver son mari – ou encore Songyos Sugmakanas (Le Pensionnat). Mais les réussites de ce cinéma-là – qui contient aussi un nombre hallucinant de nanars – se comptent sur les doigts d’une main et trahissent des influences occidentales (reprendre des ficelles éprouvées pour les réactualiser dans un contexte local). Ce sont aussi les plus exportables parce qu’elles ne confrontent pas les spectateurs à la barrière culturelle. Dernièrement, c’est le cinéma Japonais qui a été le plus en vue avec le remake de Ringu, ayant permis à un cinéaste comme Hideo Nakata de travailler sur les terres Hollywoodiennes. Pour donner un exemple concret, La mort en ligne, le film le moins personnel et le plus accessible de Takashi Miike, a connu une relecture parce qu’il était dépourvu de la fantaisie provocatrice du cinéaste. Les jeunes Thosapol Siriwiwat et Peerapan Laoyont ont essayé de dynamiter cet attrait pour le cinéma Thaïlandais en proposant un divertissement psychotronique, d’une violence inouïe.


Calibré pour les amateurs de curiosités exotiques, Sick Nurses essaye de prendre le contre-pied d’une mouvance fantastique subtile établie en Thaïlande grâce à des cinéastes comme Nonzee Nimibutr et Songyos Sugmakanas où la suggestion prend le pas sur la représentation littérale de l’horreur. Là-bas, il peut être considéré à juste titre comme l'équivalent du Saw, de James Wan, pour sa violence froide et son absence de contrepoint moral. Sur le papier, ce film raconte l’histoire de jeunes infirmières toutes fascinées par un médecin douteux, confrontées à l’une d’elles revenue d’entre les morts et ivre de vengeance, sept jours après son assassinat. En fait, l’argument n’est qu’un prétexte pour repousser les limites du supportable dans une production aseptisée. L’effet de surprise (le pourquoi de la vengeance) étant divulgué d’entrée de jeu. Mais Sick Nurses obéit aussi à un cahier des charges. D’ailleurs, les règles de ce produit de commande à la fois sexy et horrifique ont été édictées par les producteurs de la Sahamongkol Films (Ong-Bak) qui veulent booster le genre en essayant de tirer profit de la liberté acquise au niveau de la violence par les membres du splat pack (Saw, Hostel). A défaut de maîtriser toutes les composantes du récit (mais ce n’est pas ce qu’on leur demande), Thosapol Siriwiwat et Peerapan Laoyont ont pour mission d’organiser des scènes de meurtre inventives et marquantes à défaut d’affirmer une identité. Pour cela, ils emploient comme de bons ouvriers les ressources du son et de l’image avec brutalité et violence. Ils ont été tellement loin que la première version de Sick Nurses fut rejetée par les producteurs, la jugeant trop hardcore. Ils leur ont demandé de remonter des scènes entières et d’accentuer l’humour au montage pour faire passer la pilule de certaines scènes trop trash.



C’est ce qui explique pourquoi le film est à la fois drôle (les scènes anodines qui servent de lien) et excessif (les passages gores). Ou encore pourquoi à un moment donné l’une des victimes prend sa douche toute habillée en lavant à la fois son corps et ses vêtements comme si elle était possédée. Trente ans plus tôt, la même scène tournée par Brian de Palma aurait montré l’actrice dans son plus simple appareil, si possible en train de se masturber (l’ouverture de Pulsions). Du coup, et c’est le gros défaut du film, Sick Nurses n’a plus aucun sens et se résume au statut anecdotique de vomitif pour ados en manque de frayeurs. Le meurtre de l’infirmière fantôme qui revient hanter les esprits est rapidement montré dans un pré-générique hystérique et surdécoupé (histoire de suivre une progression exponentielle dans la violence). Ensuite, un générique suggère les sept jours qui passent à travers une horloge de plus en plus entachée de sang. Après avoir posé les bases, le vrai film peut commencer. Sans surprise, la trame applique les codes de la vengeance surnaturelle en faisant surgir le désormais célèbre fantôme aux cheveux longs qui traque les victimes dans leur intimité. La présence de cette entité maléfique va faire exploser toutes les rancoeurs d’un hôpital de cœurs brisés. Comme dans un nunsploitation, les infirmières, en pleine déréliction, sont assimilées à des bonnes sœurs sexuellement frustrées qui épuisent leurs désirs sur le seul mâle de leur entourage (un médecin qui organise un trafic lucratif de morts avec leur complicité). C’est pour cette raison que le film paraît si peu érotique malgré une volonté d’érotiser les corps: Sick Nurses montre la folie induite par le manque et la rivalité. La seconde partie vise plus une violence graphique où les infirmières deviennent perverses (d’où le titre) et se cisaillent entre elles jusqu’à la scène finale qui évoque celle du Gozu, de Takashi Miike en moins malsain.


Dans ce bain de sang, personne ne mérite d’être sauvé, étant donné que l’hôpital est régi par la corruption (lors d’une cérémonie, le médecin passe pour quelqu’un de respectable) et que toutes les victimes féminines sont avant tout des meurtrières. C’est le défaut de sa qualité: l’intrigue se résume à un décompte, une succession de saynètes gores sophistiquées mais froides, incapables de générer une emprise émotionnelle sur le spectateur. Bien qu’amplifiés, les effets horrifiques sont directement empruntés à l’efficacité du cinéma japonais: Takashi Shimizu et surtout Hideo Nakata (Ringu) qui a remis au goût du jour la tradition des films d’horreur japonais des années 50-60 adaptant au cinéma les histoires populaires des théâtres Kabuki et Nô (La porte de l’enfer, de Teinosuke Kinugasa). Mais sans dessiner l’angoisse sur la texture du cauchemar tant narrative que visuelle, les deux cinéastes n’en conservent que la violence graphique sans psychologie en se revendiquant plus du cinéma d’exploitation que de la rhapsodie mortifère. On est moins dans une dimension sociale ou poétique à la Nakata qui se posait comme héritier de Tourneur et de Cocteau pas plus que l’on est dans la dimension théorique d’un Shimizu. Et l’on peut regretter ce manque d’ambition derrière les images qui l’aurait rendu marquant. Mais ce que le film perd en terreur, il le gagne en fun. Idéalement, sa courte durée permet de resserrer les évènements pour que l’on ne s’ennuie pas et d’organiser des séquences exorbitantes où les infirmières restantes, de plus en plus atteintes, finissent même par déguster un fœtus conservé dans du formol. Bon appétit mesdemoiselles.
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