Par - publié le 03 mars 2008 à 05h04 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 13h20 - 0 commentaire(s)
On n’avait plus de nouvelles du réalisateur vietnamien Tran Anh Hung depuis le très contemplatif A la verticale de l’été, réalisé il y a huit ans. Il pourrait revenir en force avec I come with the rain, un thriller fantastique très singulier tourné l’année dernière qui intrigue rien que par son casting international : la star teenage Josh Hartnett, Takuya Kimura, Tran Nu Yên-Khê (épouse du cinéaste et fil rouge de tous ses opus) et surtout le coréen Lee Byung-Hun (A Bittersweet Life).


Fort d’un budget de 18 millions de dollars, ce quatrième long métrage de Tran Anh Hung, une nouvelle fois produit par des fonds français dont Studio Canal, semble annoncer un virage radical dans la filmographie d’un cinéaste qui dans ses trois précédentes productions démontrait qu’il pouvait capter, comme pas grand monde, des sentiments essentiels dans des séquences qui répondaient en apparence à la plus rigoureuse simplicité (voir son remarquable premier film L’odeur de la papaye verte qui échappait aux pièges esthétisants en invitant le spectateur à se perdre dans un dédale langoureux et intime de sensations, de couleurs et de parfums). Soyons clairs : ce cinéaste-là est un esthète. Un aficionado du plan léché. Un chantre de la rigueur spartiate des plans et de la composition chromatique des décors qui construit ses fictions comme autant d’objets policés qui peuvent légitimement indisposer les uns à force d’esthétisme ostentatoire comme titiller singulièrement la fibre sensible des autres. Reste à savoir si ce nouveau film sera plus nerveux que les précédents. Son atout le plus sûr ? Sa faculté à projeter une force surprenante qui s’exprime à travers un discours déterminé et à opérer dans un registre plutôt sensoriel, utilisant toutes les ressources des images et du son. A l’avenir, il faudra peut-être lui reconnaître une capacité à manier avec la même aisance plusieurs formes d’expression très différentes.

L’histoire relate le parcours sinueux d’un ancien flic américain (Josh Hartnett), devenu détective privé et hanté par un tueur en série (l’inquiétant Elias Koteas, vu dans Crash, de David Cronenberg, et revu récemment dans Zodiac, de David Fincher) qui a provoqué sa perte. Il part à Hong Kong pour enquêter sur la disparition mystérieuse du fils d’un milliardaire chinois (Takuya Kimura) qui a le pouvoir de guérir en touchant. En compagnie d’un flic (Shawn Yue), il réussit à remonter jusqu’à un gangster local (Lee Byung-Hun) flanqué de sa petite amie (Tran Nu Yên-Khê).


Au-delà de l’intrigue policière teintée de fantastique somme toute conventionnelle, l’exigeant Tran Anh Hung qui ne badine pas avec ses personnages, devrait donner plus d’importance à la psychologie et l’atmosphère reflétant les états d’âme maussades du détective privé traumatisé à vie qu’aux rebondissements obligatoires induits par le contexte surnaturel. Le rythme, habituellement lent chez lui, pourrait être une aubaine pour donner plus de force à la dimension immersive et introspective et donc l’occasion à Hartnett de briller dans un rôle qui s’annonce assez ardu. La bande-son sera signée Gustavo Santaolla, collaborateur officiel d’Iñárritu, et Radiohead. Présence qui ne surprend pas lorsque l’on sait que le morceau Creep fut découvert (pour beaucoup) dans Cyclo, le second long métrage de Tran Anh Hung.
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