La tendance actuelle au survival en tant que genre cinématographique n'a pas épargné la France, puisqu'après l'Espagne (Les Proies de Gonzalo Lopez Gallego), l'Angleterre (Eden Lake, de James Watkins) et la Suède (Manhunt) de Patrik Syversen, voici que déboule Roches Rouges, le moyen métrage de Rodolphe Bonnet, un jeune réalisateur lyonnais de 31 ans qui bénéficie d'une certaine réputation dans le domaine des films d'horreur avec sa série parodique Friday 12th en 2 chapitres.
Rodolphe Bonnet, qui a déjà une bonne dizaine de réalisations derrière lui, a décidé en 2007 de s'attaquer au genre du survival avec Roches Rouges, lui qui dit aimer le genre horrifique pour toutes les possibilités narratives et visuelles qu'il peut offrir quand il est correctement maitrisé.
17 août 1997. Quatre amis quittent Grenoble pour se rendre au lac des Roches Rouges. Ils ne parviendront jamais à destination. Encore aujourd'hui, leur disparition reste un mystère pour les autorités et leurs proches.
Élevant de plusieurs crans son ambition, Rodolphe décide de mettre le paquet dans Roches Rouges (qui est quand même son dixième court-métrage) malgré un budget limité (d'un total d'environ 10.000 euros) par le choix compréhensible de l'autoproduction lui permettant de garder une totale liberté créative.
Le choix des comédiens se fait de manière assez scrupuleuse, l'interprétation est en effet assez souvent le secteur le plus défectueux des films de genre hexagonaux. 
Ici, pas d'acteurs connus mais des comédiens hyper-motivés prêts à s'engager corps et âme pour le film.
Parmi les principaux protagonistes de
Roches Rouges, on trouve notamment Emmanuel Bonami dans le rôle de "papa" (au look proche du Samuel Le Bihan de
Frontière(s)), sa voix n'est pas inconnue des gamers puisqu'il est le doubleur français de Solid Snake, le charismatique héros de la saga vidéo ludique
Metal Gear Solid.
Coté féminin, la jolie Sophie Chamoux explose à l'écran dans le rôle d'Emma. Rodolphe Bonnet aime d'ailleurs raconter que son choix s'est porté sur elle suite à son emploi de la méthode qui avait tant profité à Pascal Laugier sur
Martyrs, à savoir "choisir des comédiennes à la fois séduisantes et charismatiques qui accrochent l'œil et la sensibilité du spectateur". Sans rien dévoiler des rebondissements du film, la bouillante Sophie va littéralement se métamorphoser au fur et à mesure de l'intrigue et fait ressortir tout son incroyable potentiel de comédienne.
On la retrouvera d'ailleurs bientôt dans un autre film de genre gaulois, le long-métrage
Lady Blood, suite du précurseur 80's Baby Blood d'
Alain Robak.
Partant d'un pitch ultra-classique et largement inspiré des pierres angulaires du survival comme
Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper ou
The Descent de Neil Marshall, le film avance sur des chemins très balisés, mais son auteur certifie qu'il y a placé ses propres idées comme les méchants du film, baptisés "Papa et Maman", qui sont en fait un couple de psychotiques qui prend le temps de s'offrir une scène de ménage entre deux découpages de victimes.
Ces bourreaux sont censés apporter un peu de renouveau dans cette déjà longue lignée de bad guys dégénérés qui sévissent dans les films d'horreur, qu'ils soient rednecks dégénérés (
La Colline a des Yeux d'Alexandre Aja), néo-nazis consanguins (
Frontière(s), de Xavier Gens), baby-sitter hystérique (
A l'intérieur, de Julien Maury et Alexandre Bustillo) ou geôliers sadiques (
Martyrs de Pascal Laugier).
Le cadre dans lequel se déroule le film est également déstabilisant puisque suite à une malencontreuse indisponibilité de dernière minute, le tournage a dû se déplacer en catastrophe vers un endroit semblable à une caveau humide et glauque qui sied finalement fort bien à l'ambiance du film.
Imparfait mais enthousiasmant,
Roches Rouges vogue désormais de festivals en festivals, après sa participation en "hors compétition" au Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg, au festival COURT METRANGE de Rennes, à la GORENIGHT de Dunkerque et prochainement au très couru festival du court-métrage de Clermont Ferrand. Le film va probablement s'exporter dans d'autres manifestations internationales au cours de l'année 2009, et attirer l'attention sur son auteur, un jeune réalisateur prometteur et méritant qui déclare humblement prendre conscience du chemin qui lui reste à parcourir avant d'égaler un James Watkins, dont le récent
Eden Lake qui, d'après ses propres dire, lui a "filé une baffe monstrueuse."