Par Jean-Baptiste Guégan - publié le 04 décembre 2008 à 10h01 ,
MAJ le 19 février 2010 à 19h05 - 0 commentaire(s)
Le cinéma coréen affiche une santé honorable et Public Enemy returns en est la preuve manifeste. Troisième volet d’une série policière à la saveur incontournable, ce dernier a en effet compilé sur les derniers mois, plus de quatre millions d’entrées en salles. Reste maintenant à regarder de plus prêt ce qui a pu attirer autant de spectateurs devant le dernier épisode d’une des sagas les plus populaires de ces dernières années.

PUBLIC ENEMY RETURNS
Un film de Kang Woo-Suk
Titre original : Kang Chul-jung: Gonggongui jeog 1-1 ou Public Enemy 3
Avec Sol Kyung-gu, Jae-yeong Jeong, Won-hie Lim, Jeong-hak Kim, Shin-il Kang
Durée : 2h07
Sortie le 19 juin 2008 en Corée du Sud, date de sortie inconnue en France



Public Enemy 3 fait donc suite à Public Enemy sorti en 2002 et à Another Public Enemy sorti en 2005. Sequel à nouveau signé par Kang Woo-Suk, ce dernier explore toutefois un autre pan de l’univers policier et mafieux qu’il aborde d’habitude. En effet, Chul-jung Kang, le héros de la série qui incarne un détective aussi serviable que violemment imprévisible, commence à regretter son engagement. Harassé de dettes et dans l’impossibilité de vivre dignement avec Mimi, sa petite fille, notre homme peine à ne pas comprendre pourquoi son choix d’une vie sans fautes au service de autres, ne lui laisse que désagrément et l’empêche de s’en sortir. Par ailleurs, dans une évidente mais profitable opposition, Jae-Young, héraut de la criminalité locale, ne connait pas ces problèmes et pense davantage à la redoutable prospérité de ses affaires. Et cela quelqu’en soit le coût…

Un polar sans âme ni maestria

Avec une telle confrontation, Public Enemy returns inaugure d’emblée une lutte progressivement sanguinaire entre ses deux personnages centraux. De fait, s’attend-on aussi au regard du background des deux hommes, à plusieurs choses : un éventuel basculement de notre détective vers le crime pour profiter de ses talents, un durcissement de ses habitudes policières et un chasse à l’homme sans merci dans les deux sens. Le tout devant culminer dans une suite de climax époustouflants et nous tenir en haleine jusqu’au terme du métrage.



Hélas, là où les codes classiques du genre semblent posés avec simplicité, Kang Chul-jung: Gonggongui jeog 1-1 ne tient pas son pari et installe son propre ennui à notre détriment. Tout d’abord, visuellement, l’ensemble manque singulièrement de caractère et l’ambiance qu’il est censé distiller n’est que caricature et absence de stylisation. Loin des polars néo-contemporains offerts par Hong Kong sur la dernière décennie, le troisième volet de Public Enemy installe une monstration fade où la moindre originalité est absente. Pâtissant de cadrages sans saveur et d’un sur-éclairage, le film instaure sa monotonie visuelle durant plus de deux heures et l’on se prend à regretter les excès d’un Wilson Yip ou la maestria de Johnnie To.


En sus, le métrage policier réaliste qui semblait s’ouvrir vire bien trop vite vers la comédie dramatique poseuse et caricaturale. Certes, jusque là, cette option ne constitue pas en soi un problème majeur au regard de ce que le cinéma américain a su ouvrir comme horizon. Néanmoins, si l’on ajoute à cela un filmage poussif et sans imagination et une approche scénaristique trop lisible, Public Enemy 3 ne peut qu’insatisfaire, ne soutenant nullement la comparaison avec The Chaser par exemple.



De surcroît, très proche d’Eye to an Eye dans la caractérisation de ses personnages et assez sommaire dans sa trame narrative, Public Enemy returns déçoit et allonge son propos en multipliant les stéréotypes inutiles. En somme, on n’y croit guère et si l’on adhère un tant soit peu, le verdict final n’est reste pas moins lapidaire.

Kang Woo-Suk, le réalisateur de Silmido qui fut également le producteur de Volcano High confirme de fait un adage bien connu de tous les cinéphiles : les meilleurs épisodes des sagas au long cours sont rarement les troisièmes. En effet, à vouloir explorer à tous prix des personnages récurrents comme le cinéma asiatique en a l’habitude, il n’est pas rare que l’on perde vite en intérêt. Et Public Enemy returns ne déroge pas à l’érosion de telles histoires au long court. En somme, malhabile et sans folie, dépourvu d’ambitions réelles et mis en scène sans un scénario haletant, Kang Chul-jung: Gonggongui jeog 1-1 laissera un piètre souvenir aux amateurs du cinéma sud-coréen et aux aficionados du polar réaliste venu d’Asie du Sud-Est.

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Jean-Baptiste Guégan
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