Réalisateur culte de
Ne vous retournez pas (
ghost story sublimissime où la mort rode à Venise avec Julie Christie et Donald Sutherland) et Eurêka (Nicolas Roeg) (très étrange affaire de règlement de comptes), Nicolas Roeg revient au cinéma après plus de dix ans de silence. Son nouveau long métrage ?
Puffball, une étrange histoire de sorcières maléfiques qui n’a a priori pas grand-chose à voir avec
The Witches. Quoique. Une première bande-annonce permet de donner un aperçu.
Depuis
Performance (baptisé
Vanilla pour sa récente sortie en zone 2), chaque film de Nicolas Roeg (ou presque) est accueilli avec la même ferveur critique. Parce qu’il y a toujours quelque chose de mystérieux dans les œuvres de ce cinéaste révélé dans les années 70 qui a débuté comme chef-opérateur pour Corman et Schlesinger. On lui doit notamment
L'homme qui venait d'ailleurs,
Walkabout, Bad Timing ou encore
Ne vous retournez pas. Aujourd’hui encore, il continue contre toute attente d’œuvrer pour le septième art. Cette information est peut-être la plus enthousiasmante que l’on ait eu depuis l’annonce du Bad Biology confirmant le retour de Frank Henenlotter derrière la caméra ou, plus anciennement, du retour (encore hélas entre parenthèses) de Ken Russell. La guerre des anciens combattants a de quoi séduire les cinéphiles les plus aguerris, même si elle peut laisser planer un doute sur leur capacité à s’adapter à de nouvelles formes cinématographiques.
Ça n’a manifestement pas été un problème pour Roeg : avec
Puffball, il propose de suivre le parcours d’une jeune architecte (Kelly Reilly, prochainement dans
Eden Lake) qui achète un cottage en ruine dans une vallée isolée en Irlande pour le reconstruire. Le lieu n’est pas sans mystères et pourrait bien être hanté. Après avoir succombé à une incartade dans les bois pendant que son mari est en voyage d’affaires, la miss se retrouve subitement enceinte et suscite bien des ragots. Ses voisines (dont Miranda Richardson, revue dernièrement chez David Cronenberg et Richard Kelly), qui possèdent des dons de sorcières, voient d’un très mauvais œil la présence de cette femme dans le village et se liguent rapidement pour s’approprier l’enfant qui va naître. Pourquoi ? Et si Roeg continuait de jouer avec la chronologie ? Et si le cinéaste racontait au final une autre histoire ?
Nicolas Roeg se révèle toujours aussi proche d’une quête mystique perpétuelle, que ce soit par la croyance en l’au-delà et d’une force métaphysique qui dépasse les personnages (
Ne vous retournez pas) ou alors des rites vaudous (
Eurêka). Il adapte un scénario substantiel écrit par Fred Weldon (déjà auteur du roman dont il est adapté) et coscénarisé par son frère Dan. La progression lente et terrible de la réalité vers le fantastique est calibrée pour lui. L’argument surnaturel n’est pas sans évoquer Rosemary's baby, de Roman Polanski, mais il promet d’être traité avec la perversité encore plus triviale de Roeg qui, selon les premiers échos, n’a eu peur de rien, pas même du mauvais goût, en poussant notamment très loin la représentation de la sexualité à l’écran. Un sujet qui a toujours passionné le cinéaste. La bonne nouvelle, c’est que Donald Sutherland revient lui aussi hanter le cinéma de Roeg, des années après
Ne vous retournez pas. Reste à savoir si oui ou non ce petit film tourné avec des peanuts et sorti il y a peu aux Etats-Unis (dans la discrétion la plus totale) débarquera chez nous.