Par - publié le 29 août 2007 à 00h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 19h39 - 0 commentaire(s)
Assise à une table sous le soleil de la Croisette, Anamaria Marinca, jeune comédienne, est assaillie de dithyrambes le lendemain de la projection officielle de 4 mois, 3 semaines, 2 jours. Et pour cause. Elle explose dans cette plongée dans les enfers d’une Roumanie sous Ceausescu. Selon elle, le meilleur moyen de découvrir le film, c’est de ne rien en savoir. Elle a raison.


JE DECOUVRE UN PROJET EN BETON
J’étais à Londres lorsqu’il m’a demandé de lire le scénario. Je suis partie en Roumanie pour passer l’audition. Lorsque j’ai lu le script, j’ai ressenti l’urgence de raconter cette histoire. J’ai utilisé mon corps et mon esprit pour entrer dans le personnage. Au moment du tournage, j’essayais de faire du mieux que je pouvais. Pour être une artiste, mon père m’a toujours enseigné que si je ne trouvais pas une difficulté, je devais la trouver. Voire la créer. Le sujet contient une telle violence psychologique. De toute sorte. Quand on joue un tel personnage, on ne peut se permettre de penser qu’on est simplement en train de jouer. On vit un personnage. On ne peut pas jouer si on n’éprouve pas ce qu’on dit et ce qu’on pense. A aucun moment, je n’ai trouvé une scène difficile à jouer parce que je n’avais pas le droit de me plaindre. Je devais me plier aux intentions du metteur en scène. Quoi qu’il arrive.


J’AI UN BACKGROUND ARTISTIQUE
J’ai étudié le cinéma et le théâtre à l’Université pendant quatre ans. Lors des représentations, j’ai notamment joué des pièces écrites par des écrivains roumains contemporains qui étudiaient la condition des femmes. La pièce qui a eu le plus de succès était l’adaptation de 4.48 Psychose de Sarah Kane. J’ai également étudié le violon dès l’âge de 10 ans. A 18 ans, j’ai arrêté pour m’essayer à d’autres formes artistiques. Pour voir si j’étais capable de faire autre chose. J’ai une personnalité un peu sauvage, j’avais besoin de m’aventurer sur un terrain inconnu. J’aime les risques. C’est pourquoi je serai incapable de vous dire quel genre de personnages j’aimerais incarner plus tard ou quel univers de cinéastes serait susceptible de m’intéresser. J’adore plus que tout prendre de la distance et juste observer ce qui se passe autour de moi. C’est d’ailleurs là que réside la beauté du film. 4 mois, 3 semaines, 2 jours ressemble à un work in progress. On a tous travaillé ensemble pour apporter ce que l’on voulait. Comme on répétait une pièce de théâtre. C’était magnifique d’avoir un dialogue ouvert avec le créateur.


J’APPREHENDE LE CHOC
J’aimerais beaucoup savoir ce que les spectateurs ressentent lorsqu’ils sortent de la salle. Ce qu’ils ont vécu et ce qu’ils ont éprouvé. Le récit est assez imprévisible. Le mieux, c’est de ne pas savoir de quoi parle le film. Personnellement, en tant qu’actrice, je pense que ce qui me plaît le plus, c’est de transgresser les limites. Dans mon idée, il fallait à tout prix provoquer le spectateur. C’était mon challenge et celui des autres membres de l’équipe. Par exemple, c’est moi qui ai suggéré à Cristian l’idée du plan final pour questionner le spectateur. Si c’est de la fiction ou de la réalité. Finalement, le film ne parle pas que de deux filles perdues dans une Roumanie en 1987. L’histoire est intemporelle et très actuelle. Elle parle de notre liberté, notre dignité et de ce que nous sommes prêts à faire pour la conserver.


JE DECOUVRE UN REALISATEUR DE TALENT
Christian est un réalisateur extrêmement créatif. C’est difficile de ne pas l’apprécier. Ne serait-ce que parce qu’il laisse le temps aux acteurs de créer. Or, tout le monde sait très bien qu’au cinéma, on n’a jamais le temps de faire ce qu’on voudrait pour explorer toutes les possibilités. Avec lui, je sentais une forme de sécurité, presque de la bienveillance. Parce qu’il était là, avec moi, tout le temps. Non seulement il possède un don pour mettre en scène mais aussi des qualités de directeur d’acteurs. Il m’a surprise à me surpasser. En tant que metteur en scène, il devait créer une atmosphère. Malgré l’histoire très violente, on se sentait protégé. Je ne sais pas combien de temps je continuerai à être actrice mais tout ce que je peux dire, c’est que je savoure l’instant présent. Je serai incapable de vous dire comment je ressens le festival de Cannes. Je suis arrivée hier soir, juste avant la projection. Genre trente minutes avant que le film soit présenté. Mais je suis très contente d’être avec vous ici, par exemple.

Propos recueillis à Cannes par Romain Le Vern
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