Par Arnaud Olzeski - publié le 09 mars 2006 à 03h05 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h49 - 3 commentaire(s)
A quelques jours de la sortie sur nos écrans de Renaissance, nous avons rencontré le réalisateur et les scénaristes du film pour répondre à nos questions. Premier volet avec Christian Volckman, le réalisateur, autour de la naissance, de la technologie et des difficultés particulières de ce film novateur.



Excessif : Quelques mots sur votre parcours ?
Christian Volckman : J’ai fait une école d’art pendant cinq ans à Paris qui s’appelle l’ESAG, où on aborde plein de médias différents, la photo, le dessin, la peinture, le graphisme, et où la dernière année on réalise un rendu de fin d’année pendant six mois, qui consistait pour ma part en un dessin animé que j’ai réalisé tout seul dans ma chambre avec un crayon et une caméra super-8. C’étaient mes premiers pas dans l’animation. Puis le film a été vu par un producteur qui m’a amené à réaliser un clip pour Charlélie Couture et pour un groupe qui s’appelle Love Bizarre, et là j’ai pu expérimenter des choses de l’ordre de la prise de vue réelle avec des peintures par-dessus les personnages. J’ai toujours été attiré par le mix-média qui fait que l’on a un sentiment de réalisme mais un peu décalé. Puis en rencontrant Aton Soumache, avec qui on a créé une société de production, j’ai réalisé un court-métrage appelé Maaz, et lors de sa projection au festival Imagina, j’ai vu les premiers tests d’un jeune technicien, Marc Miance, qui avait fait les premières images en noir et blanc en capture de mouvement. En voyant ces images, j’ai été immédiatement attiré par celles-ci et j’ai pensé qu’il fallait faire un film comme cela. Avec Aton, on a cherché des scénaristes, et on a commencé à écrire l’histoire, et ensuite de nombreux intervenants sont venus, à la fois des graphistes, des dessinateurs, des architectes, des sculpteurs, des acteurs, pour mener cette aventure jusqu’au bout. A la différence d’un dessin animé presque expérimental, que l’on peut faire tout seul chez soi, là il faut être avec des équipes très compétentes qui participent énormément à la fabrication d’un tel film.



C’est un projet énorme pour un premier film…
Oui, c’est pas mal ! (rires) C’est lourd à porter mais s’entourer des bonnes personnes aide énormément. Il y a d’abord eu une équipe technique qui est venue au début pour développer l’univers graphique. Mais ensuite il y a eu tout l’aspect technologique et là il faut des gens très compétents qui travaillent des heures durant devant des écrans d’ordinateur pour modéliser toutes les intentions graphiques des personnages, des décors, etc. Ensuite, il y a une équipe qui va préparer le tournage en capture de mouvement qui est très particulier : on caste des comédiens réels qui savent jouer, viennent du théâtre ou du cinéma, et qui jouent leur rôle comme dans un film classique dans un espace assez réduit, mais revêtus d’une sorte de combinaison un peu aquatique où il y a des capteurs. Ils sont filmés à 360 degrés par des caméras infrarouges qui ne récupèrent que le mouvement des capteurs dans l’espace. Ce qui fait que dans un second temps, on peut réussir à reconstruire ces espèces de volume par les points, et former le squelette du futur comédien virtuel en photocopiant un peu les mouvements de l’acteur qui a joué le rôle. Donc là aussi, il faut des comédiens compétents qui amènent l’émotion aux personnages, et par la suite, il faut des chefs opérateurs virtuels qui viennent éclairer les scènes, des cadreurs, des monteurs, et puis la musique. Donc l’aventure est absolument fascinante, à chaque fois il y a des étapes complètement différentes, mais le réalisateur reste lui du début à la fin, c’est-à-dire que j’ai commencé en 1999 et j’ai fini en 2006. Il faut une résistance physique et mentale assez énorme mais qui est reboostée à certains moments, si on s’entoure des bonnes personnes, comme lors de l’intervention du directeur artistique, Pascal Valdès, à un moment où j’étais un peu perdu, ou avec les directeurs de production. C’est important de signaler que ce genre de films ne se fait qu’en équipe, et à la fois, il faut avoir une idée claire de ce que l’on veut faire. Même s’il y des ratés dans le film, des raccourcis ou des choses qui auraient pu être un peu mieux réussies, c’est quand même une réussite assez cohérente avec un ensemble qui tient la route, avec quand même une réflexion derrière et un travail conséquent. Après peut-être que la durée d’un film comme cela fait qu’il y avait des obsessions que j’avais à 28 ans et que je n’ai plus aujourd’hui. C’est malheureux, mais quand on se lance dans une telle aventure, il faut que dans les 2-3 premières années le film soit posé et que l’on ne touche plus à la structure scénaristique ni aux personnages. Donc c’est un peu difficile car on ne peut plus modifier l’intention artistique. Après, cela devient un travail quotidien de construction d’une sorte de pyramide où une fois les plans faits, il faut aller casser les pierres dans la carrière, les sculpter, les monter, et il faut ainsi beaucoup de corps de métiers.


Monter ce projet a donc été très difficile…
Oui, plusieurs fois on a eu l’impression que l’on n’irait pas jusqu’au bout. Il manquait de l’argent. Puis, l’argent est revenu et a été totalement employé à la fabrication du film. C’est vraiment un film d’artisans dans un premier temps, de gens qui donnent de leur temps et de leur énergie pour arriver au bout et qui ne sont pas dans un cinéma de stars avec des salaires mirobolants complètement décalés par rapport à la réalité de leurs efforts personnels. Là on est dans autre chose, comme pour Disney, Pixar ou Miyazaki, c’est un travail de longue haleine. Une première équipe de designers s’est ainsi arrêtée au bout de deux mois car il n’y avait plus d’argent. On a mis un certain temps avant de retrouver des fonds et retomber sur nos pattes pour relancer le film quelques mois après. Ensuite on a eu très peur à cause d’événements extérieurs, lorsque l’on a su que Le pôle Express de Zemeckis était en train de se faire avec un budget de 150 millions de dollars et la même technologie d’animation. On s’est dit qu’ils allaient nous écraser mais au vu du résultat, on était rassuré car ils ont fait des choix esthétiques d’hyperréalisme éloigné de notre projet et qui se révèlent un gouffre presque sans limite, puisqu’il faut reproduire à la perfection jusqu’au bouton de manchette. Mais on s’est dit « ça y est, on va encore se faire dépasser par les Américains ! ». Et puis, il y a eu Sin City… Un film comme le nôtre, c’est un paquebot qui traverse lentement l’Atlantique, et là aussi on s’est dit que les yachts américains allaient nous doubler… Alors on a vu un yacht Sin City nous dépasser, mais ils ont aussi utilisé une autre technologie et ça n’a rien à voir, même si la bande dessinée nous a beaucoup influencé pour trouver des solutions graphiques que Miller avait trouvées en BD. Mais c’est vrai que l’on a soufflé quand on a vu qu’ils n’avaient pas adapté la BD avec une image absolument contraste et en animation. Les dernières années ont été plus faciles avec le montage, l’éclairage et la musique qui nous confortaient dans l’idée que l’on arrivait au bout de cette aventure.



Comment avez-vous travaillé avec les scénaristes ?
Ça a été un dialogue permanent entre les intentions narratives et l’aspect visuel. C’est une confrontation entre l’objet scénaristique et le film, ui fait que l’on arrive à une intention cinématographique qui représente le film tel qu’il est aujourd’hui. On s’est influencés mutuellement.

Depuis Les triplettes de Belleville, le cinéma d’animation français pour adultes vit une espèce de renaissance…
J’avais adoré Les Triplettes… Mais je pense qu’il y a une tradition en France de l’ofni (objet filmique non identifié) animée avec René Laloux et Topor pour La planète sauvage, ou encore Le roi et l’oiseau de Paul Grimault, et d’autres essais comme Kaena de Chris Delaporte ou Bilal et son Immortel. Ou même avec Kirikou d’Ocelot. Donc j’ai l’impression que l’on fait partie d’une tradition de l’ofni animé. Après si les gens vont voir le film, j’espère que ça ouvrira la voie à d’autres films. Je sais que chez Onyx Films, il y a d’autres projets en cours. Skyland va développer en long métrage une série animée, et il y a d’autres projets derrière. Donc j’espère que cette aventure permettra à d’autres projets d’émerger, car c’est vrai que c’est un peu dommage aussi en France comme tradition de faire un one shot et de ne pas profiter après de toute l’infrastructure mise en place. J’espère aussi que le film permettra à l’animation française de voyager car on a fait une version anglaise pour qu’il soit distribué aux Etats-Unis, au Japon, et en Angleterre où les Anglais ont beaucoup aimé. J’espère voyager avec ce film pour toucher un autre public car l’animation permet justement de passer les frontières plus facilement grâce au fait que le dessin est plus universel.



Quels sont vos projets ?
Pour l’instant, j’ai plus trop l’énergie pour me relancer dans une aventure tout de suite, mais j’aimerais trouver une adéquation entre une histoire et une forme. Trouver le projet qui me motive au même point que Renaissance, que ce soit en prise de vue réelle ou en animation. J’ai avant tout envie de raconter une histoire et de me rapprocher de plus en plus du spectateur.

Propos recueillis par Arnaud Olzeski


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