Par CS - publié le 27 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 27 octobre 2009 à 11h41 - 19 commentaire(s)
Une affaire vieille de 31 ans. Un combat juridique des plus acharné. Roman Polanski a été arrêté samedi soir en Suisse alors qu'il se rendait au Festival du film de Zurich. Le réalisateur se déplaçait très peu et ne se rendait plus aux États-Unis, étant sous mandat d'arrêt pour le viol d'une mineure de 13 ans en 1978. La justice américaine en collaboration avec la police cantonale de Zurich et sous instruction du département fédéral de la justice, à Berne, l'a arrêté dès sa descente de l'avion. S'ouvre alors une course juridique dans laquelle l'avocat du réalisateur, Mr Georges Kiejman, a déclaré espérer que "les choses s'arrangent".

Placé en détention provisoire, le réalisateur franco-polonais est dans l'attente du mandat d'arrêt américain visant à son extradition prochaine vers les Etats-Unis. 40 jours, c'est le délai dont dispose la justice pour faire parvenir le mandat de demande d'extradition qui pourra alors être contesté et mis en appel par la défense de Roman Polanski.


C'est tout une mobilisation du milieu artistique et culturel européen qui se lève d'une seule voix pour prendre la défense de Roman Polanski, dénonçant alors les pratiques "pas très claires" de cette opération entre la Suisse et les États-Unis. Depuis deux jours tournent dans le milieu du cinéma une pétition déjà signée par une myriade d'artistes qui s'insurgent contre cette arrestation programmée depuis maintenant une semaine dès lors que les autorités américaines ont eu vent du voyage de Polanski en Suisse.

Costa-Gavras, Wong Kar-Wai, Fanny Ardant, Ettore Scola, Marco Bellocchio, Giuseppe Tornatore, Monica Bellucci, Abderrahmane Sissako, Tony Gatlif, Pierre Jolivet, Jean-Jacques Beineix, Paolo Sorrentino, Michele Placido, Barbet Schroeder, Gilles Jacob, et Bertrand Tavernier figurent dans les premiers noms sur la pétition. Ont également joint la cause la Cinémathèque Française, Le Festival de Cannes, La société des auteurs compositeurs dramatiques (SACD), l'ARP (Auteurs, réalisateurs et producteurs) ainsi que le groupe 25 images. "Les cinéastes et auteurs français, européens, américains et du monde entier, tiennent à affirmer leur consternation. Il est inadmissible qu'une manifestation culturelle internationale, rendant hommage à l'un des plus grands cinéastes contemporains, puisse être transformée en traquenard policier." ont déclaré les auteurs de la pétition. "Forts de leur extraterritorialité, les festivals de cinéma du monde entier ont toujours permis aux œuvres d'être montrées et de circuler et aux cinéastes de les présenter librement et en toute sécurité, même quand certains États voulaient s'y opposer. L'arrestation de Roman Polanski dans un pays neutre où il circulait et croyait pouvoir circuler librement jusqu'à ce jour, est une atteinte à cette tradition : elle ouvre la porte à des dérives dont nul aujourd'hui ne peut prévoir les effets" ont ils ajouté. "Roman Polanski est un citoyen français, un artiste de renommée internationale, désormais menacé d'être extradé. Cette extradition, si elle intervenait, serait lourde de conséquences et priverait le cinéaste de sa liberté", écrivent les signataires qui terminent : "Nous exigeons la remise en liberté immédiate de Roman Polanski."


A 76 ans, Roman Polanski se rendait au Festival du Film de Zurich pour y recevoir un prix lorsqu'il a été interpelé. C'est une procédure de plus de 31 ans pour une affaire de moeurs et viol sur mineure, intenté par le procureur de Los Angeles Steve Cooley, qui résulte aujourd'hui de l'arrestation du réalisateur. C'est un point d'honneur que s'est donné le District Attorney à faire régner la justice et à régler les affaires encore trainante. Profitant alors de l'abolition de toute prescription pour crime sexuel commis sur mineur récemment abrogé par un référendum helvète, Steve Cooley se voyait alors offrir une opportunité rêvée juridiquement pour une extradition du réalisateur vers les États-Unis.

Le ministre français de la culture Frédéric Mitterand a fait part de sa stupeur et a annoncé que Nicolas Sarkozy avait lui même déclaré souhaiter la libération de Polanski.

On peut cependant se poser la question de savoir si ces pratiques restent respectables dans un pays comme la Suisse et s’il n'y a pas un vice de procédure concernant cette arrestation programmée. Roman Polanski est aujourd'hui incarcéré provisoirement dans l'attente de la demande d'extradition américaine à laquelle il pourra encore faire appel.
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