Par Jean-Baptiste Guégan - publié le 18 mai 2007 à 00h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h38 - 0 commentaire(s)
Dans les arcanes de la plus grande manifestation de cinéma du monde, nombre de parcours filmiques et de conquêtes atypiques sont laissés à la seule discrétion des puristes, des critiques et des livres d’Histoire. L’écrasante et insatiable Sélection Officielle à elle seule polarise et attire en effet tous les regards, s’installant au cœur même de l’événement. Elle en donne le rythme et du point de vue médiatique, elle demeure maîtresse des lieux, régnant autocrate et absolue.

Du moins, jusques aux années 1960, tel était le cas. Le quotidien du festivalier et du sélectionneur, alors plus enclins à s’occuper de politique et de diplomatie, ressemblait davantage à un jeu de dupes qui consistait sur fond d’intérêts évidents, à flatter et à ne surtout pas déplaire.


Mais c’était sans compter sur l’affirmation de la critique et de ses auteurs qui se réclamant le droit de juger, pointaient de leurs plumes acérées la dépendance du Festival International du Film. Et principalement son absence d’autonomie en matière de choix et de sélection artistique.

Le coup fut porté et toucha, d’autant plus qu’il ne cessa de se répéter, précis, imparable. Au départ, ce fut insensible et rares furent ceux qui prirent de suite la mesure de ce qui se passait. Ainsi, en 1962, ce fut la Semaine Internationale de la Critique qui vit tout d’abord le jour avant qu’un mois de mai aux accents révolutionnaires ne vienne profondément bouleverser le paysage cinéphilique cannois. L’heure était venue pour la Quinzaine des réalisateurs, c’était en 1969. C’était avant que ne se créent pléthore d’autres sélections, Un certain regard, Cinéfondation, la Caméra d’Or...


Le Festival allait donc profondément évoluer de l’aube naissante des années 1960 jusqu’à son terme. Et contre toute attente, ce fut pourtant en s’appuyant sur cette contestation qui aurait pu et du l’affaiblir qu’il gagna sa liberté. La preuve de la force clairvoyante de ses Délégués généraux était faite, de Robert Favre le Bret à Maurice Bessy, à savoir récupérer, incorporer et se servir des propres critiques et inimitiés que le Festival suscitait à son pur profit. La Semaine de la Critique et la Quinzaine des Réalisateurs sont depuis lors clairement intégrées à la manifestation cannoise bien loin de tout esprit de dissidence et s’inscrivent en parfait complément de la Sélection officielle.


La Semaine de la Critique, une histoire de la jeunesse

Parmi ces cheminements parallèles, revenons et attardons nous sur l’un des plus exquis, celui qui depuis bientôt quarante-six éditions ne cesse de surprendre, de choquer ou d’étonner, la Semaine Internationale de la Critique.

A ses origines, voulue, portée et organisée par le Syndicat français de la critique de cinéma, La Semaine internationale de la critique est née avec pour ambition « de mettre à l’honneur les premières et deuxièmes œuvres des cinéastes du monde entier ». La perspective tracée était donc claire, insister non pas sur les valeurs sûres, ne pas succomber aux inclinaisons commerçantes et aux intérêts bien compris pour a contrario de ce que faisait le Festival d’alors, ne privilégier que la jeunesse talentueuse, l’expérimentation de formes cinématographiques nouvelles, en somme l’avenir du cinéma.


Pour atteindre une telle ambition, la Semaine internationale de la critique ne sélectionne ainsi que sept longs métrages et leur attribue une récompense, le Grand Prix de la Semaine de la Critique. Remis et décerné par les journalistes et critiques qui en composent le comité de délibération, elle privilégie donc le couronnement d’un grand film parmi une sélection déjà très exigeante et artistiquement plus qu’impressionnante de qualité. En sus de cela, elle s’est toujours ouverte en dehors de cette veine compétitive à d’autres films qu’elle expose et montre hors compétition et à un autre format, moins reconnu et pourtant tout aussi exemplaire de ce que la Semaine de la Critique a toujours recherché : le court-métrage et ses nouveautés.

Ce qui prouve notamment sa réussite et cette boulimique envie de défricher, de découvrir et de montrer, ce sont ceux qu’en tant d’édition, elle a découverts, sélectionnés et fait connaître. Sur ce point d’ailleurs, il n’est pas rare de voir que certains cinéastes désormais incontournables et essentiels sont passés par les délicates sélections de la Semaine ou de la Quinzaine, allant souvent de l’une à l’autre de manifestations, pour ensuite prétendre et gagner la Sélection Officielle. Alcôves et antichambre d’un cinéma qui repense le monde, la Semaine de la Critique est ainsi un véritable laboratoire qui chaque année radioscopie l’état du cinéma mondial en complémentarité, pour ne pas dire en osmose avec la Quinzaine des Réalisateurs. A tel point que la compétition entre elles deux et l’officielle s’affiche parfois clairement, permettant à un film de passer des salles de l’une pour gagner l’autre, plus cérémonieuse et avec elle de gravir les sacro-saintes marches du Palais du Festival.


Ainsi, Gaël Garcia Bernal qui enfilera cette année les atours d’ambassadeur de la Semaine Internationale de la critique, présentera son premier long métrage en séance spéciale, Déficit comme l’avait fait avant lui Gaspar Noé, invité principal de la précédente manifestation avec Destricted, sorti il y a peu dans nos salles. Mais le rappeler, c’est aussi souligner que nombre d’autres se sont inscrits dans cette filiation qui aboutit ces deux dernières années avec de si jeunes et prometteurs auteurs. Ce sont ainsi Bernardo Bertolucci et Ken Loach, tous deux passés également par la Quinzaine qui connurent les mérites d’une sélection pour la Semaine Internationale de la Critique. De même, il faut aussi relever les noms de cinéastes parmi les plus marquants de notre temps, Wong Kar Wai, Gonzalez Iñarritu ou encore d’Emanuele Crialese, tous depuis primés dans les grandes sélections mondiales mais aussi des Français que sont Jacques Audiard, Arnaud Desplechin, François Ozon ou Julie Bertuccelli qui tous ont bénéficié des attentions et des talents des découvreurs de la manifestation pour faire leurs premiers pas en festival.

Considérer la Semaine de la Critique à sa juste valeur n’est donc pas une mince affaire car parmi les presque inconnus qu’elle rassemble figure à coup sûr le ou les cinéastes qui marqueront au moins leur temps, du moins le devenir du médium. Parce qu’elle remplit les fonctions de recherche et de sélection que nous pourrait se permettre la sélection officielle, la Semaine Internationale de la Critique est le lieu idéal où admirer ce que sera le cinéma de demain.

Le Site

Films en sélection

  • Les méduses (Meduzot) de Etgar Keret & Shira Geffen
  • XXY de Lucía Puenzo
  • Parpados Azules de Ernesto Contreras
  • Voleurs de chevaux de Micha Wald
  • Nos retrouvailles de David Oelhoffen
  • Funukedomo, kanashimi no ai wo misero de Daihachi Yoshida
  • La voie lactée (A via lactea) de Lina Chamie
  • Héros de Bruno Merle

    Séances spéciales

  • Deficit de Gael Garcia Bernal
  • Yo de Rafa Cortéz
  • Ezra de Newton Aduaka
  • El asaltante de Pablo Fendrik
  • Expired de Cecilia Miniucchi
  • The Mosquito problem and other stories de Andrey Paounov
  • A l'intérieur de Julien Maury & Alexandre Bustillo
  • El Orfanato de Juan Antonio Bayona
  • Les Mauvaises habitudes (Malos habitos) de Simón Bross
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