Dans les arcanes de la plus grande manifestation de cinéma du monde, nombre de parcours filmiques et de conquêtes atypiques sont laissés à la seule discrétion des puristes, des critiques et des livres d’Histoire. L’écrasante et insatiable Sélection Officielle à elle seule polarise et attire en effet tous les regards, s’installant au cœur même de l’événement. Elle en donne le rythme et du point de vue médiatique, elle demeure maîtresse des lieux, régnant autocrate et absolue.
Du moins, jusques aux années 1960, tel était le cas. Le quotidien du festivalier et du sélectionneur, alors plus enclins à s’occuper de politique et de diplomatie, ressemblait davantage à un jeu de dupes qui consistait sur fond d’intérêts évidents, à flatter et à ne surtout pas déplaire.

Mais c’était sans compter sur l’affirmation de la critique et de ses auteurs qui se réclamant le droit de juger, pointaient de leurs plumes acérées la dépendance du Festival International du Film. Et principalement son absence d’autonomie en matière de choix et de sélection artistique.
Le coup fut porté et toucha, d’autant plus qu’il ne cessa de se répéter, précis, imparable. Au départ, ce fut insensible et rares furent ceux qui prirent de suite la mesure de ce qui se passait. Ainsi, en 1962, ce fut la Semaine Internationale de la Critique qui vit tout d’abord le jour avant qu’un mois de mai aux accents révolutionnaires ne vienne profondément bouleverser le paysage cinéphilique cannois. L’heure était venue pour la Quinzaine des réalisateurs, c’était en 1969. C’était avant que ne se créent pléthore d’autres sélections, Un certain regard, Cinéfondation, la Caméra d’Or...