Par Rafik Djoumi - publié le 06 juin 2008 à 15h02 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h56 - 1 commentaire(s)
On peut maintenant affirmer sans risque que l'admirable Shaun of the Dead a livré les clés nécessaires sur la façon d'aborder un cinéma fantastique à petit budget en Europe, à la fois comique, respectueux du genre, et offrant une véritable alternative aux influences mal digérées des continents américains et asiatiques. Sans atteindre l'exploit pré-cité, Severance s'engouffre dans cette brèche récemment ouverte par Simon Pegg et Edgar Wright, cette fois-ci sous l'angle du slasher et du film de boogey-man. Severance
GB/Hongrie
Réalisé par Christopher Smith
Avec Danny Dyer, Laura Harris, Tim McInnerny

Shaun of the Slash

La structure demeure sensiblement la même : 1) une mise en place de caractères loufoques voire exagérément stéréotypés (dans la droite lignée des séries humoristiques british). 2) Une rencontre avec l'élément fantastique, où les situations sont désamorcées par les réactions inadaptées de ces personnages, voire leur manque de réaction tout court. 3) Un climax sous forme de survival, où le premier degré l'emporte même si les gags demeurent.

Severance voit donc un groupe d'employés de bureau s'offrir une virée paint-ballesque dans une région paumée de Hongrie, où les attend une troupe de soldats sadiques fraîchement débarqués d'un Srebrenica quelconque. "The Office rencontre Deliverance" annonce fièrement le réalisateur Christopher Smith (déjà auteur d'un Creep plutôt bien accueilli par les geeks en 2004). Nonobstant certaines règles du survival, il n'y a ici ni provocation, ni justification, ni échanges dialogués entre les parties; le groupe de "héros" se contente d'être composé d'un rammassis d'idiots, et les bad-guys sont des meurtriers aussi anonymes que muets. D'où zigouillage systématique du casting avec tout ce que la guerre et la chasse a pu mettre à disposition des tueurs en série à travers les âges : mines anti-personnelles, fusil, mitraillette, couteaux, baril d'essence et éventuellement camp d'extermination. Après une demi-heure de mise en place ponctuée de gags débiles et assumés, Severance enclenche la pompe à hémoglobine avec une séquence fameuse de pied broyé par un piège à loup, qui garantira l'hilarité de tout vicelard sainement constitué (nous étions dans une salle bourrée à craquer de vicelards, on n'en entendait plus les dialogues). Dès lors, le jeu de massacre va s'astreindre à une discipline de fer, en garantissant des mises à mort variées au possible, des références régulières à la culture djeun et/ou beauf (hashish, ecstasy, paint-ball, pin-ups aux seins nus qui tirent à la mitraillette... si, si !), et même un hommage détourné au plus célèbre gag de Bad Taste.

Tourné pour partie en Hongrie et pour partie à l'île de Man, Severance s'appuie sur un casting loin de l'amateurisme (Laura Harris, rescapée de The Faculty - Toby Stephens, croisé dans Meurs un autre jour - Danny Dyer, remarqué dans Human Traffic), qui achève de donner à cette comédie horrifique les lauriers qui font si cruellement défaut à nos rares tentatives françaises, où l'humour sert avant tout à se dédouaner et se placer au-dessus du genre qu'on prétend servir. Bref, tandis que l'on se contente de nos 2CV, de l'autre côté de la Manche le ciné d'horreur à petit budget roule en Rolls et en Jaguar.
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