Par Mathilde Lorit - publié le 08 septembre 2006 à 10h04 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h08 - 2 commentaire(s)
Après le très remarqué In the bedroom (cinq nominations aux Oscars), Todd Field prouve une nouvelle fois la finesse de son regard avec Little Children et ses personnages complexes. Rencontre express avec un réalisateur qui, chose rare, semble encore douter de son incroyable talent !



On imagine qu’après le succès d’In the bedroom, vous avez dû recevoir de nombreux scripts. Qu’est-ce qui vous a poussé à choisir Little Children ?
Il y avait quelque chose dans cette histoire dont je ne pouvais pas me détacher. Avec le recul, je pourrais détailler toutes les bonnes raisons qui m’ont poussé à la choisir mais à l’époque, cela s’est plus imposé comme une évidence : il me paraissait tous simplement impossible de ne pas réaliser Little Children. C’est plutôt bon signe quand on sait que la réalisation d’un film exige plus de deux ans de sa vie : mieux vaut ne pas se demander en cours de route pourquoi on est en train de réaliser ce film plutôt qu’un autre !

Le film est tout sauf manichéen, en particulier dans sa description du supposé pédophile. Avez-vous apporté un soin tout particulier à ce personnage que l’on imagine difficile à représenter ?
Beaucoup de films se sont déjà emparés de la figure du pédophile et j’étais certain de ne pas avoir envie de faire la même chose. Ce n’était pas vraiment cet aspect qui m’intéressait dans ce personnage, d’ailleurs, personne ne sait s’il est vraiment pédophile. Tout ce que l’on sait, c’est qu’il a été condamné pour exhibitionnisme. Mais il suffit de l’accusation d’une unique personne pour que toute la ville se retourne contre lui. Voilà ce qui m’intéressait : montrer l’hypocrisie de cette ville, les dangers de la rumeur et à quel point le on-dit peut être destructeur.



De ce point de vue, était-il important que le film se passe en banlieue ?
Pas du tout. Je suis bien conscient que le cinéma américain s’est emparé de la banlieue depuis vingt ans pour en livrer un portrait satirique mais personnellement, cela ne m’excite pas du tout. Mes personnages sont effectivement issus de la classe moyenne et ils habitent effectivement en banlieue, mais leur relation, leur histoire, seraient exactement les mêmes dans un petit village du Pakistan puisque l’idée est d’évoquer le côté "Cloche merle" de la petite communauté à laquelle ils appartiennent. La banlieue n’est qu’un décor pour moi, il n’y a aucun commentaire dans le film sur le côté "bourgeois" de la vie en banlieue.


Connaissiez-vous Madame Bovary, le roman de Flaubert auquel le film fait allusion ?
Oui, c’est pourquoi il y a quelques allusions au roman dans le film, notamment le moment où Sarah rentre chez elle après avoir passé le week end avec son amant et où elle se regarde dans la glace pour la première fois après avoir fait l’amour avec un autre. Le lien s’explique aussi par les ambitions littéraires de ce personnage : Sarah se voit comme faisant partie d’une certaine intelligentsia et elle ne tarde pas à se projeter dans ce roman, quitte à changer son avis sur Madame Bovary. C’est un personnage qu’elle n’a pas aimé la première fois qu’elle a lu le livre à la fac mais qu’elle peut comprendre aujourd’hui…



C’est d’ailleurs quelque chose de très intéressant dans le film : cette façon dont les personnages laissent peu à peu tomber leurs certitudes, leur passage à l’âge adulte en quelque sorte …
Absolument, être adulte, c’est finalement réaliser qu’on ne sait rien sur rien. On se rend compte qu’on s’est trompé sur pas mal de nos convictions de jeunesse. Personnellement, je me sentais beaucoup plus malin quand j’avais 18 ans !

On imagine qu’il n’est pas si fréquent de trouver une actrice prête à jouer une fille "moyenne", pas vraiment jolie ni apprêtée : avez-vous tout de suite envisagé Kate Winslet - magnifique dans le film – pour le rôle de Sarah ?
Absolument, j’ai demandé à la rencontrer, nous avons discuté, je lui ai envoyé le script et elle m’a rappelée dès le lendemain pour me dire oui.

Comment avez-vous connu Patrick Wilson, grande révélation de ce festival avec Little Children et Hard Candy ?
C’est un acteur de théâtre très réputé, un incroyable interprète. Je l’avais vu dans la série de Mike Nichols, Angels in America et j’avais été frappé par ses qualités d’acteur. Je n’ai jamais envisagé qui que ce soit d’autre pour le rôle et il a lui aussi accepté très vite.



Considérez-vous Little Children comme un film de studio ?
Il a effectivement été financé par un studio mais ils m’ont laissé une totale liberté. J’ai tout choisi sur ce film : le casting, le décor, le moindre détail d’un plan… C’est même assez effrayant de voir à quel point ils m’ont laissé faire : je n’ai aucune excuse si quelque chose ne fonctionne pas dans le film, je ne peux blâmer personne d’autre que moi-même !

Propos recueillis par Mathilde Lorit
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