Par Laurent Pécha - publié le 11 octobre 2001 à 00h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 16h42 - 3 commentaire(s)
3 années de travail, plus de 600 heures de rush pour un des making of les plus intéressants disponibles à ce jour en DVD. Tout le travail de Jon Shenk, réalisateur du making of d’Episode I, est mis en lumière à travers cette interview menée par Laurent Pécha.

DVDRAMA : Bonjour, pouvez vous nous parler un peu de vous, de votre profil et comment vous êtes arrivé à un poste de réalisateur du making of, un job pour lequel de nombreux fans de Star Wars ont du vous envier. Mais tout d’abord, êtes vous un fan de la série ?

Jon Shenk : J’ai effectivement grandi en regardant les films de Star Wars. J’aime énormément les films de la première trilogie mais je ne me considère pas comme un fan pur et dur de la saga. Je connais en revanche des gens qui sont des fanatiques mais moi je suis seulement un grand admirateur du travail de Georges. Je suis à la base un documentaliste, j’ai étudié l’art du documentaire dans une école de cinéma et a vrai dire, le travail effectué sur l’Episode I est mon premier job d’envergure, sachant que j’ai fini l’école il y a un peu plus d’un an (à l’époque du tournage). Lors des entretiens d’embauche, j’ai donc amené tous ce que j’avais pu faire lors de mes années universitaires. En tout cas, je sais à quel point j’ai du faire des envieux, chaque jour sur le plateau, je me sentais vraiment chanceux de pouvoir participer à une telle aventure.



A l’époque du tournage (1997), le DVD n’était encore qu’un support relativement récent. Savez-vous pourquoi Lucasfilm vous a demandé de filmer le tournage ? Ils n’avaient sûrement pas l’idée d’un making of en tête pour une éventuelle sortie DVD.

Vous savez, ça a toujours été dans l’esprit de Georges (Lucas) de garder des images d’archives. Durant la première trilogie, il avait déjà eu recours à un nombre impressionnant d’archives vidéos (l’énorme coffret Laserdic NTSC contenant la première trilogie dans sa forme originale le confirme amplement). Même lorsqu’il était à la fac de ciné, Georges aimait bien conserver des images. Lui aussi, avait un faible pour l’aspect documentaire. Donc, il fut décidé de tourner le plus d’images possibles mais jamais réellement dans le but d’en faire un making of. Georges y pensait sûrement mais rien n’était officiel à l’époque. En fait, les images tournées ont servis à de nombreuses reprises

Aviez vous toute la liberté que vous vouliez lors du tournage ? Aviez vous des règles, des consignes à respecter ? Pouviez vous tourner tout ce que vous désiriez ?

Non, pas vraiment. J’étais libre de faire pratiquement tout ce que je voulais tant que je ne gênais pas bien sûr le déroulement du tournage. J’étais pour ainsi dire livré à moi même. Il fallait juste que je suive le déroulement du tournage et que je n’arrête pas les moments importants. J’avais donc accès à tout puisque comme je l’ai déjà dit les images devaient servir de manière diverse pour le marketing, les interviews promotionnels, les documents à usage pédagogique comme les écoles de cinéma où on explique comment les costumes ont été confectionnés,... En fait, je devais me placer dans le rôle d’un détective privé à l’affût de la moindre information filtrant du plateau pour ainsi ne pas rater un événement important.

Vos propos renvoient directement à la séquence où vous filmez une rencontre impromptue entre Lucas et Spielberg en visite sur le plateau.

Oui, effectivement. Pour cette séquence, je savais que Spielberg était également en Angleterre en train de finir le tournage de Il faut sauver le soldat Ryan. Donc, connaissant les liens qui unissent les deux hommes, je me doutais bien qu’il y avait de grandes chances que Spielberg vienne un jour rendre visite à son ami Georges. Il a juste fallu que je me tienne prêt à la moindre info qui circulait. Je suis très fier de cette séquence. Tout comme celle où l’on présente les sabres laser à Ewan Mc Gregor. Ce sont ces moments là que les fans recherchent. J’étais ravi de pouvoir les capturer.

Sur ces moments capturés et à propose de la liberté totale que vous semblez revendiquer, on s’étonne tout de même que sur le documentaire, les images qui suivent la tornade en Tunisie, celle qui dévasta une grande partie des plateaux et du matériel, ne montrent pas Lucas ou Rick McCallum (celui qu’on voit d’ailleurs le plus à la suite de cet événement) anxieux, frustrés ou énervés par la situation. N’y avait-il pas des images les montrant sous un jour plus sombre, moins décontractés, plus désemparés ?

Vous savez, lorsque j’ai commencé à filmer ces séquences, George et Rick étaient au courant depuis plusieurs heures, dès leur réveil, vers 4 heures du matin. Donc, effectivement, je n’étais pas là pour les filmer dans leur lit lorsqu’on leur a appris la nouvelle. Mais je pense qu’ils n’ont pas du réagir de manière négative et que ce que l’on voit à l’écran ressemble à peu près à leur comportement initial. George est quelqu’un de très expérimenté, qui a l’habitude de ce type de tournage colossal et des ennuis qui peuvent survenir. J’ai été ainsi particulièrement impressionné par son calme, par sa manière de minimiser la situation. Quant à Rick (Mc Callum), c’est justement dans ces moments qu’il a démontré quel grand producteur il était. C’est dans ces moments durs où le stress est à son maximum que les bons producteurs se révèlent en optant pour les bonnes solutions. Et Rick n’a jamais été aussi bon que dans ces instants là où sa lucidité et son sens de l’organisation ont permis de continuer dans le bon sens. La même situation s’est produite avec R2-D2 qui ne fonctionnait pas cela embêtait profondément

Vous aviez plus de 600 heures d’images archivées à la fin du tournage. Comment en êtes vous arrivé à en garder seulement 66 minutes ? Aviez vous une durée à ne pas dépasser ? Si oui, était ce en raison des contraintes techniques liées au DVD ?

Les images tournées ayant pour but de servir à de multiples tâches comme je l’ai dit précédemment, il fut assez facile de réduire à environ une centaine d’heures. Après les choix devenaient plus difficiles mais finalement il fallait se concentrer sur ce qui faisait réellement avancer l’histoire du tournage. Bien sûr, certains à-côtés étaient nécessaires mais en suivant le fil rouge du tournage, on arrivait déjà à éliminer un nombre important d’images. Bien sûr, les contraintes techniques du DVD nous ont obligé à respecter un certaine durée. Il fallait bien équilibrer les divers suppléments, entre les scènes coupées, les storyboards, les galeries de photos,etc... Et puis je crois que un public qui apprécie Star Wars sans en être un véritable mordu, regarder un documentaire d’une heure est amplement suffisant et je ne crois qu’il accepteraient de passer deux heures devant un making of et ce même s’il possède des qualités informatives exceptionnelles. Mais effectivement, un jour, je serais ravi de pouvoir montrer une version plus longue du documentaire.

Justement, y a-t-il des séquences en particulier que vous avez filmé et que vous regrettez de ne pas avoir pu intégrer et ce quelque soit les raisons ?

Bien sûr, il y en a de nombreuses. Notamment celles concernant les membres de l’équipe technique et leur passion pour Star Wars. Il faut que vous sachiez que la plupart des personnes qui travaillaient sur le film, ont grandi avec la saga. Ainsi pour tous ceux qui avaient entre 20 et 30 ans, l’univers de Star Wars était lié à leur enfance et leur adolescence. Le fait de travailler effectivement sur un des épisodes, constituait un rêve devenu réalité. Ainsi, parmi l’équipe anglaise, il y avait un jeune garçon qui était en train d’essayer le costume de C3-PO ce qui de toute évidence semblait lui rappeler des souvenirs émouvants. Ce sont ce genre de scènes qu’on a du couper car elles n’avaient pas leur place dans la narration de l’histoire du tournage. Etre réalisateur de documentaire, c’est savoir effectivement faire ce type de choix, comprendre et accepter que malgré toute l’affection que l’on peut avoir pour une scène, elle doit être supprimée du montage final du fait qu’elle ne fait pas réellement avancer le récit.

Parfois, le documentaire semble trop parfait. Certaines scènes semblent avoir été répétées comme celle qui conclut le documentaire où l’on voit George Lucas en train d’écrire les premiers mots de l’Episode II. Cela semble trop beau pour être vrai !

On en revient au travail de détective privé. Je me forçais à être au courant de tout ce qui pouvait se passer sur le plateau et surtout de ce qui allait se passer. Alors, oui, je savais que George allait se mettre à écrire. Mais vous savez, sur le plateau, il écrivait souvent des débuts de scénario. Alors, de là à dire que ce que j’ai filmé est réellement le début du futur scénario.

Pour conclure, dîtes nous un peu ce que l’avenir vous réserve. Y a-t-il une chance de vous voir impliqué dans l’Episode II ?

J’ai ma propre maison de production avec ma femme. Je suis ainsi sur de nombreux projets toujours autour de l’univers du documentaire. Pour l’instant, je ne suis pas concerné sur l’épisode II et je ne pense pas l’être (Lorsqu’on lui dit que le tournage a du être une sacré épreuve physique et mentale, Jon confirme dans un soupir qui en dit long sur la longue expérience qu’ont été les presque 3 ans de tournage et de montage) mais les bonnes relations que j’ai avec Lucasfilm risquent fort bien de me faire à nouveau collaborer avec eux sur d’autres projets.
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