Stephen Frears est un cinéaste qu'il faut saluer. Il a toujours été tenté par la variété des genres et de fait d'aligner des films, plus ou moins ambitieux, qui avaient tous la chance de ne pas ressembler aux précédents, à quelques exceptions près. Retour sur la carrière d'un cinéaste habile et intelligent.
Né le 20 juin 1941, à Leicester (Grande-Bretagne), Stephen Frears étudie le Droit à Cambridge. Drôle de début pour la carrière qu’on sait. Bientôt assistant réalisateur au
Royal Court Theater de Chelsea, puis réalisateur d’un projet pour la BBC (pour laquelle il tournera plus de quarante téléfilms), il travaille en 1971 à son premier long-métrage,
Gumshoe, inspiré des romans de Raymond Chandler ou de Dashiell Hammett et des films noirs des années 40. Mais il faut attendre les années 80, celles d’une certaine Margaret Thatcher, pour le voir distiller toute son ironie mordante dans des œuvres profondément imprégnées du climat social de leur époque. La trilogie
My beautiful laundrette (1985),
Prick up your ears (1987) et
Sammy et Rosie s’envoient en l’air (1987) l’érige un peu vite défenseur des communautés opprimées (homosexuels, pakistanais…), réduisant ses ambitions à un cinéma strictement militant. Avec
Les liaisons dangereuses (1988), Frears réagit aussitôt, et montre, en adaptant l’intrigue machiavélique de Laclos, l’étendue de son savoir-faire. Un triomphe.
Frears vient de gagner ses galons internationaux. Hollywood le veut. Après une première réalisation Outre-Atlantique (
Les Arnaqueurs, 1990), il peine cependant à convaincre le public et la critique avec son
Héros malgré lui (1991), qui sitôt sorti semble déjà dépassé. Mauvaise passe. Son retour au cinéma social britannique, avec des œuvres tendres et loufoques comme
The Snapper (1993) ou
The Van (1996), lui permet de prendre sa revanche. Désormais, il partagera sa carrière entre productions américaines et européennes, à l’instar de
The Hi-Lo Country, produit par Scorsese (1998), qui reprend le scénario que Sam Peckinpah voulait tourner trente ans plus tôt.
En 2000, John Cusack, qui coécrit et produit, l’embarque dans le truculent
High Fidelity, d’après Nick Hornby. Après le film historique
Liam (2000), Stephen Frears offre à une Audrey Tautou encore toute sonnée de son succès avec une certaine
Amélie Poulain, son premier rôle anglophone (
Dirty little things, 2002), avant de signer une œuvre croustillante et coquine à souhait sur l’histoire des effeuilleuses du Windmill Theater de Londres, sur fond de Seconde guerre mondiale (
Madame Henderson présente, 2005). Des dents grincent. Elles grinceront encore lorsqu’il a l’audace, pour
The Queen (2006), son dernier film, de pénétrer dans les arcanes du palais royal et de Downing Street au lendemain de la mort de Lady Di, et d’y laisser traîner, derrière les fastes apparents, sa caméra jusque dans les coulisses du pouvoir britannique (voir aussi la série
The Deal, en 2004, sur les rapports entre le Chancelier Gordon Brown et le Premier ministre Tony Blair).
Stephen Frears connaît également bien le festival de Cannes, qui le lui rend bien. Présent dans la section parallèle en 1984 avec
The Hit ou en 1993 avec
The Snapper, il compte également quelques films en sélection officielle (
Prick up your ears, prix de la meilleure contribution artistique 1987 ou encore
The Van, en 1996), et a également été invité à animer la « Leçon de cinéma » du Festival 2004. Il en fut même président du jury en 2007.
En un mot comme en cent, un grand cinéaste.