Réalisé avec un budget dérisoire, entièrement conçu de manière indépendante à l’abri des studios coréens,
The Butcher, de Kim Jin-Won (à ne pas confondre avec
Kim Jee-Woon, le réalisateur de Deux sœurs et
A Bittersweet Life), a beaucoup fait parler de lui lors de sa projection du Midnight X-Treme au dernier festival de Sitges. Le jeune cinéaste a profité de cette liberté pour réaliser à la manière d’un snuff movie des tortures monstrueuses de bourreaux pervers sur de pauvres victimes dans un vieil abattoir laissé à l’abandon. Le résultat est une boucherie underground de torture porn. Si des machins aussi cintrés et gores continuent de polluer les salles, Michael Haneke ne va pas être content et va se sentir obligé de faire une troisième version de
Funny Games au pays du matin calme.
Kim Jin-Won n’a qu’une vingtaine d’années et seulement deux courts métrages à son actif dont les titres éloquents (
Man in the box, entièrement tourné dans son appartement, et
Chainsaw High School Girl) suffisent à définir la personnalité du jeune réalisateur. Enfant, il n’avait pas spécialement envie de devenir cinéaste, jusqu’à ce qu’il découvre
Ténèbres de Dario Argento, son premier choc qui a considérablement changé son point de vue sur la question. L’impact a été tellement fort qu’il s’est mis en tête d’être réalisateur pour chercher à reproduire ce qu’il a ressenti en le découvrant pour la première fois. Etudiant, il s’encanaille en regardant illégalement des objets bizarres issus de la pop-culture japonaise (des films d’horreur ou d’animation) et tombe amoureux de
Patlabor 2, de
Mamoru Oshii et
Neon Genesis Evangelion, de Hideaki Anno. Un soir, il va à une projection de minuit clandestine à la Cinémathèque et y découvre
Evil Dead, de Sam Raimi, qui vient surpasser
Ténèbres dans son parcours de cinéphile. A partir de cet instant, Kim essaye de trouver toutes les informations disponibles sur Sam Raimi et aussi Shinya Tsukamoto qui deviennent ses deux idoles d’adolescent en multipliant les visionnages de films (parfois trois à quatre par jour), essentiellement japonais des années 60-70, ceux réalisés par Seijun Suzuki et Toshio Matsumoto. Il apprend que Raimi n’a pas fait d’école de cinéma et a démarré comme autodidacte en expérimentant avec ses amis, peu de moyens et beaucoup d’ambition.
L’idée de
The Butcher, tourné en sept jours, est autant cinématographique (ses références avouées sont le
Quentin Tarantino de
Pulp Fiction et le
Joel Schumacher de
Huit millimètres) que liée aux jeux vidéos (les FPS: First person shooter, comme Doom et Quake 2). En voyant son film, on s’évoque surtout les
Guinea Pig (son préféré étant
Devil’s Experiment). Le fait que les victimes soient des vidéastes renvoie à
Cannibal Holocaust. Les vidéos de leurs tortures - ils sont décimés un par un - jusqu’à la mort (ils ont des caméras fixées sur la tête) seront ensuite vendues à de riches américains qui se réjouissent de voir des coréens s'entretuer. On pense à
Hostel (un des prisonniers se fait d’ailleurs arracher un œil en gros plan) mais sans la narration ni même l’atmosphère. C’est d’ailleurs un peu sa limite. S’il atteint un degré de violence assez extrême (une victime se fait arracher le ventre par un des bourreaux qui lui retire les excréments et les lui donne à manger), l’absence de cinéma empêche
The Butcher d’avoir un intérêt supplémentaire. L’utilisation de deux caméras permet d’assister aux événements de points de vue distincts (celui des bourreaux et des victimes). Fort de l’enthousiasme que son calvaire a généré dans différents festivals à travers le monde, Kim va très vite revenir avec un nouveau long métrage, déjà en préparation. Son titre :
Les diables, sur une femme vietnamienne mariée à un coréen qui est persécutée par les gens de son village, effrayés par la présence du diable. Que l’on se rassure : elle meurt trente fois dans le film.
Romain Le Vern