Par Jean-Baptiste Guégan - publié le 21 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 21 octobre 2009 à 20h35 - 0 commentaire(s)
Une fois n’est pas coutume, la preview de cette semaine s’attardera non pas sur une nouveauté asiatique mais sur la version longue du film The China White, véritable parangon du film de triades tendance eighties. Ainsi, avant que l’on ne s’arrête sur Nankin, Nankin ! , The Shinjuku Incident ou The Forever enthralled dans les semaines à venir, il semblait opportun de s’attarder sur la ressortie de ce film daté de 1989 et à nouveau disponible dans une édition pour l’heure uniquement accessible en Asie.

THE CHINA WHITE
Titres originaux :
轰天龙虎会 / Gwang tin lung foo wooi (Titre HK) et The Deadly Sin (Titre International)
Un film de Ronny Yu Yan Tai
Avec Russell Wong, Steven Leigh, Andy Lau, Carina Lau, Alex Man, Russell Wong et Guk Fung
Durée : 1h39



Un action movie classique et pourtant des plus singuliers

Film signé par Ronny Yu (Fearless, Freddy contre Jason) en 1989, The China White s’impose comme l’un des premiers films hongkongais tournés à l’international et plus sûrement en Europe, tout en faisant clairement référence aux films de genre qui l’ont précédé et cela d’où qu’ils viennent. Marquant par son esthétique eighties et ses figures « old school », il ne révolutionne pas le genre mais l’amène bien avant le piètre Guerres de l’ombre de Ringo Lam, au croisement du film à l’américaine et du polar hongkongais tendance John Woo période Le Syndicat du crime.

Autrement connu sous le titre The Deadly Sin, ce dernier nous conte donc la lutte de pouvoir qui opposera chinois, vietnamiens, turcs et italiens pour le contrôle de la drogue à Amsterdam puis dans le reste de l’Europe, ainsi que l’épopée sanguinaire qui fera suite à l’assassinat de l’oncle Chi, le parrain chinois adepte d’une certaine stabilité. Début d’une vendetta personnelle qui unira Bobby et Danny, ses deux neveux, contre ceux qui ont obtenu qu’il meure, The China White illustrera dès lors, entre mafia et triades, l’âpre et sanguinaire combat qui ne pouvait qu’en découler. Le tout se déroulant sous l’œil inquisiteur d’une police toute à sa curiosité et d’Anna, jeune et belle policière infiltrée qui s’éprendra bien vite d’un des deux apprentis justiciers…



De l’exotisme à la violence sèche, crasse et spectaculaire

Expatriant les conflits liés à la drogue et au crime organisé en Europe, The China White opère tout d’abord un choix à visée exotique évidente, tout en respectant les règles imposées par les films d’action de l’époque. Ainsi, reprenant les codes de tous les « revenge movies » venus des Etats-Unis et la volonté de tout montrer de l’époque, le métrage s’offre des allures peu fréquentables et se permet des assassinats où les hectolitres de sang éclaboussent l’écran tandis que les balles s’échangent par centaines dans un flot ininterrompu d’étincelles. En somme, reconfigurant à l’aune de l’étranger, sa matrice, le polar hongkongais que signe alors Ronny Yu s’inscrit dans la veine gore de ses prédécesseurs tout en lorgnant férocement du côté de ce que font ses compères d’Outre-Atlantique. On aimera retrouver par exemple les bris de glace plein cadre et les cascades à l’ancienne façon Jackie Chan, ainsi que les gunfights incontournables où les balles impactent au ralenti les corps et les plient dans leur sursaut. Mais plus encore que ses manières typiques du cinéma d’alors que recycle à l’étranger l’auteur du 51e Etat pour se différencier, The China White concentre en cette fin de décennie toutes les influences de son époque. Ce qui lui donne d’ailleurs autant sa dimension ludique que son côté infiniment kitsch et éminemment référentiel.


En effet, qui verra aujourd’hui ce film ne pourra faire l’économie d’une évidente comparaison avec le Scarface d’Oliver Stone et les deux premiers volets de la trilogie chère à Francis Ford Coppola. De la philosophie qui dicte le refus de l’affrontement aux raisons qui mènent à la vengeance, tout s’inscrit dans un tout cohérent et tragique qui relit et revoit à travers son prisme, tous ce que d’autres ont filmé avant lui. Ainsi, les échos sont-ils d’une rare évidence à mesure que se déroule le film. Des costumes avec pantalon taille haute en passant par l’ajout d’une musique électronique à consonance électrique, en passant par la volonté obstinée de montrer la femme dans sa nudité ou sa crudité, tout semble se concentrer dans The China White pour en faire l’un des exemples absolus de ce que peut être la copie lorsqu’elle est réalisée avec un rien d’envie, de l’énergie et un tant soit peu de suivisme.



« It’s time to die »

Certes, il se dégage quelque chose d’assez familier dans ce film qui tient notamment au portrait qu’il dresse des réseaux criminels d’alors, de leurs filières et de leurs méthodes. En effet, au fur et à mesure que son histoire avance, les échos indirects à la montée de la drogue en Occident se multiplient, se retrouvant circonscrite à une Europe qui va connaitre la même année et sans l’avoir soupçonné, la fin du plus glacial de ses conflits. Ainsi, en véritable madeleine cinéphilique et documentaire qu’il est, The China White convoque à la manière asiatique, la French Connection, la mafia sicilienne et le Jiang Hu avant de se permettre des liens involontaires avec les Cocaïne cowboys que furent plus tard le Frank Lucas d’American Gangster ou le Nicky Barnes de Mr Untouchable. Et pourtant, tout autant, le film ne fait pas que singer puisqu’il se réfère à des éléments divergents comme par exemple l’intervention d’un groupe d’intervention de police façon ninja ou les règlements de compte à l’ancienne - violent moment où le filmage ne s’embarrassait pas encore de morale ou de vaine politique.

Si l’on ajoute à cela, les phases attendues du scénario typique des films de gangsters (dispute entre les deux frères au sujet d’une femme infiltrée, trahisons notoires, corruptions évidentes, final tragique sur fond de vengeance définitive et brutale rédemption…), on trouve à The China White, ce charme des années de jeunesse et ce parfum si délicat propre aux plaisirs coupables. Car il faut bien admettre que rares sont les films à aujourd’hui proposer de vraies scènes de gunfights où les morts s’empilent comme des cartes tombant sur un tapis.



En cela, émanation d’un genre aujourd’hui éculé et lien cinéphilique vers toute une filmographie éminemment populaire, The China White démontre vingt ans après qu’il peut toujours séduire et emporter son spectateur sans ennuyeusement faillir.

The China White est disponible chez www.yesasia.com
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