Par Gwenael Tison - publié le 15 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 15 octobre 2009 à 23h46 - 0 commentaire(s)
Non sans être perfectible à plusieurs niveaux, The Divine Weapon fut une agréable surprise de la sélection action Asia du 11ème festival de Deauville de 2009. Sa principale originalité provient d'une orientation scénaristique qui s'articule autour de la dynastie Joseon en l'an 1448, période où la Corée réussit à mettre au point le premier lance-roquettes de l'Histoire. Pouvant décocher plus d'une centaine de flèches à la fois, l'arme incroyable fut le fruit d'une longue maturation qui coûta la vie à de nombreux Coréens qui croyaient en elle et qui ne voulaient pas qu'elle tombe entre les mains des ennemies. Une arme divine donnant son nom au film qui sera le fruit d'intenses tractations de la part de la Chine et du Japon. Entre les deux géants, la dynastie coréenne Joseon va chercher au mieux à tirer son épingle du jeu.

THE DIVINE WEAPON
Titre original : Shin ge jeon
Un film de Kim Yoo Jin
Avec Durée : 2h14



The Divine Weapon présente un background particulier qui permet d'enrichir la trame narrative, car avant tout, le réalisateur Kim Yoo Jin ne cherche pas à nous en mettre plein les yeux immédiatement avec des combats colossaux. Au contraire, il s'oriente plus sur la dimension géopolitique en insistant sur la lente et difficile construction de l'arme divine. C'est avec minutie qu’il nous initie à la complexité du travail d'armurier mettant à contribution la science de la poudre, l'ébénisterie et la métallurgie. On découvre toute une organisation qui prend une dimension "industrielle" menée par un duo attachant formé par Seol-joo (Jae-yeong Jeong) le maître de la poudre et chef d'un humble village marchand, et par la belle Hong-ri (Eun-jeong Han) une mystérieuse armurière japonaise. Sous ses airs très sérieux, l'acteur Jae-yeong Jeong cabotine et confère au héros du film une dimension très humaine loin des icônes glaciales propres aux grandes épopées asiatiques. Il cherche à séduire la délicate Eun-jeong Han avec un humour teinté de nonchalance et de bonhomie.



Dans ce dessein, le film bénéficie d'une production design très soignée qui arrive à restituer à sa juste mesure le souffle épique de l'air Joseon et de la confection de l'arme suprême. Les costumes sont somptueux et permettent de bien identifier les différents statuts sociaux et les origines ethniques des différents personnages. Pourtant, le spectateur occidental lambda se perd par moments sur la distinction entre coréen, japonais et chinois. Heureusement, tout rentre dans l'ordre au bout d'un moment, laissant la place aux combats dont l'intensité monte crescendo. Le film débouche sur un final haletant de près de 30 minutes avec une bataille spectaculaire et tactique entre une centaine de Coréens face à 3 000 guerriers Ming à cheval. Débutants dans la soirée à la tombée du jour au cœur d'une une forêt foisonnante, ils finissent sur une immense étendue de sable devant un lac à flanc de colline. C'est avec une maestria peu commune que l'on assiste à un combat long et intense reposant avant tout sur la stratégie façon Command and Conquer. La force brute se voit ainsi mise en déroute par l'habile tactique coréenne qui utilise à bon escient la fameuse Divin Weapon. Le clou du spectacle prend des allures d'ancêtre du missile, impressionnant et dévastateur.


Pourtant, cette fresque épique trouve ses limites dans l'utilisation de CGI très limites dans un final granguignolesque avec le gros missile mal incrusté à l'écran. On le regrette d'autant plus que la réalisation était jusqu'alors très soignée. De plus, le film prend des accents de production visant essentiellement le marché international, avec sa caractérisation historique à tendance carte postale, ses touches d'humour, son histoire d'amour et sa violence édulcorée. Même si certains combats sont impressionnants, pas la moindre gerbe de sang à l'horizon. Un manque de réalisme qui se remarque particulièrement avec le gros missile bourré d'explosifs qui fait beaucoup de dégâts, mais seulement en apparence, car on n'aperçoit pas le moindre corps déchiqueté. Il en va de même avec les combats au sabre dans lesquels les ennemis sont tués proprement, sans gouttes de sang ou de membres découpés. In fine, malgré les intentions louables de son réalisateur qui a cherché à insuffler une dimension très réaliste dans la confection à l'échelle industrielle de l'ancêtre du lance-roquettes, l'esprit général est trop orienté vers la production calibrée pour l'Occident. Cela atténue beaucoup l'impact du film et discrédite en partie la dramaturgie et la dimension historique mises en œuvre par le scénario.

Gwenael Tison
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